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Washington étudie un retrait complet alors que Damas progresse dans le Nord-Est

Selon le Wall Street Journal, l’administration américaine examine l’hypothèse d’un retrait total des troupes américaines de Syrie, après la perte rapide d’influence de son partenaire kurde, les Forces démocratiques syriennes.

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À Washington, l’option d’un départ complet des forces américaines de Syrie est de nouveau sur la table. Le Wall Street Journal rapporte, en citant des responsables américains, que la Maison Blanche évalue un retrait total, une perspective qui mettrait fin à une présence militaire engagée depuis 2014 dans le cadre de la lutte contre l’État islamique.

Le débat américain intervient alors que le rapport de force au Nord Est syrien a basculé en quelques jours. En effet, les forces du président Ahmed al Sharaa ont repris de larges portions de territoire dans le nord et l’est du pays au cours des deux dernières semaines, consolidant l’autorité de Damas sur une zone longtemps administrée de facto par des institutions kurdes appuyées militairement par les États-Unis. 

Dans ce contexte, le Wall Street Journal écrit que des responsables américains ne verraient « pas de raison » de maintenir des troupes si les Forces démocratiques syriennes venaient à se dissoudre totalement, l’architecture opérationnelle américaine reposant largement sur ce partenaire local pour la sécurisation du terrain et des sites de détention liés à l’État islamique. 

Interrogé sur ces informations, un responsable du Pentagone a refusé de commenter, déclarant ne pas spéculer sur des opérations futures ou des scénarios hypothétiques, selon des propos rapportés par l’agence Anadolu. 

Une présence américaine réduite mais encore déterminante

Les effectifs américains en Syrie restent un sujet sensible, régulièrement réévalué ces dernières années. Le Wall Street Journal évoque environ 1 000 militaires américains, principalement déployés dans le Nord Est. 

D’autres comptes rendus récents, citant une annonce du Pentagone à l’été 2025, font état de 1 500 soldats. 

La mission officielle demeure centrée sur la prévention d’une résurgence de l’État islamique, avec un dispositif concentré dans le Nord Est syrien aux côtés des forces locales, et une présence plus limitée autour de la base d’al Tanf dans le sud du pays, point d’appui stratégique sur un axe frontalier sensible. 

Le nœud sécuritaire des prisons et camps liés à l’État islamique

Au-delà du débat sur le maintien des troupes, la question la plus immédiate concerne la sécurisation des détenus affiliés à l’État islamique et des camps où sont retenues des dizaines de milliers de personnes. De son côté, le secrétaire d’État Marco Rubio a salué l’initiative irakienne de prise en charge de détenus transférés depuis la Syrie, tout en appelant les États à rapatrier leurs ressortissants pour qu’ils « répondent de leurs actes » devant la justice. 

Sur le terrain, l’armée américaine, via le commandement central, a lancé le 21 janvier une mission de transfert de détenus depuis le Nord Est syrien vers l’Irak. CENTCOM indique avoir déjà transporté 150 détenus et évoque un plafond pouvant aller jusqu’à 7 000 personnes, afin d’éviter des évasions massives dans une zone en pleine reconfiguration militaire. L’amiral Brad Cooper a justifié l’opération en expliquant que ce transfert est « critique » pour prévenir une rupture de sécurité qui constituerait une menace directe pour les États-Unis et la région. 

Parallèlement, la reprise en main de sites pénitentiaires par Damas s’accélère. Le 23 janvier, le gouvernement syrien a pris le contrôle de la prison d’al Aqtan, dans la province de Raqqa, après un retrait négocié des forces kurdes. L’agence souligne que cette remise de site est perçue par des responsables syriens comme un signal positif sur la solidité du cessez le feu, alors qu’un calendrier d’intégration des forces kurdes au sein de l’armée syrienne reste en suspens. 

Pressions diplomatiques et risque de nouvelle escalade

La fenêtre diplomatique paraît étroite puisque des responsables américains et français, engagés dans une médiation, ont exhorté Damas à ne pas lancer d’offensive sur les dernières villes encore tenues par les forces kurdes. Paris a publiquement appelé les autorités syriennes à assumer « leur pleine responsabilité » dans la protection de tous les civils, y compris les civils kurdes, selon le porte parole du ministère français des Affaires étrangères Pascal Confavreux. 

À Washington, cette séquence ravive aussi les débats politiques internes sur le cadre juridique et la durée de l’engagement en Syrie, certains élus ayant déjà tenté d’encadrer ou de mettre fin aux opérations via le Congrès. 

À ce stade, aucun calendrier officiel de retrait n’a été annoncé et les informations disponibles décrivent une option « à l’étude », étroitement dépendante de l’évolution militaire au Nord Est et de la gestion du dossier des détenus liés à l’État islamique. Entre stabilisation sous contrôle de Damas, risques d’évasions, recomposition des alliances locales et arbitrages politiques à Washington, le sort de la présence américaine se joue désormais à la jonction du militaire et de l’humanitaire, sur un terrain où une erreur de calcul peut rapidement rouvrir un cycle d’instabilité.

Le Diplomate

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Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).

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