Le représentant américain au commerce a annoncé, mercredi 15 juillet, une surtaxe de 25 % sur les produits brésiliens entrant sur le marché américain à partir du 22 juillet. La décision vise en principe l’ensemble des importations en provenance du pays, mais une longue liste d’exemptions en réduit la portée.
Le Brésil devient ainsi le premier État frappé par la nouvelle stratégie tarifaire de l’administration Trump, désormais adossée à la section 301 de la loi sur le commerce de 1974. Ce dispositif permet à Washington de sanctionner des pratiques étrangères qu’il juge discriminatoires ou préjudiciables aux entreprises américaines. Son utilisation intervient cinq mois après que la Cour suprême a privé Donald Trump de son principal fondement juridique pour imposer des droits de douane généralisés.
Une surtaxe large aux exemptions calculées
La taxe additionnelle entrera en vigueur le 22 juillet à 0 h 01, heure de Washington, pour les marchandises mises à la consommation ou sorties d’entrepôt à partir de cette échéance. Elle s’ajoutera aux droits déjà applicables aux produits concernés.
Le sucre, les vêtements, le papier, les machines agricoles et certains équipements électriques figurent parmi les secteurs exposés. La pâte à dissoudre de haute pureté, que Washington avait initialement envisagé d’épargner, sera également taxée.
L’administration américaine a toutefois ménagé les produits dont le renchérissement risquerait de perturber les chaînes d’approvisionnement ou de peser sur les prix intérieurs. Le bœuf, le café, les oranges et le jus d’orange, plusieurs produits énergétiques ainsi que les avions et les pièces aéronautiques sont notamment exemptés.
Les biens déjà soumis aux droits sectoriels fondés sur la section 232, qui concernent entre autres l’acier, l’aluminium, l’automobile ou le cuivre, échappent aussi à cette nouvelle taxation. Washington évite ainsi de superposer plusieurs régimes douaniers sur les mêmes marchandises.
Après avoir recueilli plus de 360 contributions et entendu 77 témoins les 6 et 7 juillet, l’administration américaine a encore élargi la liste des exceptions. Elle y a ajouté la fonte brute, le café soluble non aromatisé, le miel biologique, certains produits pharmaceutiques, des déchets de fer et d’acier ainsi que plusieurs bois et produits de la mer.
La Maison Blanche veut désormais exercer une pression économique sur Brasilia sans provoquer de pénuries ni raviver l’inflation américaine. Certains produits brésiliens, reconnaît l’administration, ne peuvent être obtenus aux États-Unis ou auprès d’autres fournisseurs dans des quantités suffisantes et à des prix raisonnables.
Du Pix à la déforestation, six contentieux agrégés
L’enquête américaine a été ouverte le 15 juillet 2025 sur instruction de Donald Trump. Le représentant au commerce, Jamieson Greer, a conclu en juin que plusieurs politiques brésiliennes étaient « déraisonnables » ou discriminatoires et qu’elles entravaient le commerce américain.
Le dossier porte sur le commerce numérique, les services de paiement électronique, les préférences douanières accordées au Mexique et à l’Inde, l’accès au marché brésilien de l’éthanol, la protection de la propriété intellectuelle, l’application des règles anticorruption et la déforestation illégale.
Washington accuse des juridictions brésiliennes d’avoir adressé à X, Meta et Google des décisions confidentielles ordonnant la suppression de contenus politiques ou la suspension de comptes. Les plateformes s’exposaient à des amendes, au gel de certains actifs ou à une interruption de leurs activités en cas de refus.
L’administration américaine considère ces décisions judiciaires comme des obstacles au commerce. Elle reproche aussi au Brésil de favoriser le Pix, le système de paiement instantané administré par la Banque centrale, au détriment d’entreprises américaines actives dans les paiements électroniques.
Le gouvernement brésilien défend le Pix comme une infrastructure publique ouverte qui a favorisé l’inclusion financière. Il soutient que les plateformes étrangères sont soumises aux mêmes lois que les autres entreprises présentes dans le pays et que la régulation des contenus relève de l’ordre juridique brésilien, non d’une négociation commerciale.
Jamieson Greer justifie la surtaxe en affirmant que « la mesure prise aujourd’hui est nécessaire pour répondre à ces pratiques commerciales déloyales et garantir une concurrence équitable ». Il assure que les consultations conduites au cours de l’année écoulée n’ont pas permis de résoudre les différends, tout en précisant que Washington reste « ouvert à la poursuite des négociations ».
Le contentieux survient alors même que les échanges de marchandises restent favorables aux États-Unis. Les exportations américaines vers le Brésil ont atteint 54,4 milliards de dollars en 2025, contre 39,9 milliards d’importations. L’excédent américain s’est ainsi élevé à 14,4 milliards de dollars, plus du double de celui enregistré en 2024.
