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Téhéran écarte, « pour le moment », une fermeture du détroit d’Ormuz

Le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré à NBC News que Téhéran n’avait, « pour le moment », aucune intention de fermer le détroit d’Ormuz. 

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Dans un entretien accordé à NBC News, le ministre des affaires étrangères Abbas Araghchi a assuré que la République islamique n’avait « aucune intention » de bloquer ce passage stratégique « pour le moment », tout en soutenant que si la circulation y est déjà largement entravée, c’est parce que les armateurs redoutent d’être pris pour cible dans le conflit en cours. Ses déclarations surviennent alors que la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël continue d’élargir son périmètre régional et que le trafic énergétique mondial reste suspendu à l’évolution de la situation dans le Golfe.

La déclaration d’Abbas Araghchi vise un point névralgique de l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, entre l’Iran et Oman, relie le golfe Persique au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie. L’Energy Information Administration américaine le décrit comme l’un des principaux goulets d’étranglement énergétiques de la planète, avec près de 20 millions de barils par jour ayant transité par cette voie en 2024, soit environ un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers. Les voies de navigation se situent en grande partie dans les eaux territoriales omanaises, même si l’Iran dispose de capacités militaires lui permettant de peser fortement sur la sécurité du passage.

Cette mise au point contraste avec d’autres signaux venus d’Iran depuis le début de l’escalade. Reuters rapportait le 2 mars, en s’appuyant sur des propos diffusés par des médias d’État iraniens, qu’un haut responsable lié aux Gardiens de la révolution avait affirmé que le détroit était « fermé » et menacé tout navire qui tenterait de le franchir. Dans le même temps, plusieurs sources concordantes ont indiqué que, même sans fermeture juridiquement établie, le trafic de pétroliers et de méthaniers avait déjà fortement ralenti en raison des risques militaires et assurantiels.

Téhéran rejette l’idée d’un cessez-le-feu demandé à Washington

Dans le même entretien, Abbas Araghchi a aussi rejeté l’idée selon laquelle l’Iran aurait sollicité un cessez-le-feu. D’après les comptes rendus de NBC et des médias qui ont repris l’interview, le chef de la diplomatie iranienne a affirmé que Téhéran n’avait « pas demandé de cessez-le-feu » et qu’il ne voyait aucune raison de reprendre des discussions avec des interlocuteurs américains qu’il accuse d’avoir frappé l’Iran au milieu même des négociations. Il a également assuré que son pays se tenait prêt à faire face à une éventuelle intervention terrestre américaine, qu’il a décrite comme un « désastre majeur » pour les forces des États-Unis.

Cette ligne s’inscrit dans une position plus large déjà exprimée par d’autres responsables iraniens ces derniers jours. Press TV rapportait le 2 mars que le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, excluait lui aussi toute négociation avec Washington après les frappes américaines et israéliennes. Le 1er mars, le même média citait Abbas Araghchi disant que l’Iran ne voyait « aucune limite » à son droit de se défendre, tout en précisant qu’il n’avait alors « aucun projet » de fermer Ormuz.

Une succession ouverte au sommet de l’État iranien

L’entretien intervient aussi dans un moment d’extrême incertitude politique à Téhéran après la mort du guide suprême Ali Khamenei, donnée comme acquise par de nombreux médias couvrant le conflit. Interrogé sur l’hypothèse d’une succession par Mojtaba Khamenei, le fils du défunt dirigeant, Abbas Araghchi a renvoyé au cadre constitutionnel iranien et à la décision de l’Assemblée des experts. Cette institution, composée de 88 membres élus, est chargée de désigner le guide suprême. Britannica rappelle qu’elle détenait 88 sièges après les dernières élections et qu’elle est l’organe compétent pour cette désignation.

Les spéculations sur l’identité du futur guide se multiplient toutefois. Plusieurs médias évoquent Mojtaba Khamenei comme l’un des noms les plus souvent cités, tandis que d’autres soulignent les divisions internes et les contraintes sécuritaires pesant sur le processus. Abbas Araghchi a, selon les reprises de l’entretien, insisté sur le fait qu’« il y a beaucoup de rumeurs » et qu’il fallait attendre la décision de l’Assemblée des experts.

En affirmant que l’Iran n’entend pas, à ce stade, fermer Ormuz, Abbas Araghchi cherche manifestement à contenir l’une des principales craintes des marchés et des puissances importatrices d’hydrocarbures. Mais ce signal ne dissipe pas l’incertitude. Le passage reste sous très forte tension, les flux ont déjà été désorganisés et des responsables iraniens ont laissé entendre ces derniers jours que Téhéran conservait cette option dans son éventail de ripostes. Tant que les combats se poursuivront et qu’aucune voie diplomatique crédible ne se rouvrira, le détroit d’Ormuz demeurera moins un simple corridor maritime qu’un levier stratégique au cœur de la confrontation.

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