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Mali : Assimi Goïta reprend la Défense après la mort de Sadio Camara dans une série d’attaques coordonnées

Le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, assure désormais lui-même les fonctions de ministre de la Défense, après la mort de Sadio Camara lors des attaques du 25 avril.

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Le chef du régime militaire malien assure désormais les fonctions de ministre de la Défense et des anciens combattants, a rapporté lundi 4 mai la télévision publique malienne. Le général Oumar Diarra, chef d’état-major général des armées, est nommé ministre délégué à la Défense. La décision est présentée par les autorités comme un choix stratégique dans un contexte sécuritaire jugé sensible.

Cette réorganisation intervient un peu plus d’une semaine après la mort du général Sadio Camara, figure centrale du dispositif militaire malien. Le ministre de la Défense a été tué lors d’une attaque visant sa résidence à Kati, ville-garnison proche de Bamako, le 25 avril. Selon le gouvernement malien, un véhicule piégé conduit par un kamikaze a percuté son domicile.

Proche du cœur sécuritaire de la transition, Sadio Camara avait joué un rôle déterminant dans le rapprochement de Bamako avec Moscou, après la rupture progressive avec les partenaires occidentaux, la France et les Nations unies en tête. Son décès ne prive pas seulement la junte d’un ministre. Il atteint l’un des artisans de son orientation stratégique depuis les coups d’État de 2020 et 2021.

Des attaques qui exposent le cœur du pouvoir

Les assauts du 25 avril ont été menés simultanément par des combattants liés à Al-Qaida et par des séparatistes touareg, deux mouvances aux objectifs distincts mais capables de frapper, dans une même séquence, plusieurs points sensibles du dispositif malien.

Les attaques ont ouvert une phase de combats dans le nord désertique du pays, où plusieurs groupes armés contestent depuis des années l’autorité de Bamako. Elles montrent que les adversaires du régime peuvent atteindre des cibles hautement symboliques, y compris à proximité de la capitale, et viser les responsables mêmes de la stratégie de sécurité.

Après ces attaques, les autorités maliennes ont décrété deux jours de deuil national. Les funérailles nationales de Sadio Camara ont été organisées à Bamako le 30 avril, en présence d’Assimi Goïta, selon l’Associated Press. Mais l’hommage officiel n’a pas dissipé les interrogations sur la capacité de l’armée à prévenir une attaque contre l’un de ses plus hauts responsables.

Des soupçons de complicités dans l’armée

Dans le cadre de l’enquête, un responsable judiciaire malien a indiqué vendredi que des soldats soupçonnés d’implication dans les attaques faisaient l’objet d’investigations, selon Reuters. À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas d’établir publiquement la nature exacte de ces soupçons, ni l’ampleur d’éventuelles complicités.

Cette piste est sensible pour le régime. Depuis son arrivée au pouvoir, la junte fonde sa légitimité sur la promesse de restaurer la souveraineté nationale et de reprendre l’initiative militaire face aux groupes armés. L’hypothèse de failles internes, même non établie publiquement, touche donc au récit central du pouvoir. Elle interroge la cohésion de l’appareil sécuritaire au moment où Bamako revendique une ligne de fermeté.

La nomination d’Oumar Diarra comme ministre délégué à la Défense répond aussi à cet impératif de continuité. En laissant Assimi Goïta occuper formellement le portefeuille, tout en confiant la gestion quotidienne à un militaire de premier rang, le régime tente de donner un signal de contrôle. La Défense devient un dossier directement placé sous l’autorité du chef de l’État, sans passer par une figure politique autonome.

Un régime sous pression sécuritaire et diplomatique

Le Mali reste pris dans une crise de sécurité longue, ouverte depuis 2012 par la rébellion touareg et aggravée par l’expansion de groupes djihadistes dans le centre et le nord du pays. Le départ des forces françaises puis la fin de la mission de l’ONU ont laissé Bamako plus dépendant de ses propres forces et de son partenariat avec la Russie, devenu l’un des marqueurs de la transition militaire.

Selon Reuters, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaida, a multiplié les opérations autour de Bamako et appelé les Maliens à se soulever contre la junte. Ces informations, attribuées par l’agence aux insurgés et à des éléments vérifiés, soulignent l’élargissement de la pression exercée sur la capitale et ses axes d’approvisionnement.

La situation inquiète aussi les chancelleries étrangères. Le ministère français de l’Europe et des affaires étrangères a mis à jour, le 30 avril, ses consignes de sécurité pour le Mali, après les attaques du 25 avril. Paris juge la situation « extrêmement volatile » et recommande aux ressortissants français de prévoir un départ temporaire dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles.

Une centralisation qui ne règle pas l’incertitude

En reprenant la Défense, Assimi Goïta choisit la verticalité. Le message vise autant l’armée que les groupes armés et les partenaires étrangers. À l’intérieur, il affirme que le cœur du pouvoir reste en ordre de bataille. À l’extérieur, il tente de montrer que la junte conserve la maîtrise de son appareil sécuritaire malgré la mort d’un ministre clé.

Mais cette centralisation ne dissipe pas les inconnues. Le bilan exact des attaques, l’étendue des gains réalisés par les groupes armés, la réalité d’éventuelles complicités internes et la solidité du dispositif militaire malien restent des points en suspens. La mort de Sadio Camara a ouvert une brèche politique. La décision d’Assimi Goïta dit d’abord l’urgence de la refermer.

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