Dans une séance ouverte consacrée à la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne, le Conseil de sécurité a fait, mercredi 28 janvier, le point sur l’après-cessez-le-feu à Gaza et la montée des tensions en Cisjordanie occupée, sur fond d’alertes répétées des Nations unies quant à l’ampleur des besoins humanitaires.
La réunion a été ouverte par le représentant permanent de la Somalie auprès des Nations unies, Abukar Dahir Osman, qui présidait la séance, avant l’intervention du vice-coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramez Alakbarov. Celui-ci a estimé que le moment constituait une « véritable opportunité » pour poser les bases d’un avenir « plus stable et plus sûr » pour Palestiniens et Israéliens.
Ramez Alakbarov a jugé « critique » la mise en œuvre de la deuxième phase du plan de cessez-le-feu à Gaza, soulignant qu’elle exigerait un engagement « ferme et collectif ». Il a aussi décrit l’étendue des besoins et la précarité des conditions sur place, évoquant notamment la scène d’« une petite fille portant de lourdes pierres » pour empêcher son abri d’être emporté par le vent.
Sur la Cisjordanie occupée, le responsable onusien a parlé de dynamiques « en spirale » et de tendances négatives « qui s’enracinent chaque jour » dans un contexte d’opérations militaires israéliennes, d’expansion des colonies, de violences de colons, de démolitions et d’arrestations à grande échelle. Il a également pointé une pression croissante sur l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens.
Riyad Mansour évoque « la domination » et appelle à écarter les plans de déplacement
Prenant la parole au nom de l’État de Palestine observateur, Riyad Mansour a salué l’accord de cessez-le-feu conclu l’an dernier et a remercié l’administration américaine pour son engagement ainsi que les médiations ayant permis sa mise en œuvre.
Il a toutefois affirmé que l’accord était appliqué « de bonne foi » par la partie palestinienne malgré des violations, et a indiqué qu’au moins 500 Palestiniens auraient été tués depuis son entrée en vigueur, d’après la même source.
Riyad Mansour accuse le gouvernement israélien de ne pas rechercher la paix, déclarant que son objectif n’était « pas la paix, mais la domination » et « le contrôle des terres palestiniennes ». Dans le même temps, il a appelé Israël à renoncer à des « plans » visant à déplacer la population palestinienne et a mis en garde contre une escalade en Cisjordanie.
Le représentant palestinien a aussi demandé ce qu’il adviendrait des familles palestiniennes dont des proches ont été tués, évoquant les corps encore « écrasés et enterrés sous les décombres », ainsi que le sort de personnes « torturées, humiliées, affamées » ou portées disparues. Il a insisté sur la nécessité de mettre fin à la souffrance des civils palestiniens « avec la même urgence ».
Paris met en avant l’urgence humanitaire et la protection de l’UNRWA
Au nom de la France, l’ambassadeur Jérôme Bonnafont a estimé que, malgré le cessez-le-feu à Gaza, « l’urgence humanitaire persiste » et que la réponse demeure insuffisante. Il a demandé à Israël de lever les obstacles à l’accès humanitaire afin que l’ONU et les organisations d’aide puissent opérer de manière indépendante dans l’enclave, conformément au droit international humanitaire, tout en exprimant des inquiétudes sur les pressions visant l’UNRWA et les restrictions pesant sur les acteurs humanitaires.
Ces préoccupations ont été renforcées, le même jour, par une déclaration conjointe de onze ministres des Affaires étrangères, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, du Japon, du Canada et de plusieurs pays européens. Ils ont condamné la démolition, par les autorités israéliennes, du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est le 20 janvier 2026, qualifiant l’acte d’« inacceptable » et appelant Israël à respecter l’inviolabilité des locaux de l’ONU et à permettre aux organisations humanitaires d’opérer sans restrictions.
La formule attribuée à Riyad Mansour, opposant paix et « domination », intervient dans un contexte diplomatique où les membres de l’ONU tentent de consolider un cessez-le-feu fragile, d’ouvrir la voie à une phase de stabilisation et d’éviter l’extension de la crise en Cisjordanie. Dans l’immédiat, les interventions au Conseil de sécurité ont surtout mis en relief deux lignes de tension, l’exécution de la prochaine étape du cessez-le-feu et la capacité des agences et ONG à accéder aux populations, à Gaza comme dans les territoires occupés.
Cette déclaration intervient alors que, côté israélien, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a réaffirmé son opposition à toute perspective d’État palestinien à Gaza. Le mardi 27 janvier, lors d’une conférence de presse télévisée, il a déclaré qu’il n’autoriserait pas « l’établissement d’un État palestinien à Gaza », ajoutant que « la personne qui a, à plusieurs reprises, bloqué la création d’un État palestinien, c’est moi ». Il a aussi insisté sur le fait que, « même aujourd’hui et demain », Israël ne le permettrait pas.
Une déclaration lourde politiquement, en décalage avec la vision à deux États régulièrement réaffirmée dans le cadre onusien. Le Conseil de sécurité a notamment rappelé, dans sa résolution 2334 (2016), sa « vision » d’une région où Israël et la Palestine vivent côte à côte en paix et en sécurité.