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Trump officialise un « Board of Peace » centré sur Gaza, au mandat appelé à s’étendre

Réuni au Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a lancé le 22 janvier un « Board of Peace » présenté comme l’outil chargé de consolider le cessez-le-feu à Gaza et d’accompagner la gouvernance transitoire du territoire.

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Le président américain Donald Trump a présidé jeudi 22 janvier une cérémonie de lancement de son « Board of Peace », avec signature d’une charte, en affirmant que l’instance serait d’abord destinée à « verrouiller » le cessez-le-feu à Gaza, tout en revendiquant une ambition plus large. « Une fois ce conseil complètement formé, nous pourrons faire à peu près tout ce que nous voulons faire », a-t-il déclaré, ajoutant vouloir agir « en conjonction avec les Nations unies ».

Sur le papier, l’objectif affiché est de bâtir un mécanisme capable de « promouvoir la paix » et de contribuer au règlement de conflits, avec une structure annoncée comme plus « agile ». Dans le même temps, Trump a publiquement minimisé l’idée d’un remplacement de l’ONU. Interrogé à Washington sur cette hypothèse, il a répondu « peut-être » avant d’ajouter qu’il fallait « laisser l’ONU continuer » et que son « potentiel » était « immense ».

Un cadre lié au cessez-le-feu à Gaza

Le « Board of Peace » s’inscrit dans le prolongement d’un plan américain sur Gaza sur lequel Israël et le Hamas ont « signé », et qui a débouché sur un cessez-le-feu qualifié de fragile depuis octobre. Une résolution du Conseil de sécurité adoptée mi-novembre a autorisé ce mécanisme et les pays travaillant avec lui à établir une force internationale de stabilisation à Gaza, dans le cadre du dispositif de transition.

Les Nations unies ont toutefois rappelé les limites de leur implication. À Davos, le porte-parole onusien Rolando Gomez a indiqué que l’engagement de l’ONU avec le « Board » ne pouvait se faire que dans ce contexte précis, celui de la résolution liée au plan pour Gaza.

Dans une autre séquence rapportée par Reuters, le porte-parole adjoint du secrétaire général, Farhan Haq, a déclaré que « les États membres sont libres de s’associer au sein de différents groupes », tout en soulignant que « les Nations unies continueront leur travail mandaté ».

Charte, composition, financement, ce que l’on sait

D’après une copie de la charte consultée par Reuters, Trump en est le président inaugural. Les États membres seraient nommés pour des mandats de trois ans, sauf s’ils versent 1 milliard de dollars chacun pour financer les activités, auquel cas ils obtiendraient un statut de membre permanent.

La Maison-Blanche a communiqué plusieurs noms appelés à siéger. Figurent notamment le secrétaire d’État Marco Rubio, l’envoyé spécial Steve Witkoff, l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair et Jared Kushner. Selon Reuters, une structure distincte, un « Gaza Executive Board », doit appuyer l’administration technocratique transitoire envisagée pour le territoire.

À Davos, Rubio a présenté le rôle du « Board » comme centré sur la mise en œuvre du plan pour Gaza, tout en estimant qu’il pourrait « servir d’exemple » ailleurs. Dans la même séquence, Jared Kushner a insisté sur l’enjeu du désarmement du Hamas, jugeant que l’absence de démilitarisation « retiendrait » le plan, et a évoqué une fenêtre de « 100 jours » pour rester concentré sur l’aide et l’application de l’accord.

Une adhésion annoncée d’environ 35 États, mais des alliés prudents

Selon un responsable de la Maison-Blanche, environ 35 dirigeants sur une cinquantaine d’invitations auraient accepté de rejoindre l’initiative. La liste rapportée inclut notamment Israël, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Égypte, la Jordanie et Bahreïn, ainsi que la Turquie et la Hongrie, mais aussi le Maroc, le Pakistan, l’Indonésie et d’autres pays d’Asie centrale et d’Europe. Reuters mentionne aussi l’acceptation du Bélarus, tandis que la Russie et la Chine n’avaient pas annoncé de décision au moment des dépêches.

Dans le même temps, parmi les membres permanents du Conseil de sécurité, aucun n’avait formellement adhéré à part les États-Unis au moment du lancement. La Russie a dit étudier la proposition, après que Trump a affirmé qu’elle rejoindrait le dispositif, et Vladimir Poutine a évoqué la possibilité d’un financement via des avoirs américains gelés, selon les médias d’État russes cités par Reuters.

Refus espagnol, réserves européennes, absence de certains partenaires à Davos

La prudence est particulièrement visible chez plusieurs alliés occidentaux. En effet, la France a décliné l’invitation et le Royaume-Uni a indiqué ne pas rejoindre l’initiative « à ce stade ». Il convient de préciser aussi qu’aucun représentant des principaux pouvoirs mondiaux n’a été immédiatement identifié à la cérémonie de signature, et l’absence de représentants gouvernementaux d’Israël ni de l’Autorité palestinienne.

L’Espagne a annoncé ce vendredi 23 janvier, ne pas participer. « Nous apprécions l’invitation, mais nous déclinons », a déclaré le Premier ministre Pedro Sanchez à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles, en invoquant l’attachement de Madrid au multilatéralisme, au droit international et au système des Nations unies. Il a également souligné que l’Autorité palestinienne n’était pas incluse dans le dispositif.

Des diplomates inquiets d’un contournement

Au-delà des prises de position publiques, plusieurs diplomates occidentaux ont exprimé, de façon anonyme, la crainte qu’un mécanisme au mandat élargi ne brouille le rôle de l’ONU comme plateforme centrale de la diplomatie multilatérale. Dans la même veine, la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, Annalena Baerbock, a averti qu’affaiblir l’idée que l’ONU est l’institution capable de rassembler tous les États ferait courir le risque de « temps très sombres », tout en rappelant que chaque État reste libre de ses choix.

La Maison-Blanche a indiqué que d’autres membres seraient annoncés dans les semaines à venir, et Trump a dit vouloir convoquer le « Board » rapidement. Reste un point de friction central, déjà relevé par plusieurs capitales et par l’ONU elle-même, le passage d’un instrument autorisé dans un cadre précis sur Gaza à une structure prétendant traiter d’autres crises, sans mandat multilatéral équivalent.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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