Dans le sud du Yémen, le pouvoir internationalement reconnu, adossé à Riyad, affirme avoir repris Aden ainsi que l’Hadramout et al-Mahra après l’effritement du Conseil de transition du Sud, longtemps soutenu par Abou Dabi.
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Dans le sud du Yémen, le pouvoir internationalement reconnu, adossé à Riyad, affirme avoir repris Aden ainsi que l’Hadramout et al-Mahra après l’effritement du Conseil de transition du Sud, longtemps soutenu par Abou Dabi.

Aden et les provinces orientales de l’Hadramout et d’al Mahra viennent de connaître l’un des basculements politiques et militaires les plus rapides depuis la création du Conseil de transition du Sud. Le pouvoir yéménite internationalement reconnu, adossé à l’Arabie saoudite, affirme avoir repris le contrôle des principaux leviers sécuritaires du Sud, au terme d’une confrontation éclair avec un allié devenu rival, le STC, soutenu de longue date par les Emirats arabes unis. Cette reconfiguration ouvre une séquence nouvelle où Riyad veut refermer la parenthèse séparatiste sans pour autant éteindre la question sudiste, tout en se préparant à un durcissement face aux Houthis au Nord.
L’Arabie saoudite prévoit désormais d’accueillir une conférence réunissant les principales forces politiques du sud afin de façonner l’avenir du Yémen.
Le moment est d’autant plus critique que l’Etat yéménite reste fragmenté, que Sanaa demeure sous contrôle houthi, et que le pays s’enfonce dans une crise humanitaire structurelle. Pour l’année 2026, le système humanitaire onusien estime que 23,1 millions de personnes auront besoin d’assistance, soit près des deux tiers de la population.
Le président du Conseil de direction présidentielle, Rachad al Alimi, a tenté de donner un vernis d’autorité étatique à une opération longtemps impensable contre un partenaire de coalition. Dans une allocution relayée par la chaine qatarienne Al Jazeera, il déclare « En tant que président du pays et commandant suprême des forces armées, je veux vous assurer de la reconquête de l’Hadramout et d’al Mahra ».
Au delà du symbole territorial, l’annonce centrale porte sur la chaîne de commandement. Al Alimi dit avoir créé une instance chargée de préparer « la prochaine phase » du conflit et de mettre les forces en alerte si les Houthis refusent une issue politique. Il ajoute un avertissement direct aux groupes armés, sommés de se fondre dans l’appareil d’Etat et de rendre les armes, au nom de « l’importance de renforcer la sécurité, de protéger la paix sociale et de travailler étroitement avec la coalition et la communauté internationale pour combattre le terrorisme ».
L’objectif vise d’abord à rassurer les bailleurs saoudiens et occidentaux sur la continuité de l’appareil étatique. Mais aussi de dissuader la reconstitution de fiefs armés sudistes, ainsi que la préparation de l’opinion à un recentrage du front vers le Nord. Sur ce dernier point, selon Al Jazeera, la doctrine en formation en parlant d’« une seule autorité politique et militaire » au Sud, et d’un choix imposé aux Houthis « négocier un accord ou faire face à des répercussions, y compris une offensive militaire potentielle ».
Il convient de rappeler que dès le début du mois de décembre 2025, des forces alignées sur le STC ont mené une percée en Hadramout, s’emparant d’installations militaires, de bâtiments administratifs et de sites liés à l’énergie, avant de s’étendre vers al Mahra, jusqu’aux abords de la frontière omanaise, selon une analyse du Washington Institute. Ce mouvement a été perçu à Riyad comme une menace stratégique directe, au contact de ses frontières et au voisinage d’actifs portuaires et pétroliers majeurs.
Le tournant politique intervient début janvier 2026, avec la fuite d’Aïdarous al Zoubaïdi, chef du STC, et l’éclatement interne de l’organisation. Reuters rapporte que le dirigeant séparatiste n’a pas pris un vol prévu pour des discussions à Riyad, tandis que le Conseil présidentiel l’a expulsé, l’accusant de « haute trahison » et d’« incitation à la rébellion armée », selon l’agence officielle yéménite citée par Reuters.
Dans la foulée, la dissolution du STC est annoncée par son secrétaire général, Abderrahmane Jalal al Sebaïhi, mais elle est contestée par le porte parole du mouvement, révélant une organisation fracturée. L’Associated Press cite al Sebaïhi expliquant que l’opération militaire en Hadramout et al Mahra n’avait pas été approuvée et qu’elle a « endommagé les relations avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ». Il conclut que « la poursuite de l’existence du Conseil ne sert plus l’objectif pour lequel il a été créé ». Dans le même temps, Al Jazeera rapporte que le porte parole du STC, Anouar al Tamimi, rejette l’annonce et la qualifie d’« information ridicule ».
