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Dissuasion nucléaire : Emmanuel Macron annonce « ordonner d’augmenter le nombre de têtes nucléaires » détenues par la France

Depuis la base de l’Île Longue, près de Brest, Emmanuel Macron a réaffirmé le caractère « intangible » de la dissuasion nucléaire française et annoncé une « dissuasion avancée » pensée à l’échelle européenne, avec une participation accrue d’alliés aux exercices.

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Depuis la base stratégique de l’Île Longue, près de Brest, Emmanuel Macron a réaffirmé lundi 2 mars le caractère « intangible » de la dissuasion nucléaire française, tout en annonçant une série d’évolutions. Le chef de l’État a notamment évoqué une « dissuasion avancée » conçue « dans la profondeur du continent européen », l’ouverture d’exercices à des partenaires, l’augmentation du nombre de têtes nucléaires sans publication de chiffres, et la confirmation d’un futur sous-marin nucléaire lanceur d’engins baptisé L’Invincible, attendu en 2036.

Emmanuel Macron a choisi la base opérationnelle de l’Île Longue, où stationnent les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la composante océanique française, pour dérouler un discours présenté comme structurant pour la doctrine et le format des forces stratégiques.

Dès l’ouverture, le président de la République a martelé que « la dissuasion doit demeurer un intangible français ». Il a insisté sur son rôle de garant, affirmant être venu « redire avec la plus grande force l’attachement de la nation » à cette mission, décrite comme « robuste et efficace ».

Un « intangible » qui doit évoluer, selon l’Élysée

Le chef de l’État a rappelé les principes de la doctrine, dont la promesse de « dommages inacceptables » à un adversaire s’en prenant aux « intérêts vitaux » français. Il a aussi averti que « intangible ne veut pas dire inerte », en renvoyant à son discours de février 2020, durant lequel il avait déjà souligné la dimension européenne des intérêts vitaux de la France.

L’intervention du président de la République s’inscrit dans un contexte international tendu, marqué par la guerre en Ukraine, l’instabilité au Moyen-Orient et des tensions régionales en Asie du Sud. Emmanuel Macron a évoqué « une période de rupture pleine de risques » qui, selon lui, justifie un « durcissement » du modèle de dissuasion français.

Au cœur du discours, Emmanuel Macron a annoncé « la mise en place progressive » de ce qu’il a appelé une « dissuasion avancée ». Il a présenté cette orientation comme une réponse à la « combinaison des menaces » et comme une manière de penser la dissuasion « dans la profondeur du continent européen », tout en affirmant le maintien de la souveraineté nationale.

Le président a explicitement relié cette réflexion à l’évolution des menaces, citant notamment le soutien nord-coréen à l’effort de guerre russe et la dépendance de Moscou vis-à-vis de Pékin. Il a promis de revenir « dans les prochains jours » sur le conflit au Moyen-Orient, qu’il juge porteur d’« instabilité » et de risque d’« embrasement » aux frontières de l’Europe.

Emmanuel Macron a articulé la dissuasion nucléaire avec le renforcement des capacités conventionnelles. Il a détaillé les besoins d’« alerte avancée », de « défense aérienne élargie » et de « frappe dans la profondeur », décrivant cet ensemble comme « l’épaulement ». Selon lui, l’Europe souffre d’un « manque criant » dans ce domaine, qu’il a jugé « non tenable ».

Le président a confirmé une inflexion capacitaire. Il a annoncé avoir « ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires » et indiqué que la France ne communiquerait plus sur les chiffres de l’arsenal. Il a toutefois pris soin d’affirmer qu’il ne s’agissait pas d’entrer dans « une course aux armements », tout en rappelant que la décision ultime d’emploi relève « du seul président de la République ».

Emmanuel Macron a également confirmé la construction d’un futur sous-marin nucléaire lanceur d’engins, en annonçant son nom, L’Invincible, et son entrée en service projetée en 2036.

Huit partenaires cités pour participer aux exercices

Dans la déclinaison européenne de cette « dissuasion avancée », Emmanuel Macron a déclaré que des alliés pourraient « participer aux exercices de dissuasion française » et a affirmé que huit pays avaient « accepté » d’entrer dans cette logique, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Il a précisé que la définition des « intérêts vitaux » resterait d’« appréciation souveraine » française et qu’il n’y aurait pas de partage de cette décision.

Le président a aussi déclaré que le projet avait été conduit « en pleine transparence » avec les États-Unis et « en coordination étroite » avec le Royaume-Uni, en soulignant que cette démarche viendrait « en plus » de la mission nucléaire de l’OTAN.

Quarante minutes après le début de son intervention, Emmanuel Macron a décrit l’état des accords de maîtrise des armements comme un « champ de ruines », évoquant l’érosion des traités et la fragilisation de l’architecture de sécurité. Le chef de l’État a regretté que les Européens aient pris l’habitude de voir leur sécurité dépendre de règles faites par d’autres, appelant à reconstruire un « corpus de règles » avec des partenaires.

Le même jour, le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot a déclaré que la France était « prête » à « participer » à la défense de pays du Golfe et de la Jordanie, après des frappes attribuées à l’Iran contre plusieurs États de la région. Le ministre a évoqué des engagements fondés sur des accords et sur le principe de légitime défense collective, tout en appelant à une désescalade rapide.

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