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Kiev met en garde contre un risque de blackout total si Moscou frappe des postes clés du nucléaire

L’Ukraine, déjà fragilisée par des frappes répétées sur son système électrique, avertit qu’une attaque réussie contre certains postes à très haute tension qui acheminent l’électricité des centrales nucléaires pourrait provoquer un blackout national.

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KIEV. La vulnérabilité la plus critique du réseau ukrainien ne se situe pas seulement dans les centrales elles-mêmes, mais dans quelques nœuds du système qui permettent d’acheminer vers le pays l’électricité produite par le nucléaire. Kiev considère que des frappes russes ciblant ces postes électriques de grande puissance pourraient plonger l’Ukraine dans le noir, à un moment où le froid et la demande renforcent la pression sur un réseau déjà très endommagé.

L’Ukraine exploite actuellement trois centrales nucléaires pour une capacité totale d’environ 7,7 gigawatts, tandis que la centrale de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, est occupée par la Russie et à l’arrêt, selon Reuters.

Dans ce contexte, une source industrielle citée par l’agence estime que la production nucléaire fournit jusqu’à 80 % de l’électricité consommée dans le pays, les autres moyens de production ayant été fortement dégradés. Reuters évoque aussi un déficit de production d’environ 10 gigawatts, seulement partiellement compensé par des importations, ce qui impose des délestages de grande ampleur.

En toile de fond, l’Agence internationale de l’énergie rappelle qu’avant l’invasion à grande échelle de 2022, le nucléaire représentait déjà environ la moitié de la production d’électricité ukrainienne, ce qui illustre la place structurelle de cette filière dans l’équilibre du système.

Les postes électriques

Le « talon d’Achille » décrit par Reuters tient à l’architecture même du réseau. Les réacteurs ne peuvent alimenter le pays sans postes électriques puissants capables d’injecter l’électricité sur les lignes à très haute tension, avant la distribution vers des postes secondaires et les consommateurs.

Oleksandr Kharchenko, directeur d’un centre de recherche énergétique à Kiev, affirme que dix postes « clés » transportent plus de la moitié de l’électricité consommée en Ukraine à partir du nucléaire. Certains sont situés au plus près des centrales, d’autres à des dizaines, voire des centaines de kilomètres.

Selon le président Volodymyr Zelensky, la Russie « entend priver » l’Ukraine de cette énergie en projetant de frapper ces infrastructures, ce qui « plongerait le pays dans un blackout complet ».

Une campagne de frappes qui vise déjà le réseau

D’après Reuters, Kharchenko indique qu’à ce stade, aucun poste situé directement dans une centrale n’a été frappé, mais que la Russie a attaqué au moins 60 fois des postes éloignés des unités de production depuis le début de la guerre. Il ajoute que des mesures de protection ont permis de limiter les dégâts à des équipements auxiliaires, avec des réparations souvent réalisables en quelques jours.

La pression sur le réseau reste pourtant très élevée. Le 22 janvier, le ministre de l’Énergie Denys Shmyhal a écrit que la journée avait été « la plus difficile » pour le système électrique depuis le blackout généralisé de novembre 2022 et que la situation demeurait « extrêmement difficile », évoquant des coupures d’urgence à répétition dans plusieurs régions, dont Kiev.

Le risque d’effets en cascade et l’enjeu de sûreté

Au-delà de l’ampleur des coupures, les autorités et experts pointent la dimension de sûreté. Reuters rapporte que des analystes jugent les conséquences d’un missile frappant des postes situés près des réacteurs « imprévisibles » : même sans atteinte directe au bâtiment du réacteur, l’explosion pourrait endommager des systèmes et équipements sensibles, notamment des éléments liés aux circuits contenant de l’eau radioactive.

Ces préoccupations se sont matérialisées le 20 janvier lorsque l’Agence internationale de l’énergie atomique a indiqué que Tchernobyl avait perdu toute alimentation électrique externe à la suite d’une activité militaire, et que plusieurs postes essentiels à la sûreté avaient été affectés, tandis que des lignes vers d’autres centrales avaient aussi été touchées, selon Reuters.

Des organismes de suivi rappellent, par ailleurs, qu’en 2024 des attaques ont déjà conduit à des réductions de puissance des centrales en fonctionnement à titre de précaution, après l’atteinte de postes et de lignes associés.

Une équation hivernale

L’alerte de Kiev intervient dans un moment d’intensification des frappes sur les infrastructures énergétiques en plein froid. Reuters décrit une Ukraine contrainte à des délestages massifs et à des réparations d’urgence, alors que les services urbains dépendent directement de l’électricité disponible.

En creux, le message des autorités est double : la guerre énergétique vise la capacité du pays à passer l’hiver, et la protection des nœuds reliant le nucléaire au réseau devient un enjeu central pour éviter le scénario redouté d’un basculement dans un blackout total.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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