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Quelle ligne diplomatique la Russie adopterait-elle dans l’hypothèse d’un conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran ?

Vladimir Poutine affirme que la Russie soutient l’Iran sans engagement militaire, tout en maintenant des liens de confiance avec Israël et en alertant sur le risque d’une catastrophe majeure si la centrale nucléaire de Bouchehr était frappée, sur fond de posture russe prudente et de calculs géopolitiques face à l’escalade.

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Moscou – Le président russe Vladimir Poutine a affirmé que son pays maintient des relations de partenariat avec l’Iran et lui apporte son soutien dans le contexte de l’escalade actuelle du conflit avec Israël, tout en précisant qu’il ne s’agit pas d’un soutien militaire.

Lors d’une réunion avec des représentants d’agences de presse internationales, il a déclaré : « Nos amis iraniens ne nous demandent pas d’aide militaire », sans toutefois révéler les détails des interactions actuelles entre les deux pays, se contentant de préciser qu’il n’a reçu aucune demande en ce sens de la part de Téhéran.

En réponse à une question d’un journaliste sur l’utilisation par l’Iran de systèmes de défense antiaérienne russes, Poutine a expliqué qu’il s’agissait de livraisons ponctuelles et non de la mise en place d’un système intégré de défense. Il a révélé que Moscou avait proposé à Téhéran de coopérer au développement d’un tel système, mais que l’Iran n’avait alors manifesté aucun intérêt.

Des relations de partenariat

Dans le même ordre d’idées, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné que la Russie entretient des relations de partenariat avec l’Iran, précisant que « le traité conclu avec Téhéran ne contient aucune clause concernant une coopération militaire mutuelle dans de telles situations. Toutefois, de manière générale, le soutien de Moscou est manifeste ».

Cependant, dans une déclaration séparée, Peskov a également rappelé que la Russie entretient des relations de confiance solides avec Israël, ajoutant que Tel-Aviv a promis que les experts russes travaillant à la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr ne seraient pas exposés à un danger ni menacés par une frappe.

Dans ce contexte, Alexeï Likhatchev, directeur général de la société russe d’énergie nucléaire Rosatom, a mis en garde contre le risque qu’une frappe israélienne sur la centrale de Bouchehr ne provoque une catastrophe d’une ampleur comparable à celle de Tchernobyl. Il a exprimé l’espoir que « les dirigeants politiques et militaires israéliens fassent preuve de suffisamment de discernement et de sagesse pour éviter toute frappe accidentelle dans la zone de la centrale ».

La centrale de Bouchehr est la première centrale nucléaire opérationnelle en Iran, et demeure la seule à ce jour. Sa construction avait commencé dans les années 1970, mais le projet fut suspendu après la Révolution iranienne de 1979 et la guerre avec l’Irak.

En 1995, Téhéran a signé un accord avec l’entreprise russe Atomstroyexport (filiale de Rosatom) pour achever la construction de la première unité de production d’électricité.

L’intervention des experts russes ne s’est pas limitée à l’installation des équipements, mais a également impliqué l’adaptation du projet, initialement conçu selon un modèle allemand de la société Siemens. Par la suite, la Russie et l’Iran ont conclu des accords pour la construction de deux unités supplémentaires sur le site de la centrale.

Une position de neutralité

L’intensification du conflit entre l’Iran et Israël suscite des interrogations sur la position de la Russie face à ces développements, d’autant que des allusions américaines à une possible action militaire contre Téhéran se multiplient. Certains analystes russes estiment que le Kremlin adopte une posture prudente, en apparence neutre.

Le spécialiste des relations internationales Dmitri Kim estime que Moscou ne participera à aucune opération militaire aux côtés de l’Iran, tout en reconnaissant la possibilité d’un élargissement de l’aide militaro-technique à Téhéran dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique signé entre les deux pays.

Dans un commentaire accordé à la chaine qatarienne Al Jazeera, il explique que la Russie, en maintenant des relations équilibrées à la fois avec Israël et avec l’Iran, dispose d’une opportunité unique pour renforcer son influence régionale en se positionnant comme médiateur responsable. Il ajoute que le traité de coopération stratégique entre Moscou et Téhéran constitue une base juridique et politique permettant à la Russie de rester neutre tout en contribuant à l’apaisement du conflit.

Selon Kim, si les parties concernées acceptaient une médiation russe, celle-ci viserait à garantir les intérêts de l’Iran dans le domaine du nucléaire civil tout en dissipant les craintes des autres pays de la région.

Il estime également que l’escalade entre Téhéran et Tel-Aviv pourrait détourner l’attention des puissances occidentales du dossier ukrainien, offrant ainsi à Moscou une marge de manœuvre diplomatique supplémentaire. Il considère néanmoins qu’une implication directe de la Russie dans un nouveau conflit ne serait pas opportune.

Des calculs précis

Pour sa part, l’expert en affaires iraniennes Aleksandr Chapovalov affirme qu’une implication des États-Unis dans le conflit entre l’Iran et Israël risquerait d’élargir la confrontation au-delà de ces deux pays et de menacer d’autres territoires dans la région.

Dans une déclaration à Al Jazeera, il souligne que, pour l’heure, les décideurs à Washington manquent de consensus sur cette question, beaucoup d’entre eux gardant en mémoire les échecs en Afghanistan, en Libye et en Irak.

Il ajoute que le président américain Donald Trump, « qui rechigne d’ordinaire à assumer des responsabilités directes », mène une guerre psychologique contre l’Iran, cherchant à apparaître comme un stratège maître dans l’art d’exercer la pression. Il estime toutefois que Téhéran est désormais pleinement préparée à riposter et qu’« Israël sera puni quoi qu’il arrive ».

Il ne voit pas la situation suffisamment tendue pour justifier une intervention américaine directe aux côtés d’Israël, avec une opération navale ou aérienne contre l’Iran, estimant qu’il n’existe pas de fondement légitime à une telle action.

Quant à l’éventuelle réaction russe en cas d’affrontement direct entre Téhéran et Washington, il explique qu’elle dépendra de plusieurs facteurs :

  • le niveau de l’escalade et la nécessité d’une intervention militaire ou technique de Moscou ;
  • l’évolution négative de la position occidentale vis-à-vis de la Russie sur le dossier ukrainien ;
  • un éventuel consensus avec la Chine sur une action conjointe de soutien à l’Iran ;
  • l’utilisation d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran ou des actions militaires américaines menaçant directement les intérêts russes dans la région.
Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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