Brasilia prépare la réciprocité et un recours à l’OMC
La présidence brésilienne a rejeté une mesure qu’elle juge unilatérale, injustifiée et contraire aux règles du commerce international. « Rien ne justifie des mesures unilatérales contre notre pays », affirme le communiqué du gouvernement Lula, qui présente le 15 juillet comme un jalon déplorable dans les relations entre les deux États.
La riposte ne prendra toutefois pas automatiquement la forme d’une surtaxe équivalente. Brasilia doit d’abord suivre la procédure prévue par sa législation. « Le Brésil engagera immédiatement les démarches pour activer les instruments prévus par la loi de réciprocité », annonce la présidence. Le gouvernement entend parallèlement reprendre le dossier devant le mécanisme de règlement des différends de l’Organisation mondiale du commerce.
Adoptée à l’unanimité par le Parlement en avril 2025, la loi de réciprocité économique autorise l’exécutif à suspendre des concessions commerciales, des engagements relatifs aux investissements ou certaines obligations en matière de propriété intellectuelle. Les contre-mesures doivent rester proportionnelles au préjudice constaté et limiter leurs effets sur l’économie brésilienne.
Brasilia conteste aussi le diagnostic américain sur l’ouverture de son marché. Le gouvernement assure que 76 % des biens importés des États-Unis sont entrés sans droits de douane en 2025 et que le taux moyen effectivement appliqué aux produits américains n’a atteint que 3,1 %. Il affirme avoir répondu aux griefs soulevés pendant l’enquête, sans parvenir à infléchir la position de Washington.
L’administration Lula rejette également les accusations américaines concernant l’environnement. Elle fait valoir que la déforestation a fortement reculé dans les différents biomes brésiliens depuis 2023. Washington estime au contraire que l’application insuffisante de la législation environnementale procure un avantage concurrentiel à certains producteurs brésiliens.
Une nouvelle base juridique après le revers de Trump
La section 301 offre à la Maison Blanche un fondement juridique plus explicite que celui employé lors de la précédente offensive tarifaire. Elle autorise le représentant au commerce à imposer des droits supplémentaires après une enquête, des consultations et une détermination formelle de pratiques jugées injustifiables ou déraisonnables.
Donald Trump s’était auparavant appuyé sur la loi de 1977 relative aux pouvoirs économiques en situation d’urgence pour taxer les importations de nombreux partenaires. Il avait notamment porté jusqu’à 50 % les droits frappant certains produits brésiliens, en invoquant le traitement judiciaire de Jair Bolsonaro.
Le 20 février, la Cour suprême a désavoué cette interprétation. La majorité a tranché que « la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence n’autorise pas le président à imposer des droits de douane ». Cette décision a fait tomber une large partie du dispositif tarifaire de Donald Trump, sans affecter les taxes sectorielles adoptées sur d’autres bases légales.
Le recours à la section 301 vise donc à reconstruire une politique douanière juridiquement plus résistante. Le Brésil en constitue le premier test national. Washington a engagé des procédures comparables susceptibles d’aboutir à de nouvelles taxes contre plusieurs dizaines de partenaires.
La présidentielle s’invite dans le conflit commercial
À moins de trois mois de l’élection présidentielle brésilienne, prévue en octobre, chaque camp accuse l’autre d’instrumentaliser le différend.
Le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro et candidat déclaré à l’investiture de la droite, a participé le 7 juillet à l’audition publique organisée à Washington. Devant la commission, il a demandé aux autorités américaines de renoncer aux surtaxes.
Flávio Bolsonaro a soutenu que les sanctions adoptées en 2025 n’avaient pas produit l’effet recherché et avaient été exploitées par le gouvernement brésilien. « Chaque tarif supplémentaire renforce précisément le gouvernement qu’il est censé mettre sous pression », a-t-il affirmé, avant de demander à la commission de ne pas taxer le Brésil.
La présidence brésilienne en tire une conclusion opposée. Elle accuse la famille Bolsonaro d’avoir participé à la construction du dossier américain et d’avoir défendu des mesures économiques contre le pays à des fins électorales. Flávio Bolsonaro assure, lui, avoir tenté d’empêcher leur adoption.
La charge lancée par le secrétaire d’État américain confirme la dimension politique du conflit. « Que personne ne se méprenne sur la raison, le président Lula et son gouvernement n’ont pas négocié de bonne foi avec les États-Unis », a déclaré Marco Rubio. Cette mise en cause personnelle dépasse les conclusions techniques de l’enquête commerciale.
L’entrée en vigueur du 22 juillet constitue désormais la prochaine échéance. D’ici là, Brasilia devra préciser la nature de ses contre-mesures et Washington décider si la voie des négociations reste ouverte. Au-delà du commerce bilatéral, le Brésil sert de laboratoire à une offensive tarifaire que l’administration Trump entend déployer à une échelle beaucoup plus large.
