Face aux doutes sur la solidité du parapluie américain et à la nouvelle cible de l’OTAN fixée à 5% du PIB d’ici 2035, l’Allemagne hausse le ton envers la France.
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Face aux doutes sur la solidité du parapluie américain et à la nouvelle cible de l’OTAN fixée à 5% du PIB d’ici 2035, l’Allemagne hausse le ton envers la France.

Dans un entretien radiophonique, le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul a exhorté, ce lundi, la France à augmenter plus vite ses dépenses de défense, estimant que les « efforts » réalisés par Paris restaient « insuffisants » au regard des ambitions affichées sur la souveraineté européenne.
Au micro de Deutschlandfunk, Johann Wadephul a visé explicitement le président Emmanuel Macron, dont il a reconnu qu’il évoquait « à juste titre » la souveraineté européenne, avant d’ajouter qu’« quiconque en parle doit agir en conséquence dans son propre pays ». Le ministre a jugé que « jusqu’à présent », les efforts en France étaient « insuffisants » et a plaidé pour des mesures d’économies afin de dégager des marges au profit de la défense.
Sur ces informations, plusieurs capitales européennes admettent publiquement que la crédibilité de l’engagement américain ne peut plus être tenue pour acquise. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, des responsables européens ont mis l’accent sur la nécessité de renforcer un « pilier européen » au sein de l’OTAN et de réduire les dépendances militaires vis-à-vis des États-Unis.
L’argument allemand s’appuie sur la nouvelle trajectoire actée au sommet de l’OTAN à La Haye en juin 2025. Dans la déclaration finale, les Alliés se sont engagés à consacrer 5% du PIB à la défense et à des dépenses liées à la sécurité d’ici 2035, avec un socle d’au moins 3,5% du PIB pour les dépenses de défense au sens OTAN.
Côté français, les données OTAN disponibles indiquent une progression régulière. Le document OTAN sur les dépenses 2014–2025 estime l’effort de la France à 2,05% du PIB en 2025, contre 1,82% en 2014. En parallèle, la trajectoire nationale est fixée par la loi de programmation militaire 2024–2030, qui prévoit 413,3 milliards d’euros sur la période.
Au-delà des pourcentages, Berlin met en avant une contrainte que Paris connaît déjà. La discussion sur l’effort de défense se heurte à la soutenabilité des finances publiques et au rythme réel de livraison des capacités. En France, le budget 2026 présenté par le gouvernement prévoit une hausse des crédits de défense, dans un contexte d’économies plus larges, selon une synthèse de Reuters sur le projet budgétaire.
Sur le fond, l’équation est double. D’un côté, il s’agit d’augmenter les stocks, les munitions, la préparation opérationnelle et les capacités critiques, alors que la guerre en Ukraine a remis au premier plan le facteur masse. De l’autre, l’accélération dépend d’une industrie européenne encore fragmentée et traversée par des divergences franco-allemandes.
Le programme SCAF, futur avion de combat européen, reste un révélateur. Berlin, Paris et Madrid ont cherché fin 2025 à sortir d’une impasse sur le partage industriel et la gouvernance du projet, que Reuters décrit comme stratégique pour les ambitions européennes, mais régulièrement bloqué par des rivalités.
Le 10 février 2026, Emmanuel Macron a assuré que le programme n’était « pas mort » et dit espérer des avancées rapides avec le chancelier Friedrich Merz.
Le débat ne se limite pas aux budgets. Il touche aussi à la dissuasion et à la place de l’Europe dans le dispositif nucléaire de l’Alliance. Ces derniers jours, Friedrich Merz a évoqué des échanges avec Emmanuel Macron sur la dissuasion européenne, en précisant vouloir rester dans un cadre intégré à l’OTAN.
Un porte-parole du gouvernement allemand a ensuite confirmé que ces discussions en étaient à un stade préliminaire, en insistant sur l’objectif de « renforcer » la posture de dissuasion sans « remplacer » le rôle central des États-Unis.
Johann Wadephul, lui, a mis en garde contre une remise en cause publique de l’Alliance, affirmant que, malgré les tensions politiques, les structures militaires continuaient de fonctionner et qu’il fallait éviter de donner l’impression d’un doute stratégique auto-entretenu.
La sortie de Johann Wadephul acte une évolution. Berlin ne se contente plus d’appeler à « plus d’Europe » en matière de défense. L’Allemagne met désormais en cause, publiquement, la cohérence entre ambitions politiques et trajectoires nationales de dépenses, y compris chez son principal partenaire.
Pour Paris, l’enjeu est d’éviter que la discussion se réduise à un duel de chiffres. La crédibilité européenne se joue aussi sur la vitesse de transformation des armées, la capacité à produire en série, la résilience industrielle et la clarification, sensible, du rôle de la dissuasion française dans un paysage stratégique plus incertain. Dans cette séquence, la pression allemande marque moins une rupture qu’un signal. L’époque impose de trancher, vite, ce que l’Europe veut être capable de faire par elle-même.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).