Tony Blair, qui était Premier ministre britannique lors de l’invasion et de l’occupation de l’Irak en 2003 menées par les États-Unis sur la base d’allégations mensongères concernant des armes de destruction massive, et que beaucoup, dans le monde arabe comme au Royaume-Uni, considèrent comme un « criminel de guerre », a contribué à élaborer des plans pour « le lendemain » de la guerre d’Israël à Gaza.
Selon des médias israéliens et occidentaux, ce personnage hautement clivant est pressenti, dans le plan en 21 points du président des États-Unis Donald Trump présenté à des dirigeants arabes et musulmans, pour devenir le gouverneur général de facto de l’enclave assiégée et bombardée une fois Hamas évincé.
Certaines informations indiquent que le rôle final de Blair n’est pas arrêté, mais les grandes lignes sont claires.
Tour d’horizon du plan de Trump, de ce que l’on sait du rôle de Blair et de ce que cela impliquerait pour l’ensemble des parties si tout devait se concrétiser.
En quoi consiste le plan en 21 points ?
Après de nombreuses tentatives qui n’ont pas mis fin à la guerre génocidaire à Gaza, Trump et son équipe ont formulé une nouvelle proposition qui prétend également laisser la porte ouverte à la formation future d’un État palestinien souverain, une perspective qu’Israël a maintes fois rejetée.
Le plan exige la libération immédiate des 48 captifs encore détenus à Gaza, en échange de l’autorisation d’acheminer l’aide humanitaire, du gel des lignes de front et de la libération d’un certain nombre de prisonniers palestiniens des prisons militaires israéliennes.
Le plan prévoirait aussi le désarmement du Hamas, l’amnistie pour les combattants qui renoncent à la violence, et permettrait à ceux qui refuseraient de le faire de quitter Gaza.
Point essentiel, il précise qu’aucun Palestinien ne sera contraint de quitter son territoire et affirme que toute personne qui partirait « volontairement » sera autorisée à regagner son domicile.
Si cela se vérifie dans les faits, il s’agirait d’un revirement pour Trump, qui avait scandalisé le monde en février en évoquant ouvertement un nettoyage ethnique, allant jusqu’à imaginer que les États-Unis « prennent le contrôle » de Gaza et expulsent définitivement ses plus de deux millions d’habitants, dont environ la moitié sont des enfants. Il avait également diffusé une vidéo générée par intelligence artificielle pour présenter sa vision de la prétendue « Riviera de Gaza ».
La nouvelle proposition se targue d’offrir une « voie crédible » vers la création d’un État palestinien, ce qui constituerait un autre infléchissement, le président républicain s’étant montré réticent à endosser la solution à deux États alors que de plus en plus de pays occidentaux, tels que le Royaume-Uni, la France et le Canada, s’y rallient.
Les États-Unis et Israël souhaiteraient, selon les informations, maintenir le controversé GHF, l’organisation humanitaire qu’ils ont créée pour marginaliser les Nations unies et d’autres agences internationales qui acheminent l’aide aux Palestiniens sur le terrain. Des centaines de personnes affamées, dont des enfants, ont été abattues par des soldats israéliens et des mercenaires américains opérant sur les sites du GHF.
Des personnalités israéliennes et un cabinet de conseil américain, Boston Consulting Group (BCG), ont été associés au GHF et aux projets de « Gaza Riviera ». Dans une réponse à une commission parlementaire britannique publiée fin juillet, BCG a indiqué qu’une enquête qu’il avait commandée avait conclu que certains de ses employés basés aux États-Unis avaient contourné ses dispositifs de contrôle des risques pour effectuer des travaux liés au GHF et à la « reconstruction post-guerre » de l’enclave palestinienne.
Le plan de Trump visant à sceller un grand compromis a été présenté aux dirigeants du Qatar, d’Arabie saoudite, d’Égypte, de Jordanie, d’Indonésie et de Turquie en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) à New York.
Mais alors que l’armée israélienne continue de détruire et de s’emparer systématiquement de la ville de Gaza et d’affamer les Palestiniens dans la bande de Gaza, tout en poursuivant un projet d’annexion de la Cisjordanie occupée, le plan semble au mieux provisoire. Ni Israël ni le Hamas n’ont officiellement commenté.
Quel serait le rôle de Blair ?