Autrement dit, la dissolution proclamée ressemble moins à une décision souveraine qu’à un symptôme de désagrégation sous pression, combinant revers militaires, perte de soutien régional et recomposition des loyautés locales.
La crise a mis à nu la rivalité d’influence entre Riyad et Abou Dabi, longtemps contenue dans une coalition anti houthie de circonstance. Reuters décrit « une faille majeure » entre l’Arabie saoudite et les Emirats, déclenchée par l’avancée du STC et par la perception saoudienne d’une menace pour sa sécurité nationale.
Le Guardian, citant la coalition saoudienne, affirme que l’Arabie saoudite accuse les Emirats d’avoir aidé al Zoubaïdi à quitter Aden via la Somalie et le Somaliland avant de rejoindre Abou Dabi, ce que des sources du STC ne contestent pas sur le principe selon le quotidien britannique. L’AP relève de son côté que Riyad accueille favorablement l’annonce de dissolution, la présentant comme une étape vers un processus plus inclusif encadré par l’Arabie saoudite.
L’évènement représente un point central puisque Riyad ne cherche pas seulement à préserver l’unité formelle du Yémen. Il veut surtout empêcher qu’un acteur armé, même allié, ne verrouille les provinces orientales et leurs ressources, au risque de transformer la frontière sud du royaume en zone de compétition directe, où l’influence émiratie pourrait primer sur la sienne.
Après la reprise de contrôle revendiquée, l’Arabie saoudite veut désormais substituer au rapport de force militaire un cadrage politique sous tutelle. Le projet d’une conférence rassemblant les principales factions du Sud est présenté comme l’outil de cette normalisation. Al Jazeera indique que Riyad prévoit d’accueillir une réunion des principaux acteurs sudistes afin de « façonner l’avenir du Yémen ».
Côté saoudien, le ministre de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, tente de légitimer le processus en le présentant comme un canal reconnu internationalement. Selon Asharq Al Awsat, il affirme que la cause du Sud a désormais « une voie réelle » par le biais de la conférence de Riyad, « parrainée par l’Arabie saoudite et soutenue par la communauté internationale », et dit vouloir « rassembler nos frères du Sud » pour des « solutions justes et globales ».
Le pari de Riyad est délicat puisqu’il s’agit d’absorber la revendication sudiste dans une formule de type fédéral ou autonomie élargie, sans ouvrir la porte à un scénario de sécession formelle qui affaiblirait durablement l’Etat yéménite, compliquerait le dossier houthi et créerait un précédent régional.
La reprise de contrôle au Sud peut aussi annoncer un déplacement de la confrontation principale. Sur le plan politico militaire, le pouvoir d’Al Alimi insiste déjà sur la préparation des forces pour la suite du conflit si les Houthis rejettent les « solutions pacifiques ». En parallèle, le cadre onusien rappelle qu’une solution strictement militaire est illusoire. Lors d’un briefing au Conseil de sécurité cité par l’AP, l’envoyé spécial de l’ONU Hans Grundberg avertit que « la solution militaire reste une illusion dangereuse » et appelle à relancer la voie des négociations, dans un contexte où les tensions régionales peuvent à nouveau aspirer le Yémen.
Ici, il se met en place un double risque : d’une part, une escalade directe entre forces du PLC et Houthis, qui peut être encouragée par la volonté de prouver l’autorité retrouvée ; D’autre part, une fragmentation interne persistante au Sud, si l’intégration des forces et des administrations liées au STC se fait par la coercition plutôt que par un compromis politique solide.
L’après STC ne signifie pas la fin de la question sudiste. Il signifie la fin probable, à court terme, d’un séparatisme militarisé capable d’imposer un fait accompli territorial sans aval saoudien. Mais les griefs historiques restent intacts, qu’il s’agisse de la marginalisation ressentie depuis l’unification de 1990 ou de la répartition des ressources et des services publics.
Le défi d’Al Alimi et de ses parrains saoudiens sera de transformer une victoire de circonstance en architecture de gouvernance durable, tout en évitant de rallumer une guerre intra coalition au Sud et de s’enfermer dans une logique d’affrontement frontal au Nord. Dans un pays où les besoins humanitaires touchent des dizaines de millions de personnes, chaque recomposition militaire pèse immédiatement sur les civils, sur l’économie de guerre et sur l’accès à l’aide.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).