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États Unis et Europe, le dossier groenlandais déclenche un choc commercial

La menace américaine de surtaxes douanières ciblant huit pays européens, conditionnée à une acquisition du Groenland, a fait basculer un contentieux territorial dans l’arène commerciale.

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Donald Trump a annoncé samedi sur Truth Social une surtaxe additionnelle de 10 % sur les importations en provenance du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la France, de l’Allemagne, des Pays Bas, de la Finlande et du Royaume Uni, à compter du 1er février, avec une montée à 25 % au 1er juin en l’absence d’accord permettant aux Etats Unis d’acheter le Groenland.

Dans le même message, le président américain a accusé ces alliés de jouer « un jeu très dangereux » et a lié l’enjeu à la sécurité internationale, allant jusqu’à écrire que « la paix mondiale est en jeu ».   Cette mise en scène d’une escalade graduée, avec deux dates jalons, vise autant les chancelleries que les opérateurs économiques, en installant une incertitude tarifaire qui pèse immédiatement sur l’investissement, les contrats et les chaînes d’approvisionnement.

Effet marché immédiat et retour du risque de guerre commerciale

Dès l’ouverture des places européennes le lundi 19 janvier, les indices ont reculé, les secteurs exposés au commerce transatlantique ont été particulièrement touchés, et la volatilité a progressé, signe d’un marché qui price un risque d’escalade.   Dans le même temps, les actifs refuge ont été recherchés, sur fond de crainte d’un conflit commercial durable plutôt que d’un simple coup de pression diplomatique.

Au delà des indices, l’enjeu est politique. La logique tarifaire, utilisée comme instrument de politique étrangère, brouille la frontière entre négociation commerciale et coercition stratégique, avec un coût de crédibilité pour l’architecture de libre échange que Washington a longtemps défendue.

Bruxelles face à un dilemme, engager ou riposter

La réponse européenne s’organise autour de deux axes, l’un diplomatique, l’autre dissuasif. Côté message, les huit pays visés ont promis une réponse « unie et coordonnée » et averti qu’une telle séquence « risque de conduire nos pays dans un dangereux engrenage », tout en affirmant être « déterminés à défendre notre souveraineté ».

Côté outils, plusieurs capitales poussent Bruxelles à brandir des mesures de rétorsion. Les ministres des Finances allemand et français ont affirmé que l’Europe ne se laisserait pas intimider, et Berlin comme Paris évoquent une riposte claire et collective.   L’Union discute notamment d’un paquet de droits de douane portant sur environ 93 milliards d’euros d’importations américaines, ainsi que de l’activation possible de l’instrument anti coercition.

Cet instrument, entré en vigueur fin 2023, a été conçu pour dissuader et répondre à la coercition économique exercée par un Etat tiers, en ouvrant la voie à des contre mesures graduées pouvant toucher, selon les cas, l’accès aux marchés publics, certains investissements ou des services.   Sur TF1 Info, le commissaire européen Stéphane Séjourné a rappelé que l’Union dispose d’« outils » et martelé que « le Groenland ne sera jamais américain ».

Groenland, une question de souveraineté et de droit avant d’être un deal

Sur le plan juridique, le Groenland est une composante du Royaume du Danemark, doté d’une autonomie large, et son avenir institutionnel relève d’un processus où le peuple groenlandais est central. Des analyses rappellent qu’une décision d’indépendance, si elle devait survenir, passerait par un choix groenlandais et un arrangement avec Copenhague, ce qui rend l’idée d’une cession par simple transaction hautement contestable.

L’argument sécuritaire mis en avant par Washington s’appuie sur la position arctique de l’île, l’accès aux ressources et la présence déjà existante des Etats Unis via la base de Pituffik, encadrée par des accords bilatéraux historiques. Cette réalité nourrit, côté européen, l’idée que le passage à une logique d’annexion ou de rachat forcé constituerait moins une nécessité militaire qu’un précédent politique.

Le risque d’une contamination stratégique

A Londres, le Premier ministre britannique a jugé « complètement injustifié » d’imposer des tarifs à des alliés au nom de la sécurité collective.   A Bruxelles, les dirigeants européens soulignent qu’une escalade affaiblirait la cohésion transatlantique au moment où l’Arctique devient un théâtre de compétition accrue.

Dans ce contexte, plusieurs signaux inquiètent, la tentation américaine de segmenter l’Union en ciblant certains Etats, la possibilité de contre mesures européennes visant des secteurs sensibles, et la difficulté pour l’OTAN de préserver son unité si un différend territorial interne se durcit.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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