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« Nous ne serons pas complices » : Madrid refuse l’usage de Rota et Morón pour frapper l’Iran

Pedro Sánchez a réaffirmé ce mercredi le refus espagnol de laisser les forces américaines utiliser les installations de Rota et Morón, en Andalousie, dans le cadre des opérations liées à l’offensive en Iran.

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Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a martelé ce mercredi que la position de Madrid tenait en « quatre mots », « non à la guerre ». Il a aussi insisté sur le fait que l’Espagne ne serait pas « complice » d’un « désastre », y voyant une exigence de valeurs et d’intérêts nationaux dans un contexte de menaces américaines.

Le cœur du différend porte sur deux sites stratégiques du sud de l’Espagne, la base navale de Rota et la base aérienne de Morón, utilisées de longue date par les forces américaines dans le cadre des accords bilatéraux de coopération de défense.

Selon des responsables espagnols, le refus tient au cadre juridique de ces accords, Madrid estimant que l’usage demandé ne correspond pas aux finalités prévues et qu’il n’est pas couvert par un mandat international. Le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a notamment fait valoir que les bases ne seraient pas utilisées pour des actions « en dehors » des accords existants et du respect du droit international.

Les textes publics encadrant la présence américaine en Espagne rappellent le principe d’une coopération convenue entre les deux États. L’accord bilatéral de coopération de défense signé en 1988 et régulièrement actualisé fixe les modalités d’utilisation des installations et le cadre de la présence des forces américaines. En arrière-plan historique, les accords de 1953 avaient ouvert la voie à l’implantation et à l’usage de bases américaines en Espagne, dans un contexte de guerre froide, avant d’être remplacés par des cadres bilatéraux ultérieurs.

Sur ces informations, Donald Trump a menacé mardi de couper « tout commerce » avec l’Espagne, reprochant à Madrid son refus sur les bases et l’accusant aussi d’être insuffisamment « coopérative » dans l’Otan. La portée réelle d’une telle menace reste incertaine car la politique commerciale est une compétence de l’Union européenne et non d’un État membre pris isolément, un point souligné par plusieurs acteurs européens et repris dans les réactions à Bruxelles.

La Commission européenne a d’ailleurs affiché sa solidarité avec Madrid, en indiquant être prête à protéger les intérêts de l’Union et de ses États membres en cas de mesures américaines.

La bataille des objectifs de défense dans l’Otan

Donald Trump reproche également de longue date à l’Espagne son niveau de dépenses militaires. D’après les estimations de l’Alliance, l’Espagne figurait en 2024 parmi les plus faibles contributeurs en part du PIB, autour de 1,28 pour cent, loin des objectifs débattus au sein de l’Otan. Madrid soutient, de son côté, augmenter progressivement ses budgets et met en avant sa participation aux missions de l’Alliance, tout en contestent politiquement l’idée d’une course aux pourcentages.

Dans ce contexte, le contraste avec le Royaume-Uni est net. Keir Starmer a annoncé avoir accepté une demande américaine d’utiliser des bases britanniques pour un objectif « spécifique et limité » présenté comme défensif, en invoquant la protection de vies britanniques et la « légitime défense collective » d’alliés.

Le gouvernement britannique a toutefois pris soin de préciser qu’il ne participait pas aux frappes offensives menées par les États-Unis et Israël, une ligne qui a nourri un débat politique à Londres et suscité des critiques publiques de Donald Trump.

Une crise de coalition occidentale

Désormais, il s’agit d’empêcher un engrenage opérationnel depuis le territoire espagnol dans un conflit que le gouvernement juge dangereux, et de tenir le choc face à des pressions économiques américaines alors que l’Espagne s’abrite derrière le « bouclier » commercial européen.

La crise révèle aussi, au grand jour, les fractures au sein du camp occidental sur la légalité, les objectifs de guerre et le contrôle politique des facilités militaires. Et elle place Bruxelles devant une équation immédiate, afficher l’unité et la crédibilité de sa riposte commerciale, tout en évitant que le dossier iranien ne se transforme en crise intra-européenne durable.

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