Au cœur de l’hiver, la guerre de l’énergie s’intensifie en Ukraine, prise entre des frappes russes visant le réseau et des ripostes ukrainiennes qui touchent aussi les infrastructures dans les zones occupées.
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Au cœur de l’hiver, la guerre de l’énergie s’intensifie en Ukraine, prise entre des frappes russes visant le réseau et des ripostes ukrainiennes qui touchent aussi les infrastructures dans les zones occupées.

Dans le froid de janvier, la guerre en Ukraine se joue aussi sur des câbles, des transformateurs et des lignes à haute tension. En vingt quatre heures, une frappe de drones attribuée à l’Ukraine a plongé une large partie des zones occupées de la région de Zaporijjia dans le noir, tandis que la Russie poursuivait sa campagne hivernale contre le système énergétique ukrainien. Sur le terrain, la priorité est à la réparation sous alerte permanente. En coulisses, Kiev tente d’arrimer l’aide occidentale à des garanties de sécurité plus robustes, discutées en marge des grands rendez vous internationaux.
Samedi, un responsable installé par Moscou dans la région de Zaporijjia a affirmé qu’une frappe de drones ukrainiens avait déclenché une panne d’électricité majeure dans les territoires contrôlés par la Russie. Selon lui, « plus de 200000 personnes » se sont retrouvées sans courant, et « près de 400 localités » ont été affectées, au moment où les températures restent basses et où la consommation électrique augmente. Les autorités d’occupation assurent que les équipes techniques travaillent au rétablissement, mais l’épisode souligne la vulnérabilité persistante des réseaux dans les zones tenues par la Russie, souvent dépendants d’infrastructures endommagées, de moyens de réparation limités et de lignes exposées.
Cet évènement marque aussi une intensification de la logique de représailles énergétiques. Depuis des mois, l’Ukraine frappe à distance des cibles liées à l’approvisionnement et à la logistique russes, tandis que la Russie vise méthodiquement les nœuds du système ukrainien, en particulier l’électricité et le chauffage, au cœur de l’hiver.
Côté ukrainien, la pression reste continue puisque la Russie a renforcé ses attaques contre les infrastructures énergétiques, combinant drones et missiles, avec des effets en cascade sur l’électricité, l’eau et le chauffage. Début janvier, des frappes russes ont provoqué de vastes coupures, et des autorités ukrainiennes ont évoqué des régions « presque entièrement » privées d’électricité, avec des sites critiques basculant sur des alimentations de secours.
Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas seulement de réparer, mais de réparer vite, souvent au milieu de nouvelles alertes. Selon Reuters, l’effort mobilise des dizaines de milliers de travailleurs. Le président Volodymyr Zelensky a martelé que la cadence des frappes complique la remise en état et que la Russie « montre, par ses frappes, qu’elle ne se soucie pas de la diplomatie ».
Les grands opérateurs énergétiques décrivent la même réalité, faite de techniciens blessés sur site, de rotations de nuit, et de réparations réalisées dès que les conditions de sécurité le permettent.
L’effet recherché, à Kiev comme chez plusieurs alliés occidentaux, est de lire ces attaques comme une guerre d’usure visant d’abord les civils. Dans la capitale, des milliers d’immeubles ont connu des ruptures de chauffage, des écoles ont fermé ponctuellement, et les autorités ont réactivé ou étendu des dispositifs de refuges chauffés, présentés comme des points de résilience civile.
Aux Nations unies, des responsables ont alerté sur un hiver qui « pousse les civils plus profondément dans la crise », citant des millions de personnes confrontées, selon les zones, à des manques de chauffage, d’électricité ou d’eau.
L’un des risques les plus sensibles demeure la sûreté nucléaire autour de la centrale de Zaporijjia, située en zone occupée. Des médias ont rapporté qu’un cessez le feu localisé, facilité par l’Agence internationale de l’énergie atomique, a permis le lancement de réparations sur une ligne électrique de secours liée au site, illustrant à quel point l’énergie, au sens large, touche aussi au dossier nucléaire et à la sécurité européenne.
Cette bataille énergétique se déroule alors que l’agenda diplomatique se densifie. Début janvier à Paris, des alliés de l’Ukraine réunis dans une coalition ont affiché leur volonté de bâtir des garanties de sécurité plus solides, avec des engagements décrits comme contraignants, qui entreraient en vigueur après un éventuel cessez le feu. Le texte publié côté européen évoque des « engagements contraignants » et l’idée de soutenir l’Ukraine en cas de nouvelle attaque, y compris par des capacités militaires, du renseignement et un appui logistique.
Reuters a aussi rapporté que Washington, pour la première fois dans ce format, a soutenu l’architecture générale des garanties, l’émissaire américain Steve Witkoff évoquant des « protocoles de sécurité aussi solides que tout ce qui a jamais été vu ».
Dans le même temps, le négociateur ukrainien Rustem Umerov a annoncé la poursuite des échanges avec les États Unis, en particulier en marge du Forum économique mondial à Davos. Il a décrit des discussions centrées sur la reconstruction et les garanties de sécurité, tout en reconnaissant que les mécanismes pratiques restent à préciser.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).
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