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PORTRAIT. Ali Khamenei, 1939–2026, l’homme qui a tenu l’Iran pendant trente-six ans

Tué ce samedi 28 février lors de frappes américano-israéliennes visant son complexe à Téhéran, le guide suprême Ali Khamenei laisse une République islamique privée de l’arbitre ultime de son système politique.

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Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué samedi lors de frappes aériennes américano-israéliennes, a été pendant plus de quarante ans une figure centrale de la vie politique iranienne et, depuis 1989, la principale autorité politique et religieuse du pays.

Durant cette période, il a accompagné de profondes transformations sociales et politiques, tout en redéfinissant la place de l’Iran sur la scène internationale.

De Mashhad à Qom, un religieux devenu cadre révolutionnaire

Né en 1939 à Mashhad, Ali Khamenei suit un cursus religieux avant de rejoindre les milieux opposés à la monarchie Pahlavi. Il est arrêté à plusieurs reprises par la police politique du chah, la SAVAK, selon les récits biographiques repris par la presse et les notices contemporaines.

Après 1979, il s’impose dans les nouvelles institutions et devient une figure nationale, notamment par des fonctions de premier plan et une visibilité religieuse à Téhéran. Il échappe aussi à une tentative d’assassinat en 1981, épisode qui le laissera durablement handicapé du bras droit, élément récurrent de ses biographies.

Dans les années 1980, il devient président de la République islamique dans un contexte dominé par la guerre Iran-Irak et par l’enracinement du nouveau régime. Son discours international insiste sur la souveraineté et la critique de l’ordre mondial. Sur son site officiel d’archives, le texte de son intervention à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 1987 appelle les pays du “tiers-monde » à l’unité face à un « ordre de domination ».

La mort de Rouhollah Khomeini, le 3 juin 1989, ouvre une transition décisive. Ali Khamenei est désigné par l’Assemblée des experts, institution chargée par la Constitution de choisir le guide suprême. Les textes constitutionnels encadrent aussi les scénarios d’empêchement ou de vacance du poste.

Les biographies publiées à l’annonce de sa mort rappellent que sa légitimité religieuse a été discutée au moment de sa nomination, et que la consolidation de son autorité s’est jouée sur la durée, au sein des équilibres de pouvoir de la République islamique.

Un pouvoir fondé sur la sécurité intérieure

Son règne est marqué par des cycles de contestation et de répression. Amnesty International documente, pour 2009, des milliers d’arrestations arbitraires et des dizaines de morts dans le sillage de l’élection contestée.

En octobre 2022, au plus fort des protestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini, l’agence officielle IRNA publie le texte d’un discours où Khamenei affirme que l’enjeu dépasse le voile ou ce décès, et qu’il s’agit, selon ses mots, de “l’indépendance”, de la “résistance”, de la “force” et de la “puissance” de “l’Iran islamique”.

Début 2026, Amnesty International décrit une répression d’une ampleur inédite en janvier, dans un contexte de coupures d’internet et de tueries de manifestants, tandis qu’Al Jazeera rapporte un bilan officiel communiqué par des médias d’État faisant état de 3 117 morts lors d’une vague de troubles récente.

Négocier sans normaliser

Sous Hassan Rohani, l’Iran conclut en 2015 le JCPOA, présenté comme une séquence de désescalade partielle, avant la sortie américaine de l’accord en 2018, qui relance l’engrenage des sanctions et de l’escalade. Les portraits récents insistent sur la méfiance structurelle de Khamenei envers Washington, y compris lorsqu’il laisse une marge tactique à ses négociateurs.

Dans un discours de 2013, archivé sur son site, Khamenei justifie une “flexibilité héroïque” en diplomatie, tout en avertissant qu’elle ne doit pas faire oublier “l’adversaire”.

Sur le plan régional, plusieurs synthèses de référence décrivent une stratégie appuyée sur le Corps des Gardiens de la Révolution islamique et sur des alliances avec des acteurs armés et politiques, qui a fait de l’Iran un centre de gravité majeur au Moyen-Orient, au prix d’une confrontation durable avec Israël et les États-Unis.

Sa mort, annoncée comme conséquence directe des frappes du 28 février 2026, ouvre une période d’incertitude institutionnelle. La Constitution confie à l’Assemblée des experts le choix du successeur et prévoit des mécanismes intérimaires en cas de vacance. Reste, pour le régime, à assurer la continuité du pouvoir dans un contexte de guerre, de crise économique et de contestation récurrente.

La trajectoire d’Ali Khamenei se referme donc sur le scénario qu’il avait, toute sa vie politique, cherché à prévenir, une décapitation du sommet de l’État par la force. Elle laisse une République islamique contrainte de prouver, sans son guide suprême, que son architecture de sécurité et ses équilibres institutionnels peuvent survivre à l’homme qui les a dominés pendant plus de trois décennies.

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