Dans une prise de parole d’environ huit minutes depuis l’Élysée, Emmanuel Macron a détaillé mardi 3 mars la posture française face à l’intensification du conflit au Moyen-Orient, sur fond de perturbations des routes commerciales et énergétiques. Le président a annoncé avoir « donné ordre au porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée ».
Le chef de l’État a d’abord désigné Téhéran comme principal responsable de la dynamique actuelle. « La République islamique d’Iran porte la responsabilité première de cette situation », a-t-il déclaré, accusant l’Iran d’avoir « développé un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites », et d’avoir « armé et financé des groupes terroristes dans les pays voisins », citant notamment le Hezbollah, les Houthis et des milices en Irak. Il a aussi dénoncé la répression de manifestations en Iran, affirmant qu’en janvier le régime avait « donné l’ordre de tirer sur son propre peuple ».
Tout en assumant ce constat politique, Emmanuel Macron a pris ses distances avec le cadre juridique de l’intervention américaine et israélienne. « Les États-Unis d’Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires, elles ont été conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver », a-t-il affirmé, tout en ajoutant que « l’Histoire ne pleure jamais les bourreaux de leur peuple. Et aucun ne sera regretté ».
Le président a appelé à un arrêt rapide des frappes et à un retour à la voie diplomatique. « Avec l’Allemagne et le Royaume-Uni nous avons clairement dit qu’un arrêt au plus vite des frappes est souhaitable, et qu’une paix durable dans la région ne se fera que par la reprise de négociations diplomatiques », a-t-il déclaré. « Je veux ici former le vœu pour le peuple iranien qu’il puisse lui-même librement décider de son destin », a-t-il ajouté.
Des déploiements complémentaires
Emmanuel Macron a confirmé des déploiements complémentaires, dont l’envoi d’une frégate vers Chypre, ainsi que l’engagement de moyens aériens. « La France va envoyer des “moyens de défense antiaérienne supplémentaires” à Chypre et la frégate Languedoc “arrivera au large de [l’île méditerranéenne] dès ce soir” », a-t-il annoncé. Il a présenté cette décision comme une réponse à une récente frappe ayant visé une base britannique à Chypre, pays membre de l’Union européenne, et « avec lequel nous venons de signer un partenariat stratégique », a-t-il souligné. « Nous assurons par ailleurs une coordination étroite avec nos alliés, nos partenaires européens, en premier lieu nos amis grecs, afin que cet effort en Méditerranée orientale soit consolidé par les nations volontaires », a-t-il ajouté.
Le chef de l’État a déclaré que des drones avaient été abattus « dans les cieux » au-dessus d’alliés du Golfe et que des Rafale figuraient parmi les moyens mobilisés.
Selon l’Associated Press, le porte-avions, qui se déplaçait depuis une zone d’activité en Baltique, devait être redéployé vers la Méditerranée avec son groupe aérien et ses escorteurs, et mentionne également l’envoi de la frégate Languedoc vers Chypre ainsi que d’autres moyens, dont des systèmes de défense aérienne.
Le président a, par ailleurs, rappelé l’existence d’accords de défense liant la France à plusieurs partenaires du Golfe. « Nous avons des accords de défense qui nous lient au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis », ajoutant que ces pays étaient « particulièrement ciblés » et que la France leur devait « solidarité ».
Une ligne d’équilibre entre désignation de Téhéran et critique juridique des frappes américano-israéliennes
Sur le volet consulaire, Emmanuel Macron a indiqué que la France aidait ses ressortissants qui souhaitent quitter la région. « Nous sommes en train d’organiser en bon ordre le rapatriement de nos concitoyens qui le souhaitent, en commençant par les plus vulnérables », a annoncé Emmanuel Macron, précisant que deux premiers vols en provenance du Moyen-Orient seraient à Paris « dès ce soir ». « Les équipes sont pleinement mobilisées, dans les pays concernés comme à Paris, pour organiser les retours dans les meilleures conditions », a-t-il assuré. Selon le président de la République, près de 400 000 Français sont présents dans la région « soit comme résidents, soit de passage ». Reuters précise qu’il a annoncé l’arrivée de « deux vols » à Paris mardi soir, dans le cadre des opérations d’évacuation.
Le président a par ailleurs insisté sur sa doctrine de protection. « Ma responsabilité est d’agir pour protéger notre pays, garantir la sécurité de nos compatriotes et défendre l’intérêt national », a affirmé Emmanuel Macron. Le chef de l’État a décidé de renforcer « la sécurité [des] bases militaires [françaises] dans la région », regrettant que deux d’entre elles aient subi des « frappes limitées ». Il a annoncé aussi le renforcement de la sécurité dans les ambassades de la région.
« Nous veillons évidemment à la sécurité sur le sol national », a également assuré le président de la République, ajoutant que le gouvernement « a renforcé le dispositif de protection militaire Sentinelle et la vigilance autour des lieux et des personnes les plus exposées ». Selon Reuters, il a fait état d’un renforcement de la sécurité sur certains sites et d’un durcissement des dispositifs de sûreté. Plusieurs médias ont, dans le même esprit, mentionné le renforcement du dispositif Sentinelle.
Mise en garde contre une opération terrestre israélienne
Enfin, Emmanuel Macron a exprimé ses inquiétudes concernant la reprise des hostilités au Liban entre Israël et le Hezbollah. S’il a critiqué le mouvement islamiste libanais pour avoir « commis la faute majeure de frapper Israël et de mettre les Libanais en danger », le président de la République a également mis en garde l’État hébreu contre tout déploiement de troupes au sol, estimant qu’une telle opération constituerait « une escalade dangereuse et une erreur stratégique ». « Le Hezbollah doit impérativement cesser toute frappe et j’appelle Israël à respecter le territoire libanais et son intégrité », a-t-il plaidé.
Quelques jours avant l’allocution du 3 mars, Emmanuel Macron avait déjà appelé à une mobilisation diplomatique au Conseil de sécurité des Nations unies. Reuters rapportait le 28 février sa demande de réunion urgente du Conseil, avec un message centré sur la désescalade et la reprise d’un cadre de négociation.
En annonçant le départ du Charles de Gaulle vers la Méditerranée et des renforts associés, l’exécutif français assume une montée en posture, présentée comme défensive et adossée à des engagements régionaux, tout en maintenant une critique explicite du contournement du droit international par les opérations ayant déclenché la phase actuelle de l’escalade. « Beaucoup de choses sont encore instables, mais la France demeure une puissance qui protège les siens, une puissance attachée à la paix, fiable, prévisible et déterminée », a conclu le président de la République française.