À trois jours d’une nouvelle phase de discussions à Washington, le président libanais Joseph Aoun demande aux États-Unis d’obtenir d’Israël l’arrêt des frappes, des destructions et des opérations militaires dans le sud du Liban.
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À trois jours d’une nouvelle phase de discussions à Washington, le président libanais Joseph Aoun demande aux États-Unis d’obtenir d’Israël l’arrêt des frappes, des destructions et des opérations militaires dans le sud du Liban.

Le président libanais Joseph Aoun a demandé ce lundi aux États-Unis de faire pression sur Israël afin qu’il cesse ses opérations militaires, ses frappes et les démolitions d’habitations dans le sud du pays, alors que des discussions entre représentants libanais et israéliens doivent reprendre à Washington les 14 et 15 mai. Lors de sa rencontre avec l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, le chef de l’État libanais a souligné « la nécessité d’exercer une pression sur Israël pour qu’il cesse le feu, mette fin à ses opérations militaires ainsi qu’à la destruction et au bulldozage des habitations ». Cette nouvelle rencontre doit constituer le troisième cycle de pourparlers de haut niveau entre les deux parties depuis le regain de guerre au printemps.
La démarche de Beyrouth intervient dans un contexte de forte tension. Le ministère libanais de la Santé affirme que 74 personnes ont été tuées par des frappes israéliennes au cours des trois derniers jours, malgré la trêve annoncée en avril. Depuis la reprise des hostilités, le 2 mars, le bilan libanais atteint 2 869 morts, dont des secouristes, des femmes et des enfants, selon les chiffres communiqués par les autorités libanaises. Ces bilans, établis par Beyrouth, n’ont pas été vérifiés de manière indépendante.
À Baabda, Joseph Aoun a reçu l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, pour préparer la prochaine séquence de discussions. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de pousser Israël à mettre fin aux violations du cessez-le-feu, aux opérations militaires et aux destructions de logements dans les zones frontalières. La formule traduit une priorité libanaise immédiate. Avant même de discuter d’un arrangement durable, Beyrouth veut obtenir une baisse visible de la pression militaire au Sud-Liban.
La position israélienne reste, elle, structurée par un impératif sécuritaire. Israël affirme viser les infrastructures et les cadres du Hezbollah, qu’il accuse d’opérer depuis des zones civiles, et justifie la poursuite de ses opérations par la nécessité de sécuriser son front nord. Le 6 mai, une frappe israélienne a touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la trêve d’avril. Israël a soutenu avoir ciblé un commandant de la force Radwan du Hezbollah. La mort de ce responsable n’a pas été confirmée par le mouvement chiite.
Cette frappe a pesé sur la séquence diplomatique. Elle a rappelé que le cessez-le-feu ne suspend pas la logique de ciblage israélienne, en particulier contre les cadres militaires du Hezbollah. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ensuite prévenu ses adversaires en des termes directs. « Je le dis à nos ennemis de la manière la plus claire possible, aucun terroriste ne bénéficie d’une immunité », a-t-il déclaré. Il a aussi affirmé, à propos du responsable visé à Beyrouth, que celui-ci « pensait pouvoir continuer à diriger des attaques contre nos forces et nos communautés depuis son quartier général terroriste secret à Beyrouth ».
Pour les autorités libanaises, la marge est étroite. Joseph Aoun défend la poursuite des négociations, mais refuse d’apparaître comme engagé dans une normalisation politique tant que les frappes se poursuivent. Cette ligne permet à Beyrouth de rester dans le canal américain sans franchir un seuil politiquement explosif au Liban.
Le Hezbollah, lui, rejette ces discussions. Le mouvement chiite, soutenu par l’Iran, voit dans le processus de Washington une menace directe contre sa place dans l’équilibre politico-militaire libanais. Il s’oppose aux négociations et demande leur annulation. Cette contestation limite la capacité du pouvoir central à promettre ce qu’Israël réclame le plus nettement, à savoir un affaiblissement durable, voire un désarmement, du Hezbollah au sud du Litani.
C’est le cœur du blocage. Israël veut transformer la crise en garantie de sécurité sur son front nord. Le Liban cherche à obtenir un arrêt des frappes et un retrait des forces israéliennes sans déclencher une rupture interne avec le Hezbollah. Washington tente de maintenir un canal de discussion entre deux États toujours officiellement ennemis, dans un contexte où la guerre régionale ouverte autour de l’Iran pèse sur chaque arbitrage.
Les États-Unis présentent les discussions de Washington comme une tentative de stabilisation. Les représentants libanais et israéliens doivent tenir un troisième cycle de pourparlers les 14 et 15 mai. Ces échanges, menés à haut niveau, constituent les contacts les plus importants depuis des décennies entre représentants gouvernementaux libanais et israéliens.
Mais la médiation américaine se heurte à deux agendas difficiles à concilier. D’un côté, Washington cherche à éviter que le front libano-israélien ne compromette plus largement les efforts de désescalade régionale. De l’autre, l’administration américaine reprend largement le diagnostic israélien selon lequel le Hezbollah reste l’obstacle central à un accord. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a estimé qu’un accord de paix entre Israël et le Liban était possible. « Dans l’ensemble, je pense qu’un accord de paix entre le Liban et Israël est immédiatement réalisable, et qu’il devrait l’être », a-t-il déclaré. Il a ensuite précisé la lecture américaine du blocage. « Le problème entre Israël et le Liban n’est ni Israël ni le Liban, c’est le Hezbollah. »
Cette lecture place Beyrouth dans une position délicate. Le gouvernement libanais peut accepter la discussion, réclamer le monopole de l’État sur les armes et chercher des garanties internationales. Il ne peut pas, dans l’immédiat, imposer seul une recomposition complète du rapport de force interne. C’est pourquoi la demande adressée à Washington vise d’abord Israël. Elle cherche à déplacer la pression sur l’acteur qui dispose aujourd’hui de la supériorité militaire et du soutien américain le plus structurant.
Le dossier dépasse la seule frontière libano-israélienne. Les hostilités ont repris le 2 mars après des tirs du Hezbollah contre Israël en soutien à l’Iran. Depuis, le Sud-Liban redevient l’un des points de friction les plus sensibles de la crise régionale, avec près de 1,2 million de déplacés au Liban, tandis qu’Israël fait état de 17 soldats et deux civils tués.
La séquence de Washington s’ouvre donc sur une contradiction lourde. Les discussions existent parce que la guerre a rendu nécessaire un canal politique. Mais la guerre continue précisément parce que les conditions d’un compromis restent hors de portée. Israël veut des garanties militaires contre le Hezbollah. Le Liban veut un arrêt des frappes et des destructions avant toute avancée politique substantielle. Le Hezbollah, enfin, refuse de voir l’État libanais négocier une architecture de sécurité qui pourrait se retourner contre lui.
Les 14 et 15 mai, Washington ne devra donc pas seulement accueillir une nouvelle rencontre. Les États-Unis devront dire s’ils entendent exercer une pression réelle sur Israël pour préserver la trêve, ou s’ils privilégient une négociation sous contrainte militaire. Pour Beyrouth, la différence est décisive. Sans baisse des frappes au Sud-Liban, le canal diplomatique risque de devenir moins un chemin de sortie qu’un théâtre supplémentaire du rapport de force.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).