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Gaza : le passage de Rafah rouvre au compte-gouttes pour les Palestiniens

Le terminal de Rafah, seule sortie de Gaza vers l’étranger ne passant pas par Israël, a rouvert le 2 février pour un trafic strictement limité.

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Le terminal de Rafah, seule sortie de Gaza vers l’étranger ne passant pas par Israël, a rouvert le 2 février pour un trafic strictement limité. Dans l’immédiat, l’enjeu est humanitaire, avec des évacuations médicales et des réunifications familiales attendues depuis des mois. Mais cette réouverture, encadrée par Israël, l’Égypte et des équipes européennes, s’inscrit aussi dans l’architecture de la trêve et dans la phase la plus sensible du plan américain, où se jouent gouvernance, sécurité et désarmement.

Dès l’aube, la scène est redevenue familière des crises gazaouies. Des listes de noms, des contrôles et des ambulances, avec une promesse implicite pour des milliers de familles, celle d’un passage enfin possible, même restreint.

Selon les modalités annoncées, la réouverture se fait en « phase pilote », avec un passage à pied et un volume plafonné. L’agence israélienne de coordination humanitaire COGAT a indiqué que « un pilote est en cours » et que les mouvements dans les deux sens devaient commencer le lendemain de ce test.

La capacité opérationnelle évoquée par un responsable israélien de la défense se situe entre 150 et 200 personnes au total, entrées et sorties confondues. Dans les premières heures de fonctionnement, l’Associated Press rapportait qu’aucun passage n’avait été observé, alors même qu’un responsable égyptien évoquait 50 personnes attendues dans chaque sens pour la première journée.

À ce stade, Rafah rouvre uniquement pour les personnes, pas pour les marchandises. L’AP précise qu’aucun bien ne devait transiter dans l’immédiat par ce point de passage, dans un dispositif présenté comme gradué.

Priorité aux évacuations médicales

Dans la bande de Gaza, le premier effet attendu concerne les évacuations sanitaires. Les autorités de santé palestiniennes évoquent environ 20 000 patients en attente de sortie pour être soignés à l’étranger.

L’Organisation mondiale de la santé alerte depuis des mois sur les conséquences concrètes de ces retards. Dans des remarques publiques du 12 novembre 2025, son directeur général déclarait que « plus de 16 500 personnes, dont près de 4 000 enfants, attendent toujours une évacuation » et que « plus de 900 personnes sont mortes en attendant ».

Sur le terrain, l’attente se traduit par une course administrative et médicale. « C’est la bouée de sauvetage pour nous, les patients », confie à Reuters Moustafa Abdel Hadi, atteint d’insuffisance rénale et en attente d’une greffe à l’étranger, alors qu’il reçoit une séance de dialyse à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa.

Côté égyptien, les préparatifs hospitaliers ont été mis en avant. Selon AP, environ 150 hôpitaux auraient été mobilisés pour accueillir des patients évacués, et que le Croissant-Rouge égyptien a aménagé des « espaces sûrs » pour les personnes prises en charge après le passage.

Un dispositif de contrôle à trois

La réouverture s’accompagne d’un montage institutionnel sensible. Reuters indique que l’opération est coordonnée avec l’Égypte et l’Union européenne, et que des listes de voyageurs, soumises par l’Égypte, sont approuvées par Israël.

La vérification des voyageurs est assurée conjointement par Israël et l’Égypte, avec une supervision d’agents européens, tandis que le rôle palestinien reste limité dans le dispositif opérationnel. Cette présence européenne s’inscrit dans le cadre d’EUBAM Rafah, mission civile de l’UE mandatée pour fournir une présence tierce au point de passage et contribuer à la confiance entre les parties

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a présenté l’ouverture comme « une étape concrète et positive » du plan, en soulignant que la mission civile de l’UE était « sur le terrain » pour appuyer le fonctionnement du passage et soutenir les gardes-frontières palestiniens.

Rafah, pièce d’un cessez-le-feu encore fragile

Le passage de Rafah avait été largement fermé depuis la prise de contrôle du côté gazaoui par l’armée israélienne en mai 2024, Israël invoquant des impératifs de sécurité et la lutte contre la contrebande d’armes. Il a été brièvement rouvert lors d’une trêve antérieure, notamment pour des évacuations médicales, avant de se refermer.

La reprise actuelle intervient dans le cadre d’une trêve entrée en vigueur en octobre, mais régulièrement ébranlée par des épisodes de violence. Reuters fait état de centaines de morts palestiniens depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, citant des responsables sanitaires locaux, et de quatre soldats israéliens tués selon les autorités israéliennes.   L’AP rapporte, le jour même de la réouverture, la mort d’un enfant de trois ans, attribuée par des responsables hospitaliers gazaouis à un tir naval israélien, l’armée israélienne disant vérifier les faits.

Le jalon politique du plan américain

La réouverture de Rafah n’est pas seulement un soulagement humanitaire. Elle est aussi un jalon explicitement prévu dans la première phase du plan américain visant à stabiliser la situation après la trêve. Il convient de rappeler que la réouverture figurait parmi les exigences clés de cette première phase.

La phase suivante, beaucoup plus contestée, touche au cœur des sujets explosifs. En effet, les axes prévus se trouvent parmi lesquels le transfert de la gouvernance à des technocrates palestiniens, un retrait israélien, le déploiement d’une force internationale et la question du désarmement du Hamas, que le mouvement a jusqu’ici rejeté.

Du côté américain, la Maison-Blanche a officialisé le 16 janvier la montée en puissance de la « phase deux », présentant une feuille de route à 20 points et la mise en place d’un dispositif de pilotage incluant un « Board of Peace » et un comité chargé d’administrer Gaza, décrit comme une étape vers la reconstruction et la stabilisation.

Dans ce cadre, Rafah devient un instrument de séquencement. Il sert à la fois de soupape humanitaire, de test de coordination sécuritaire et de signal politique, alors que les dossiers de gouvernance et de sécurité restent ouverts et que la solidité de la trêve conditionne toute montée en puissance du passage.

Pour les patients inscrits sur des listes et les familles séparées depuis des mois, Rafah rouvre comme on entrouvre une porte bloquée. Lentement, sous contrôle, avec des quotas. Pour les diplomaties, c’est un autre type de passage, celui qui mène de la trêve à la construction d’un ordre d’après-guerre. Et c’est là, précisément, que la réouverture limitée de Rafah prend sa dimension la plus politique.

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