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À Abou Dhabi, premiers pourparlers trilatéraux États-Unis–Ukraine–Russie

Pour la première fois depuis l’invasion à grande échelle de 2022, des délégations américaine, ukrainienne et russe doivent se retrouver les 23 et 24 janvier 2026 à Abou Dhabi.

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Depuis près de quatre ans de guerre, des représentants des États-Unis, de l’Ukraine et de la Russie sont attendus à Abou Dhabi pour ce qui est présenté, côté ukrainien, comme la première séquence trilatérale du conflit. Le format exact reste flou, notamment sur un point essentiel, la possibilité d’un échange direct entre Ukrainiens et Russes, ou d’une médiation américaine jouant le rôle de navette.

Ces discussions interviennent après une série de contacts à haut niveau entre émissaires américains et dirigeants russes. Moscou a confirmé qu’une réunion d’un groupe de travail trilatéral sur les questions de sécurité devait se tenir à Abou Dhabi dès ce vendredi, selon un compte rendu officiel russe.

Une rencontre rare dans un format encore incertain

Selon plusieurs médias et agences, les pourparlers doivent s’étaler sur deux jours, vendredi et samedi. Volodymyr Zelensky a publiquement évoqué cette fenêtre, en marge du Forum de Davos, et plusieurs sources concordantes indiquent que Washington pousse à cette mise en présence simultanée des trois parties.

Côté russe, le Kremlin a mis l’accent sur la dimension « sécurité » et sur le caractère technique du groupe de travail, tout en réaffirmant que le règlement du conflit ne peut faire l’économie de la question territoriale.

Donbass, Donetsk, lignes de front, le dossier qui concentre les blocages

Kiev assume placer le Donbass au cœur de la discussion, avec une focale sur Donetsk. D’après Reuters, Moscou continue d’exiger un retrait ukrainien de zones qu’elle revendique, y compris la fraction de Donetsk encore tenue par l’Ukraine, un point que Kiev rejette.

La logique est connue mais la séquence est nouvelle. Pour la Russie, la ligne rouge demeure la reconnaissance de ses gains et revendications territoriales. Pour l’Ukraine, toute concession imposée sur un territoire qu’elle contrôle encore serait politiquement explosive et stratégiquement risquée, car elle modifierait la ligne de front au profit de Moscou et créerait un précédent pour d’autres régions.

Dans ce contexte, les Émirats apparaissent surtout comme un lieu de facilitation et de discrétion diplomatique, plus que comme un médiateur politique assumé. Les détails concrets de l’agenda, les participants exacts et l’architecture des séances n’ont pas été pleinement clarifiés publiquement au moment d’écrire ces lignes.

Garanties de sécurité, la condition ukrainienne pour qu’un cessez-le-feu tienne

En parallèle des discussions territoriales, l’Ukraine veut verrouiller l’après. Volodymyr Zelensky martèle qu’aucune garantie de sécurité ne fonctionnera sans les États-Unis, et plusieurs médias français rapportent qu’un accord ou un cadre de travail sur ces garanties serait en cours, tout en restant à finaliser.

Dans les capitales européennes, l’enjeu est de savoir si Washington fournirait un « backstop », c’est-à-dire une garantie crédible en cas de reprise des hostilités, afin de rendre opérante une éventuelle coalition de soutien, militaire et financier, à Kiev. Le Monde évoquait déjà début janvier des discussions difficiles précisément en raison de l’incertitude américaine sur ce point.

Autrement dit, la négociation se joue sur deux rails qui s’entrecroisent. D’un côté, le territoire et la ligne de cessez-le-feu. De l’autre, l’architecture de sécurité qui empêcherait la Russie de transformer une pause en simple respiration opérationnelle.

Ce que Washington cherche à obtenir et ce que Moscou veut imposer

D’après le Financial Times, les États-Unis poussent à une dynamique de pourparlers pouvant inclure, au minimum, un cessez-le-feu limité, notamment autour des infrastructures énergétiques, alors que l’hiver pèse sur l’Ukraine et que les attaques sur l’énergie ont été un thème récurrent de ces derniers mois.

Mais le cœur du problème demeure politique. Le Kremlin insiste sur le fait que la paix passe par le règlement des questions territoriales et par des exigences plus larges liées à l’orientation stratégique de l’Ukraine, y compris ses ambitions euro-atlantiques, même si ces points ne sont pas officiellement présentés comme l’ordre du jour d’Abou Dhabi.

Le résultat probable, à court terme, pourrait donc ressembler moins à un « grand accord » qu’à une mise en place de mécanismes, groupes de travail et séquençage, destinés à tester la possibilité d’un arrêt des combats, à défaut d’un règlement politique immédiat.

La chute, l’épreuve de réalité

Abou Dhabi ouvre une fenêtre diplomatique rare, mais l’équation est brutale. Territoire et garanties de sécurité sont liés, car Kiev veut un filet américain avant tout gel durable du front, tandis que Moscou veut des gains actés avant toute normalisation.

Le paradoxe est là. Les discussions peuvent produire un format, un calendrier, des canaux. Elles ne suffiront pas si chacune des trois capitales continue d’exiger, dès le premier acte, ce que l’autre considère comme la capitulation.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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