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Liban : l’armée revendique le monopole des armes, Israël juge l’effort insuffisant

L’armée libanaise assure avoir bouclé la première phase de son plan visant à établir un monopole étatique des armes au Sud du Litani, conformément au cessez-le-feu de novembre 2024.

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L’armée libanaise affirme avoir bouclé la première phase de son plan visant à reprendre le contrôle exclusif des armes dans le Sud du pays. L’annonce se veut un jalon politique et opérationnel dans la mise en œuvre des engagements nés du cessez le feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah. Mais la réaction israélienne est immédiate et sceptique. Pour le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, les efforts de Beyrouth sont un début encourageant mais restent loin du compte, tandis que les frappes israéliennes se poursuivent presque quotidiennement et que plusieurs points de terrain demeurent sous contrôle israélien.

Derrière la bataille de communiqués, un enjeu central refait surface, celui du monopole étatique de la force au Liban, dans une zone frontalière où l’État a longtemps été absent ou contesté. La séquence se joue aussi comme un test de l’architecture sécuritaire post 2024, où se mêlent engagements libanais, exigences israéliennes, pression américaine, rôle français et mécanismes de suivi avec les Nations unies.

Une première phase revendiquée comme effective sur le terrain

Dans sa déclaration, l’armée explique que la première phase a permis d’étendre sa présence opérationnelle, de sécuriser des zones clés et de consolider l’autorité de l’État au Sud du fleuve Litani, à l’exception des secteurs encore occupés par Israël. Selon Reuters, l’institution militaire affirme avoir atteint les objectifs de cette phase de manière « effective et tangible » et avoir établi un contrôle opérationnel au Sud du Litani, hors positions toujours tenues par des forces israéliennes.

De son côté, l’agence Associated Press cite le texte de l’armée, qui affirme que son plan de restriction des armes est entré « à un stade avancé » et que les objectifs de la première phase ont été atteints « effectivement et concrètement sur le terrain ». L’armée ajoute que le travail se poursuit pour éliminer les munitions non explosées et traiter la question des tunnels, avec l’objectif de prévenir toute reconstruction durable des capacités de groupes armés.

Un responsable sécuritaire libanais cité par Reuters interprète cette annonce comme un signal clair, aucun groupe ne doit pouvoir lancer d’attaques depuis le Sud du Liban. Le message vise autant les acteurs armés que les partenaires étrangers, alors que Beyrouth est sommé de démontrer des résultats mesurables.

La réponse israélienne, encourageant mais loin du compte

Le bureau de Benjamin Netanyahu conteste la portée réelle des avancées. Selon Reuters, il estime que la désarmement complet du Hezbollah est impératif et juge les efforts libanais « un début encourageant » mais « loin d’être suffisants », en pointant « les efforts du Hezbollah pour se réarmer et reconstruire son infrastructure terroriste avec un soutien iranien ».

Associated Press indique que, dans une communication ultérieure, le ministère israélien des Affaires étrangères soutient que le Hezbollah se « réarme plus vite qu’il n’est désarmé », et dit disposer d’éléments cartographiques sur des sites présumés, positions de lancement et réseaux souterrains au Sud du Litani.

Le différend porte donc moins sur la direction générale que sur le rythme, l’étendue géographique et la vérifiabilité des actions. Israël insiste sur un désarmement total, là où le Hezbollah soutient que l’accord ne s’applique qu’au Sud du Litani, une divergence que l’AP décrit comme un point de friction majeur, l’accord étant jugé vague sur le traitement des armes et installations au Nord du Litani.

Un Sud encore inflammable

Selon, Associated Press, Israël occupe cinq points stratégiques sur des hauteurs le long de la frontière, décrits comme les seules zones au Sud du Litani où l’armée libanaise n’a pas encore établi son contrôle. Dans le même temps, Israël mène des frappes quasi quotidiennes, au motif de prévenir une reconstitution d’infrastructures du Hezbollah.

Deux jours avant l’annonce de l’armée, l’AP a documenté une série de frappes israéliennes au Sud et à l’Est du Liban, dont une frappe à Saïda ayant détruit un bâtiment commercial, dans un climat de pression politique autour du dossier du désarmement. L’AP rapporte aussi que, depuis le cessez le feu de novembre 2024, ces frappes ont tué au moins 127 civils selon le bureau du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, une donnée qui pèse lourd dans le débat libanais sur la souveraineté et la capacité de l’État à protéger sa population.