L’ancien Premier ministre britannique, qui a soutenu avec ferveur le président américain de l’époque, George W. Bush, dans l’invasion de l’Irak, serait impliqué via son Tony Blair Institute for Global Change, qui affirme vouloir « transformer des idées audacieuses en réalité ».
Le plan de Trump envisagerait de le nommer à la tête d’une entité nouvellement créée, la Gaza International Transitional Authority (GITA), qui administrerait Gaza après l’éviction du Hamas durant une période de transition pouvant aller jusqu’à plusieurs années.
La GITA chercherait à obtenir un mandat des Nations unies — une exigence sur laquelle ont insisté les États arabes — et écarterait dans un premier temps l’Autorité palestinienne (AP), Israël continuant d’affirmer qu’il n’autorisera pas cette dernière à jouer un rôle de gouvernance à l’avenir.
Il est demandé à l’AP d’engager des réformes profondes, d’adopter une constitution révisée et d’organiser des élections pour un nouveau président et un nouveau parlement avant de prendre le relais de la GITA, qui supervisera la reconstruction de l’enclave palestinienne.
Une force internationale de stabilisation, composée en grande partie de contingents arabes et musulmans, serait déployée pour assurer la sécurité et former une nouvelle force de sécurité palestinienne à Gaza.
Prabowo Subianto, président de l’Indonésie — le pays comptant la plus grande population musulmane — a déclaré à l’AGNU qu’il était prêt à envoyer des milliers de soldats de maintien de la paix, concluant son discours par « shalom ».
Blair n’a pas commenté la nouvelle proposition. En janvier 2024, lorsque la chaîne 12 israélienne a rapporté que Blair avait rencontré le Premier ministre Benyamin Netanyahou et l’ancien ministre du cabinet de guerre Benny Gantz en Israël au sujet d’un plan de « réinstallation volontaire » de Palestiniens de Gaza, son institution a qualifié cette information de « mensonge ».
Pourquoi cela est-il extrêmement controversé ?
Après dix années à la tête du gouvernement britannique, Blair, lorsqu’il a démissionné en 2007, a été immédiatement nommé envoyé pour le Moyen-Orient du Quatuor — l’ONU, les États-Unis, l’Union européenne et la Russie. Sa mission officielle consistait à soutenir le renforcement des institutions palestiniennes et le développement économique, et à assurer la liaison sur les réformes de gouvernance et de sécurité.
Il a officiellement quitté ces fonctions à la mi-2015, mais a poursuivi des projets par l’intermédiaire de son institution.
Il possède donc une certaine expérience de la région.
Cependant, cette expérience n’a pas été heureuse pour la plupart des habitants de la région, en particulier pour les centaines de milliers d’Irakiens tués pendant la guerre, ou les millions de personnes marquées par une invasion qui a changé le visage de la région.
Jusqu’à aujourd’hui, des détracteurs au Moyen-Orient et au Royaume-Uni qualifient Blair de « criminel de guerre », et il demeure une figure toxique dans certains milieux.
Des commentateurs palestiniens ont également estimé que Blair les avait déçus en tant qu’envoyé pour la paix, malgré le rôle éminent joué par la Grande-Bretagne dans ce conflit depuis plus d’un siècle. Selon eux, s’il a supervisé des projets économiques durant son mandat, il a peu fait pour enrayer l’expansion illégale des colonies et les violences de colons, ni pour faire progresser l’État palestinien ; certains l’accusent même d’avoir entravé cette perspective en tant qu’ami d’Israël.
Blair demeure également une figure polarisante sur la scène politique intérieure britannique, sa popularité ayant fortement chuté après l’invasion de l’Irak. Son implication dans la définition de l’avenir de Gaza a suscité la stupeur et le scepticisme chez certains commentateurs.
Au-delà du cas Blair, le plan en 21 points a été critiqué en ligne et dans certains médias comme une prise de contrôle néocoloniale de Gaza sans garanties réelles qu’une direction palestinienne compétente sera autorisée à gouverner à l’avenir.
Dans les médias israéliens, le plan a été présenté comme une option relativement préférable à d’autres idées plus extrêmes qui circulent à Washington et à Tel-Aviv, notamment celles visant à pousser un maximum de Palestiniens hors de l’enclave, alors qu’Israël détruit les rares infrastructures encore présentes à Gaza et essentielles à la survie de la population, tout en tuant quotidiennement des dizaines de civils.
Pour sa part, Israël a souligné qu’il conservera un « contrôle sécuritaire » sur Gaza, quels que soient les plans à venir.