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Macron parle d’un retour à l’acceptable et met en avant l’unité européenne

Le président français insiste sur une ligne de fermeté et de vigilance, en rappelant que l’Union européenne dispose d’instruments de contre pression, au premier rang desquels l’instrument anti coercition.

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Emmanuel Macron a défendu, jeudi 22 janvier à Bruxelles, en Belgique, une ligne simple face aux pressions américaines autour du Groenland et aux menaces tarifaires. « Quand l’Europe réagit de manière unie, en utilisant les instruments qu’elle a à sa disposition tandis qu’elle est menacée, elle peut se faire respecter, et c’est une très bonne chose », a déclaré le président de la République, en revendiquant une méthode fondée sur l’unité et la capacité de riposte. 

Le propos vise une crise déclenchée par Washington autour du Groenland, territoire autonome du royaume du Danemark, et par l’usage assumé de l’arme commerciale. Le 17 janvier, Donald Trump avait annoncé des droits de douane additionnels de 10 % dès le 1er février sur les importations en provenance de huit pays européens, avec une hausse annoncée à 25 % au 1er juin, tant qu’un accord ne serait pas trouvé sur l’acquisition du Groenland. 

Un sommet d’urgence sur fond de désescalade fragile

Au fil de la semaine, l’escalade s’est partiellement dégonflée. Depuis Davos, Donald Trump a indiqué qu’un cadre d’accord avait été discuté avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, et a reculé sur ses menaces tarifaires, sans dissiper toutes les zones d’ombre sur le contenu et la portée du dispositif évoqué. 

C’est cette décrue que Macron qualifie de « situation acceptable », tout en posant une condition, ne pas confondre apaisement momentané et retour à la normale. « Nous restons extrêmement vigilants et prêts à utiliser les instruments qui sont les nôtres », a-t-il martelé, en soulignant que le Conseil européen devait justement arrêter une stratégie commune face aux pressions américaines. 

Le signal recherché est double. D’une part, afficher la solidarité des Vingt-Sept avec Copenhague. D’autre part, rappeler que l’Union peut répondre à la coercition économique par une palette graduée de mesures, au-delà des seuls droits de douane. 

L’instrument anti coercition, le levier que Paris veut crédibiliser

Dans le débat européen, un terme est revenu comme un marqueur politique, l’instrument anti coercition, conçu pour dissuader et, si nécessaire, riposter à des pressions économiques visant à infléchir des choix souverains d’un État membre ou de l’Union. 

Encadré par le règlement 2023/2675, entré en vigueur le 27 décembre 2023, ce dispositif établit une procédure en plusieurs temps, identification d’une coercition économique, tentative de désescalade, puis éventuelle adoption de contre mesures. 

Ces contre mesures peuvent être puissantes. La Commission européenne décrit un cadre permettant d’agir sur le commerce et l’investissement, avec une logique de dissuasion en amont, puis d’arrêt de la coercition si celle-ci se matérialise.  Certaines analyses et médias l’ont surnommé un « bazooka » commercial, notamment en raison de la possibilité de limiter l’accès à des segments du marché européen ou à la commande publique. 

À Bruxelles, l’exécutif français a cherché à transformer cet outil en menace crédible, sans forcément l’activer. Europe 1 rapporte qu’au moment où la pression retombait, l’option n’était « plus sur la table », mais qu’elle pouvait être réintroduite en cas de nouvelles menaces. 

En parallèle, d’autres options ont circulé. Reuters évoquait la préparation de mesures de représailles, dont un paquet portant sur 93 milliards d’euros d’importations américaines, susceptible d’être mobilisé rapidement selon l’évolution du bras de fer. 

Souveraineté, Otan et Arctique, le Danemark fixe ses lignes rouges

La crise ne se résume pas à un échange tarifaire. Elle touche un territoire stratégique de l’Arctique, avec une dimension sécuritaire que l’Otan et plusieurs capitales cherchent à canaliser.

À Bruxelles, la première ministre danoise Mette Frederiksen a plaidé pour une présence permanente de l’Otan dans l’Arctique, y compris autour du Groenland, en martelant qu’il fallait travailler « respectueusement » avec les États-Unis, « sans se menacer ». 

Côté groenlandais, le premier ministre Jens-Frederik Nielsen a posé une ligne rouge, la souveraineté et l’intégrité du territoire, tout en disant vouloir poursuivre un « dialogue pacifique » sur l’avenir, dans le respect du droit à l’autodétermination. 

Dans ce contexte, Macron dit vouloir « marquer l’unité des Européens en soutien du Danemark », et affirme que les questions relevant de la souveraineté sont « dans la main des Danois ». 

Transformer l’épreuve en démonstration

En réaffirmant que « l’Europe peut se faire respecter », Emmanuel Macron cherche à donner une cohérence d’ensemble à la séquence. Pour lui, la désescalade ne relève pas seulement d’un revirement américain. Elle s’explique aussi par la capacité des Européens à se coordonner, à parler d’une seule voix et à rendre crédible une réponse. 

Le message vise autant l’extérieur que l’intérieur. À l’heure où l’Union débat de sa robustesse stratégique, la crise du Groenland a servi de test grandeur nature, mêlant souveraineté territoriale, solidarité entre alliés, et dépendances économiques. Reuters notait dès le 17 janvier que Bruxelles s’organisait dans l’urgence, en réunissant ses ambassadeurs et en préparant des scénarios de riposte. 

Reste que l’apaisement demeure fragile, faute de clarté sur la nature exacte du « cadre » évoqué entre Donald Trump et Mark Rutte, et sur les engagements que Washington pourrait exiger en échange d’un retrait durable des menaces. 

La conclusion que Paris veut imposer, elle, est limpide. Même si la tension retombe, l’épisode confirme une réalité stratégique, l’Union n’a plus le luxe d’une réponse improvisée. Elle doit conserver ses instruments à portée de main et prouver qu’en cas de menace, l’unité européenne n’est pas un slogan mais une mécanique opérationnelle

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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