Genève, 20 juin – Les discussions entre l’Iran et les ministres des Affaires étrangères de la troïka européenne (France, Allemagne, Royaume-Uni), tenues ce vendredi à Genève avec la participation de la cheffe de la diplomatie européenne, se sont conclues sans percée majeure, dans un climat alourdi par les affrontements militaires en cours entre Téhéran et Tel-Aviv.
Ces pourparlers s’inscrivent dans un contexte particulièrement tendu, marqué par une recrudescence des violences au Proche-Orient et des craintes croissantes d’une conflagration régionale. Une semaine après une série de frappes croisées entre l’Iran et Israël, les diplomates ont tenté de relancer le dialogue sur le dossier nucléaire iranien, en panne depuis plusieurs mois.
Dialogue oui, concessions non
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a réaffirmé l’ouverture de son pays à la voie diplomatique, tout en posant des lignes rouges claires. « L’Iran est prêt à poursuivre les négociations », a-t-il déclaré, tout en excluant fermement toute discussion portant sur ses capacités militaires ou ses systèmes de défense. Pour Téhéran, les pourparlers doivent se concentrer exclusivement sur le programme nucléaire civil.
Une position que les Européens disent entendre, mais non sans insister sur les risques d’une militarisation croissante. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, a rappelé qu’« il n’existe pas de solution militaire à la crise nucléaire iranienne », soulignant que « seul un dialogue soutenu peut garantir des résultats durables ».
L’Allemand Johann Fadefull est allé plus loin en appelant à une implication directe des États-Unis dans les futures négociations. « La participation de Washington est devenue décisive pour briser l’impasse », a-t-il martelé, appelant à une architecture diplomatique plus inclusive.
Washington en coulisses, Doha en médiateur
À Washington, un responsable de la Maison-Blanche a confirmé que l’émissaire spécial américain pour l’Iran, Steve Witkoff, mène des pourparlers réguliers, tant directs qu’indirects, avec des responsables iraniens. Le Qatar jouerait un rôle central dans cette médiation discrète, ont précisé les autorités américaines. Le président Donald Trump a d’ailleurs présidé ce vendredi une réunion du Conseil de sécurité nationale consacrée aux derniers développements.
Dans un communiqué conjoint, les ministres de la troïka européenne et l’Union européenne ont salué les « efforts constants des États-Unis pour parvenir à une solution négociée », tout en appelant à une reprise rapide des discussions. « L’urgence d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire est plus forte que jamais », souligne le texte, exprimant une « vive inquiétude » quant à l’évolution du programme nucléaire iranien « au-delà d’objectifs civils crédibles ».
Une escalade qui inquiète
Cette réunion diplomatique survient sur fond d’embrasement militaire sans précédent. Depuis le 13 juin à l’aube, Israël mène des attaques d’une ampleur inédite contre l’Iran, visant des sites sensibles — installations nucléaires, bases balistiques, et figures clés du complexe militaro-scientifique iranien. Le bilan humain côté iranien s’élève à 224 morts et 1 277 blessés, majoritairement des civils, selon les autorités de Téhéran.
En représailles, l’Iran a riposté par des frappes de missiles balistiques et des attaques de drones, causant environ 25 morts et plus de 2 500 blessés en Israël, selon le ministère israélien de la Santé. Cette escalade militaire fait craindre une dérive vers un conflit ouvert dans la région, alerte l’ONU, qui appelle à une désescalade immédiate.
Maintenir le dialogue, éviter l’irréversible
Face à cette situation explosive, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a plaidé pour le maintien des canaux de communication avec Téhéran. « Fermer la porte au dialogue reviendrait à ouvrir celle à des dynamiques incontrôlables », a-t-elle mis en garde. Une position partagée par l’ensemble des délégations européennes présentes à Genève, qui ont appelé, dans leur déclaration finale, à « s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver l’escalade ».
Si aucun accord concret n’a été conclu à Genève, tous les acteurs semblent s’accorder sur la nécessité urgente de contenir la crise et de relancer un processus diplomatique durable. Mais la fenêtre de dialogue semble se rétrécir à mesure que les violences s’intensifient.