Le traité New START, dernier instrument juridiquement contraignant qui limite les arsenaux stratégiques des États-Unis et de la Russie, arrive à expiration ce jeudi 5 février.
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Le traité New START, dernier instrument juridiquement contraignant qui limite les arsenaux stratégiques des États-Unis et de la Russie, arrive à expiration ce jeudi 5 février.

Le traité New START, dernier instrument juridiquement contraignant qui limite les arsenaux stratégiques des États-Unis et de la Russie, arrive à expiration ce jeudi 5 février. À trois jours de l’échéance, Dmitry Medvedev met en garde contre un basculement dans une zone grise sans plafonds vérifiables ni inspections, au moment où aucun accord de remplacement n’est en vue.
L’ultime garde-fou nucléaire entre États-Unis et Russie touche à sa fin. New START, signé en 2010 et prolongé en 2021, cesse de produire ses effets à l’issue de la période courant jusqu’au 4 février, avec une échéance communément fixée au 5 février 2026.
Dmitry Medvedev, aujourd’hui numéro deux du Conseil de sécurité russe, a averti que l’expiration du traité devait « alarmer » le monde, en soulignant le risque d’une instabilité accrue si les mécanismes de limitation et de contrôle disparaissent. S’exprimant à trois jours de la date butoir, il a aussi rappelé que, selon lui, un vide juridique dans le contrôle des forces stratégiques des deux principales puissances nucléaires n’impliquerait pas nécessairement une crise immédiate, mais placerait la relation dans un environnement plus dangereux.
New START, entré en vigueur en 2011, fixe des plafonds sur les forces nucléaires stratégiques déployées. Il limite notamment à 1.550 le nombre d’ogives stratégiques déployées, et encadre le nombre de vecteurs déployés, missiles balistiques intercontinentaux, missiles balistiques mer-sol et bombardiers lourds, avec des plafonds distincts. Le dispositif s’accompagne d’outils de transparence, dont des échanges de données, des notifications et des inspections sur site, conçus pour réduire l’incertitude et limiter les risques de mauvais calcul.
Dans la pratique, plusieurs de ces mécanismes ont été fortement dégradés avant même l’échéance finale. Après la détérioration des relations bilatérales sur fond de guerre en Ukraine, Moscou a annoncé en 2023 la « suspension » de sa participation, tout en indiquant, à différents moments, qu’elle pouvait continuer à respecter certains plafonds. Les débats actuels portent précisément sur ce point, à savoir que des limites non adossées à des inspections et à des échanges de données ne produisent pas le même effet stabilisateur.
Fin janvier, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré que Moscou attendait toujours une réponse de Washington à la proposition du président Vladimir Poutine de prolonger de manière informelle pendant un an les dispositions de New START. Il a averti que l’expiration du traité le 5 février pourrait ouvrir un sérieux vide dans le cadre juridique encadrant les armements nucléaires.
Dmitry Medvedev a, lui aussi, déclaré ce lundi que la proposition russe restait « sur la table » tant que le traité n’était pas expiré, insistant sur la perspective d’une situation inédite depuis des décennies, celle d’arsenaux stratégiques non limités par un cadre bilatéral.
Côté américain, la position officielle reste marquée par l’absence de perspective de reconduction à court terme et par l’idée, portée à plusieurs reprises ces dernières années, d’un accord élargi incluant la Chine. Lundi, Reuters rapporte que le président Donald Trump n’a montré « aucune intention » de renouveler New START, évoquant plutôt la possibilité d’un accord futur « plus fort », tandis que Pékin a jusqu’ici rejeté l’idée de rejoindre des négociations de désarmement sur les arsenaux stratégiques.
L’enjeu immédiat n’est pas seulement le nombre d’ogives ou de missiles, mais la visibilité. New START a longtemps fourni un langage commun, des définitions, des règles de comptage et des procédures de contrôle qui réduisent l’ambiguïté sur la posture adverse. Pour les experts, c’est la perte de ces routines de transparence, et des moyens de vérification associés, qui augmente le risque de soupçon et d’escalade, même en l’absence d’augmentation instantanée des forces déployées.
Dans une note de janvier, Chatham House souligne qu’une expiration sans accord de remplacement ouvrirait une période où aucune limite juridiquement contraignante ne s’appliquerait aux forces stratégiques américaines et russes, situation inédite depuis l’ère des premiers accords de limitation du début des années 1970.
Les implications sont aussi domestiques. Une publication du Congressional Research Service, datée du 30 janvier, rappelle qu’une « extension » informelle des limites pourrait prendre la forme d’un engagement politique, mais met en avant le cœur de la controverse, l’absence de vérification. Le CRS note aussi que, faute d’inspections, les États-Unis s’appuient davantage sur les moyens techniques nationaux, comme les satellites, pour évaluer la conformité, ce qui ne remplace pas un régime d’accès et de notifications encadré.
Le vide qui se profile est d’autant plus frappant que New START est largement présenté comme le dernier traité bilatéral encore en vigueur entre Washington et Moscou sur le contrôle des armes nucléaires stratégiques. Le Financial Times décrit l’échéance comme l’ouverture potentielle d’un monde « sans contrôle des armements » entre les deux plus grands arsenaux, après plus d’un demi-siècle d’architecture de limitation et de réduction, même imparfaite, héritée de la guerre froide.
Des organisations spécialisées, comme la Nuclear Threat Initiative, soulignent qu’au-delà du symbole, l’expiration mettrait fin à des décennies de limites légalement contraignantes sur les forces nucléaires américaines et russes, au moment où les programmes de modernisation se poursuivent des deux côtés.
Le problème, notent plusieurs analystes, est moins l’absence d’idées que l’absence de conditions politiques. New START avait été signé à Prague par Barack Obama et Dmitry Medvedev en 2010, puis prolongé en 2021. Depuis, la défiance s’est installée, et la question de la Chine, troisième puissance nucléaire, s’est imposée dans le débat américain, compliquant toute équation strictement bilatérale.
Les déclarations de Dmitry Medvedev s’inscrivent dans un constat que partagent, pour des raisons différentes, responsables et experts des deux camps. Sans texte en vigueur, il n’y a plus d’obligation de plafonds, plus d’inspections prévues par traité et plus de mécanisme unique de transparence bilatérale couvrant l’ensemble des forces stratégiques. Même si des engagements politiques, explicites ou tacites, pouvaient être invoqués, l’absence d’outil de vérification fait basculer la relation vers une logique de supposition, plus propice aux erreurs de calcul.
La chute tient en une date. Sauf accord de dernière minute ou formule transitoire acceptée par les deux capitales, le 5 février marque la fin du dernier cadre légal qui bornait, comptait et rendait observable la partie la plus destructrice des arsenaux américain et russe. Et, comme l’a résumé Medvedev, le risque n’est pas celui d’un cataclysme automatique, mais celui d’un monde où les garde-fous cessent d’être obligatoires.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).