Côté libanais, l’argument est récurrent, l’extension de l’autorité de l’État est rendue plus difficile par la poursuite des frappes et par la présence israélienne résiduelle. Reuters cite le président Joseph Aoun, pour qui l’objectif du déploiement est d’affirmer que les « décisions de guerre et de paix » relèvent de l’État seul, et de « prévenir l’utilisation du territoire libanais comme point de départ de tout acte hostile ». Mais il conditionne la stabilité à la fin de « l’occupation israélienne d’une partie du territoire libanais » et à la question de zones tampons.

Soutiens internes, consensus proclamé, équation politique réelle

L’annonce de l’armée a reçu, toutefois, un appui public des institutions. Reuters rapporte que Nabih Berri, président du Parlement et allié politique du Hezbollah, soutient l’armée et évoque « ses réalisations qui auraient été presque complètes n’eût été l’occupation par Israël de nombreux emplacements et ses violations quotidiennes ».

Associated Press relève aussi une formule de Berri, selon laquelle, les habitants du Sud sont « assoiffés de la présence et de la protection de l’armée ». Cette phrase résume l’enjeu central pour l’État, se présenter comme la force protectrice légitime dans une région longtemps structurée par la confrontation avec Israël et la présence de réseaux armés non étatiques.

Le soutien officiel n’efface pas l’équation politique, puisque le Hezbollah conserve une influence importante dans la vie institutionnelle, et l’AP rappelle qu’il refuse d’aborder un désarmement au delà du Sud tant qu’Israël poursuit ses frappes et ne se retire pas des zones qu’il occupe.

Phase suivante, du Litani vers le Nord, et l’ombre d’une crise

Le débat porte désormais sur l’après Sud Litani. Associated Press indique que le gouvernement libanais prévoit de discuter en février d’un plan de désarmement au Nord du Litani. Le ministre de l’Information Paul Morcos explique que l’armée doit élaborer un plan pour cette étape, tandis que la logique de « containment » des armes, contenir et empêcher l’usage ou le déplacement, doit aussi s’appliquer à d’autres régions.

Ce basculement est risqué car, au Sud du Litani, le cadre est plus lisible, avec une zone de séparation et un dispositif international ancien. Au Nord du Litani, la densité urbaine, la profondeur logistique et la charge politique du dossier rendent tout mouvement potentiellement explosif, surtout si les frappes israéliennes se poursuivent et si aucune dynamique de retrait n’est perceptible.

L’architecture de suivi

Selon Associated Press, des réunions régulières impliquant Libanais et Israéliens aux côtés des États Unis, de la France et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, l’UNIFIL, afin de suivre l’application des engagements.

Sur le plan onusien, l’UNIFIL rappelle que son mandat vise à soutenir la mise en œuvre de la résolution 1701 et à surveiller et rapporter les violations. La mission précise que l’objectif est l’établissement entre la Ligne bleue et le Litani d’une zone sans personnel armé, actifs et armes autres que ceux du gouvernement libanais et de l’UNIFIL.

La coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Jeanine Hennis Plasschaert, salue publiquement l’étape annoncée. Elle écrit : « C’est formidable de voir ça » l’armée assumer le contrôle opérationnel au Sud du Litani, ajoutant « Il s’agit là d’un progrès indéniable. Un travail acharné reste à accomplir ». Cette appréciation souligne l’équilibre recherché par l’ONU, reconnaître une avancée sans masquer la difficulté de la suite.

Une souveraineté à reconstruire

Au delà des enjeux de sécurité, Beyrouth espère que la consolidation du monopole étatique des armes facilitera l’aide extérieure et la reconstruction. Selon Associated Press, le Liban compte sur ce processus pour débloquer des financements nécessaires après la guerre de 2024. Reuters indique aussi que le président Aoun et l’armée appellent à accélérer le soutien international afin de poursuivre la consolidation du monopole étatique.

Mais la logique est circulaire et reste toujours fragile. Sans stabilisation et sans retrait israélien des points contestés, le désarmement risque d’être politiquement intenable. Sans avancées visibles sur le désarmement, Israël affirme qu’il maintiendra la pression militaire. Entre ces deux positions, l’État libanais tente de prouver qu’il peut redevenir l’acteur central au Sud, sans provoquer une crise interne, et sans donner à Israël un prétexte pour une escalade plus large.

Ce jeudi, l’armée libanaise revendique une étape concrète et l’ONU y voit un progrès indéniable. Israël, lui, juge l’effort encore insuffisant. La suite dépendra de trois variables étroitement liées, la capacité de l’armée à maintenir une présence durable et vérifiable, l’évolution de la posture israélienne sur les frappes et les points occupés, et la manière dont le pouvoir libanais gérera l’extension du processus au Nord du Litani, là où la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit au prix d’un rapport de forces intérieur.

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