Après une semaine de tensions autour du Groenland, marquée par des menaces américaines de droits de douane brandies comme levier politique, les dirigeants européens ont resserré les rangs à Bruxelles.
Menu
Light
Dark
Après une semaine de tensions autour du Groenland, marquée par des menaces américaines de droits de douane brandies comme levier politique, les dirigeants européens ont resserré les rangs à Bruxelles.

L’épisode a été bref, mais suffisamment brutal pour provoquer un réflexe d’unité. Réunis à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union ont voulu afficher un front commun après le revirement de Donald Trump sur des surtaxes annoncées contre plusieurs pays européens, sur fond de pressions autour du Groenland. L’option d’un recours à l’instrument dit « anti-coercition » a été citée comme l’un des leviers disponibles si de nouvelles menaces devaient se matérialiser.
Dans la semaine, Donald Trump avait menacé d’imposer des droits de douane à plusieurs pays européens, sur fond de bras de fer autour du Groenland, territoire autonome du royaume du Danemark. Il est ensuite revenu sur cette annonce, affirmant sur son réseau Truth Social renoncer aux surtaxes « sur la base d’une réunion très productive » avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte.
Malgré le recul du président américain, le retrait n’a pas effacé l’inquiétude, au contraire. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a reconnu un « coup dur » porté aux relations transatlantiques, décrivant un contexte d’« imprévisibilité » où « un jour, la situation peut changer, le lendemain, tout peut basculer ».
Au cœur des discussions figure un outil récent, rarement cité en dehors des cercles spécialisés. L’instrument anti-coercition, entré en vigueur le 27 décembre 2023, vise à protéger l’UE et ses États membres contre la « coercition économique » de pays tiers. Il définit cette coercition comme l’usage, ou la menace, de mesures affectant commerce ou investissement afin de forcer l’UE ou un État membre à faire un choix particulier, ce qui « interfère indûment » avec leurs choix souverains légitimes.
Dans sa doctrine, la Commission européenne insiste sur une logique graduée. Examen, détermination par le Conseil, puis demande formelle d’arrêt des mesures. La réponse économique n’intervient qu’en dernier ressort, si la consultation échoue.
La palette de contre-mesures possibles est large. Elle peut aller de droits de douane additionnels à des restrictions sur les importations, les services, l’investissement ou l’accès au marché européen. Pour les Européens, l’intérêt immédiat est surtout dissuasif. À Bruxelles, l’outil sert d’argument de crédibilité, en rappelant qu’une riposte structurée existe désormais en cas de pression économique ciblant un choix politique ou souverain.
En parallèle du volet commercial, la crise a remis le Groenland au centre de l’agenda stratégique euro-atlantique. Le Danemark et l’Otan ont publiquement mis l’accent sur la sécurité arctique. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a indiqué s’être accordée avec Mark Rutte sur la nécessité de renforcer l’engagement de l’Alliance dans l’Arctique, en parlant d’un enjeu pour « l’ensemble de l’Alliance ».
Sur le fond, Copenhague et Nuuk répètent que la souveraineté de l’île « n’est pas négociable », tout en se disant ouverts à des discussions plus larges. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a pour sa part plaidé pour « sortir le drame » du processus et privilégier une démarche « calme », après des échanges diplomatiques à Washington.
Dans ce contexte, Reuters évoque des discussions envisagées pour actualiser l’accord de 1951 encadrant l’accès et la présence militaires américains au Groenland, un point central des équilibres de sécurité dans le Haut-Nord.
À Bruxelles, l’UE a cherché une ligne de crête. Montrer la fermeté, sans basculer dans la surenchère. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a insisté sur la nécessité d’un engagement « ferme mais non escalatoire » avec les États-Unis, dans un moment où la relation est jugée plus instable.
Côté français, Emmanuel Macron a dit vouloir rester « extrêmement vigilant » et prêt à mobiliser les « instruments » disponibles si l’Europe redevenait la cible de menaces. Plusieurs dirigeants, dont le chancelier allemand Friedrich Merz, ont salué le recul américain tout en soulignant la fragilité de la séquence.
En filigrane, une inquiétude traverse les capitales. L’épisode groenlandais a été vécu comme un test, à la fois de la solidarité européenne et de sa capacité à défendre ses intérêts sans rompre avec son allié américain. C’est dans cet esprit que l’outil anti-coercition a été brandi, moins comme une décision immédiate que comme un signal de crédibilité stratégique.
La crise retombe, mais elle laisse une trace. Pour l’UE, le dossier groenlandais n’est plus seulement un sujet arctique. Il devient un révélateur de souveraineté, de résilience économique et de rapport de force au sein du camp occidental.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).
Expert picks and exclusive deals, in your inbox
Expert picks and exclusive
deals, in your inbox.