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Plus de 5 000 morts selon des ONG tandis que Washington dépêche une « armada »

Le bilan humain de la répression en Iran continue de grimper, au moins 5 002 morts selon un décompte d’activistes, sur fond de blackout numérique qui complique toute vérification indépendante.

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Selon la Human Rights Activists News Agency, une organisation basée aux États-Unis, au moins 5 002 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations, avec des milliers d’arrestations annoncées par le même réseau. L’agence souligne que la coupure d’internet et les restrictions aux communications rendent le bilan évolutif et potentiellement sous-estimé.

Face à ce chiffre, la télévision d’État iranien, citant le ministère de l’Intérieur et la Fondation des martyrs, a fait état de 3 117 morts, en présentant une partie des victimes comme des civils et des membres des forces de sécurité, et le reste comme des « terroristes » ou responsables de violences. Des médias et ONG rappellent que, lors de précédentes crises, Téhéran a souvent minimisé ou retardé la publication de bilans.

La difficulté à documenter les faits est aggravée par un blackout numérique massif. L’Associated Press rapporte que l’accès à internet a été coupé à grande échelle début janvier et que la presse locale est fortement contrainte, ce qui limite la capacité des organisations et des rédactions à corroborer les informations au cas par cas.

L’annonce américaine d’une « armada » et l’ombre d’une option militaire

C’est dans ce contexte que Donald Trump a déclaré, à bord d’Air Force One le 22 janvier, que les États-Unis avaient « beaucoup de navires » se dirigeant « dans cette direction » et qu’il s’agissait d’une mesure « au cas où », tout en ajoutant qu’il préférerait « ne rien voir arriver ».

Des responsables américains indiquent que le porte-avions USS Abraham Lincoln et plusieurs destroyers doivent rejoindre le Moyen-Orient dans les prochains jours, et que des moyens additionnels de défense aérienne sont aussi envisagés pour protéger les bases américaines dans la région. Le déploiement est présenté comme élargissant la palette d’options, à la fois défensives et coercitives, dans une période de fortes tensions.

Sur le volet iranien, l’exécutif américain a explicitement lié sa posture à deux sujets, la répression et le dossier nucléaire. Trump a réitéré ses avertissements à Téhéran contre toute reprise d’activités nucléaires, en mentionnant les frappes américaines de juin contre des sites iraniens et les interrogations persistantes sur l’état des stocks d’uranium hautement enrichi.

Bataille des récits

Une partie de l’escalade se joue aussi sur le terrain déclaratif. L’Associated Press rapporte que le procureur général iranien Mohammad Movahedi a qualifié de « complètement fausse » l’affirmation de Donald Trump selon laquelle Téhéran aurait renoncé à exécuter des centaines de détenus après ses menaces. La même source rappelle que certains détenus sont accusés de « mohareb », une qualification passible de la peine de mort.

Téhéran, de son côté, attribue la violence à des « terroristes » et à des « émeutiers » soutenus de l’étranger, notamment par les États-Unis et Israël, selon les éléments rapportés à propos des positions iraniennes dans les échanges à l’ONU.

Pression internationale et rendez-vous à l’ONU

Sur le plan multilatéral, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a convoqué une session d’urgence à Genève le 23 janvier. Selon Reuters, au moins cinquante pays ont appuyé la démarche et certains États souhaitent prolonger et renforcer le mandat de la mission d’enquête onusienne créée après la vague de protestations de 2022, afin de documenter les violations alléguées et de conserver des preuves pour d’éventuelles procédures futures.

À la veille de la session, l’ancien procureur onusien Payam Akhavan a insisté  sur « l’ampleur » des crimes allégués et a évoqué l’idée de préparer un moment de justice transitionnelle comparable à un « Nuremberg » iranien, tout en soulignant que l’issue politique restait incertaine.

Une crise à trois étages

À ce stade, trois dynamiques se superposent sans se confondre. D’abord, un bilan humain en hausse mais difficile à établir de manière indépendante, entre chiffres militants et chiffres officiels. Ensuite, une démonstration de force américaine qui se veut dissuasive, mais qui augmente mécaniquement les risques de malentendus et d’incidents. Enfin, une bataille diplomatique qui s’intensifie à l’ONU alors que le blackout et la répression compliquent la documentation des faits.

La situation ouverte fin décembre en Iran se prolonge donc dans une zone grise où l’information se raréfie, où les chiffres restent disputés et où la pression militaire et politique s’accroît, sans qu’un canal de désescalade clairement stabilisé n’émerge publiquement.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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