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À Moscou, Poutine reçoit Ahmed al-Sharaa, la question des bases russes au cœur des discussions

Le président russe a accueilli le président syrien par intérim Ahmad al-Sharaa, pour une rencontre dominée par l’avenir de la présence militaire russe en Syrie.

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Le président russe Vladimir Poutine a accueilli aujourd’hui mercredi au Kremlin le président syrien par intérim Ahmad al-Sharaa, pour une rencontre dominée par l’avenir de la présence militaire russe en Syrie. Moscou cherche à préserver ses implantations clés sur la côte méditerranéenne, tandis que Damas entend redéfinir le cadre hérité de l’ère Assad, sur fond de recomposition sécuritaire dans le Nord-Est et de tractations régionales.

Dans les salons du Grand Palais du Kremlin, Vladimir Poutine et Ahmad al-Sharaa se sont retrouvés pour la deuxième fois en moins de quatre mois, selon plusieurs sources concordantes, dans une séquence diplomatique qui cristallise l’enjeu central de la relation bilatérale depuis la chute de Bachar al-Assad. D’après le Kremlin, « tous les sujets liés à la présence de nos troupes en Syrie » devaient être abordés au cours des échanges, qui portent aussi sur la coopération économique et la situation régionale.

Les bases de Tartous et Hmeimim, nœud stratégique

À l’ordre du jour figure en priorité le statut des deux principales emprises russes en Syrie, la base aérienne de Hmeimim et l’installation navale de Tartous, considérées par Moscou comme un pivot de sa projection en Méditerranée. Une source syrienne citée par Reuters indique qu’un point clé consiste à « redéfinir » le statut de cette présence, que la Russie chercherait à prolonger « sous un nouveau cadre » dans la période post-Assad.

La rencontre intervient alors que des signaux de repositionnement militaire ont été relevés dans le Nord-Est syrien. Reuters a rapporté cette semaine un retrait de forces russes de l’aéroport de Qamishli, mouvement interprété à Damas comme un geste visant à éviter d’être entraîné dans les combats entre forces gouvernementales et Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes.

Une légitimation politique sur fond de dossier kurde

Lors des déclarations liminaires diffusées par les médias, Vladimir Poutine a salué la dynamique de reprise en main territoriale par les autorités syriennes. « Je veux vous féliciter du fait que le processus de restauration de l’intégrité territoriale de la Syrie prend de l’ampleur », a-t-il déclaré, dans une formulation reprise à la fois par Reuters et l’Associated Press.

Selon l’AP, le chef du Kremlin a également affirmé que la Russie soutenait l’effort des autorités syriennes pour restaurer le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire, y compris les zones contrôlées par les Kurdes. De son côté, Ahmad al-Sharaa a remercié Vladimir Poutine pour l’aide apportée à la « stabilisation » de la Syrie et, plus largement, de la région.

Assad, l’exilé dont Moscou évite de parler

La visite s’inscrit dans une relation reconstruite après la chute, en décembre 2024, de Bachar al-Assad, allié historique de la Russie, renversé par une coalition islamiste menée par Ahmad al-Sharaa, selon Reuters. Moscou, qui avait soutenu militairement le pouvoir syrien pendant des années, n’a pas cherché à contrer l’offensive et a accordé l’asile à Assad et à sa famille après sa fuite, d’après l’AP.

Interrogé sur une éventuelle extradition de l’ancien président syrien, Dmitri Peskov affirmant que « tous les mouvements en cours se font en coordination directe entre les directions des deux pays ».

Au-delà des bases, reconstruction et risques régionaux

Moscou a cherché à mettre en avant la dimension économique du rapprochement. « Nos opérateurs économiques, y compris le secteur de la construction, sont prêts pour ce travail commun », a déclaré Vladimir Poutine, selon l’AP, évoquant la reconstruction d’une économie syrienne éprouvée par des années de guerre.

Des sujets de sécurité régionale ont aussi été évoqués dans les informations publiées par Reuters. Une source syrienne indique qu’Ahmad al-Sharaa souhaitait discuter du risque d’une frappe contre l’Iran et des moyens de contenir d’éventuelles répercussions, la Syrie ayant été par le passé utilisée comme espace de transit ou de survol dans le cadre d’affrontements indirects. La même source évoque une demande syrienne d’implication russe dans de futurs arrangements sécuritaires dans le Sud, y compris une présence de police militaire à Quneitra, dans la zone du Golan, pour servir de tampon face à des incursions israéliennes.

Un cadre juridique hérité de 2017

La présence russe en Syrie s’appuie sur des accords conclus sous le pouvoir Assad. Un texte de ratification publié par le Kremlin rappelle qu’un accord signé à Damas le 18 janvier 2017 a établi une base juridique internationale pour l’utilisation et l’extension des installations russes, dans le cadre d’un engagement de long terme. Des travaux de recherche et publications spécialisées décrivent notamment un bail de 49 ans concernant Tartous, devenu un élément structurant de l’implantation russe en Méditerranée.

En recevant Ahmad al-Sharaa, Vladimir Poutine s’efforce de préserver ce qui reste de l’architecture d’influence russe au Levant, tout en s’adaptant à un pouvoir syrien qui veut, selon les sources citées, reprendre la main sur l’ensemble du territoire et renégocier les équilibres hérités de l’ancienne ère.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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