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Washington cherche un mandat de l’ONU pour sécuriser Ormuz et accroître la pression sur l’Iran

Les membres du Conseil de sécurité doivent commencer, mardi, l’examen d’un projet de résolution soutenu par les États-Unis et Bahreïn. Le texte vise à contraindre Téhéran à cesser ses attaques et menaces contre la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz, au moment où Washington tente aussi de bâtir une coalition maritime multinationale.

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Les États-Unis cherchent à replacer la crise du détroit d’Ormuz dans le cadre des Nations unies, après plusieurs semaines d’actions militaires et de pressions diplomatiques conduites en dehors d’un mandat explicite du Conseil de sécurité. Des membres du Conseil doivent entamer, mardi, l’examen d’un projet de résolution porté par Washington et Bahreïn, susceptible d’ouvrir la voie à des sanctions contre l’Iran, voire à des mesures plus coercitives, si Téhéran ne met pas fin à ses attaques et menaces contre la navigation commerciale.

Le texte intervient dans un contexte de forte tension militaire autour de ce passage maritime, par lequel transite une part majeure des flux énergétiques mondiaux. En 2025, près de 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers ont emprunté le détroit, soit environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole. À cette donnée énergétique s’ajoute un enjeu plus large, celui de la continuité des échanges, des assurances maritimes, des cargaisons de gaz naturel liquéfié, d’engrais et de biens essentiels.

Le projet de résolution condamne les violations présumées du cessez-le-feu par l’Iran et ses actions visant à fermer, entraver, taxer ou perturber l’exercice des droits de navigation dans le détroit d’Ormuz. Il vise notamment la pose présumée de mines marines et demande à Téhéran de cesser immédiatement les attaques, de divulguer l’emplacement d’éventuelles mines et de ne pas faire obstacle aux opérations de déminage.

Le texte s’inscrit sous le Chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui permet au Conseil de sécurité de constater une menace contre la paix et de décider de mesures destinées à maintenir ou rétablir la sécurité internationale. Ces mesures peuvent aller des sanctions non militaires à l’usage de la force, selon les articles invoqués et la rédaction retenue.

Mais, à ce stade, le projet éviterait d’autoriser explicitement le recours à la force. Cette prudence reflète le rapport de force au Conseil de sécurité, où une précédente initiative bahreïnienne soutenue par les États-Unis avait échoué après l’opposition de la Russie et de la Chine. Washington tente donc de resserrer le texte sans renoncer à sa portée coercitive.

Le secrétaire général de l’ONU serait chargé de rendre compte, dans un délai de trente jours, du respect des mesures exigées. En cas de non-application par l’Iran, le Conseil de sécurité serait appelé à se réunir de nouveau pour examiner des mesures supplémentaires, dont d’éventuelles sanctions. Washington souhaite accélérer le processus, avec l’objectif de faire circuler une version finale du texte d’ici au 8 mai et d’obtenir un vote au début de la semaine suivante. Rien ne garantit toutefois son adoption, Moscou et Pékin disposant toujours d’un texte concurrent.

Le détroit, verrou stratégique de la crise

La manœuvre américaine aux Nations unies intervient après une nouvelle dégradation de la situation militaire. Lundi, les États-Unis ont affirmé avoir détruit six embarcations iraniennes et intercepté des missiles et drones lancés par les Gardiens de la révolution, dans le cadre de « Project Freedom », une opération destinée à rétablir la liberté de navigation commerciale dans le détroit. L’Iran a contesté plusieurs éléments du récit américain.

À Washington, le Pentagone présente l’opération comme limitée et défensive. Le secrétaire à la Défense a soutenu que le cessez-le-feu avec l’Iran n’était « pas terminé » et que les États-Unis ne cherchaient pas une nouvelle confrontation ouverte. Cette ligne vise à maintenir une distinction fragile entre l’usage de la force pour protéger les navires et l’entrée dans une escalade militaire plus large.

Le même jour, les Émirats arabes unis ont accusé l’Iran d’avoir mené une attaque de drones contre un pétrolier vide appartenant à ADNOC, au large de Fujairah. Les autorités émiriennes ont condamné l’incident et demandé la réouverture complète et inconditionnelle du détroit. Un signalement maritime britannique avait auparavant fait état d’un navire touché par des projectiles non identifiés à environ 78 milles nautiques au nord de Fujairah.

Ces incidents fragilisent un cessez-le-feu vieux de quatre semaines et alimentent une situation de blocage maritime. Washington cherche à faire sortir des navires immobilisés dans le Golfe, tandis que Téhéran continue de menacer les bâtiments considérés comme liés aux opérations américaines ou à leurs alliés. Dans cette zone étroite, chaque interception, chaque drone et chaque alerte maritime prend une portée qui dépasse l’incident tactique.

La crise ne se limite plus à une confrontation bilatérale. Elle perturbe les chaînes d’approvisionnement, renchérit les risques assurantiels, complique les livraisons d’énergie et pèse sur les flux de biens essentiels. Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un passage pétrolier. Il est devenu le point de condensation d’une crise militaire, énergétique et diplomatique dont les effets se mesurent déjà au-delà du Golfe.

Une coalition maritime en préparation

En parallèle du front onusien, les États-Unis ont transmis à plusieurs partenaires une proposition de nouvelle structure maritime multinationale, baptisée Maritime Freedom Construct. Cette coalition aurait vocation à établir une architecture de sécurité post-conflit pour le Moyen-Orient et à coordonner la réouverture du détroit lorsque les conditions seront jugées suffisamment stables.

Un document diplomatique américain présente cette structure comme un dispositif distinct, mais appelé à travailler avec les autres initiatives déjà en préparation. « Le MFC est complémentaire des autres forces de sécurité maritime, y compris l’effort de planification maritime conduit par le Royaume-Uni et la France », indique ce document. « Le MFC restera structurellement indépendant, même si une coordination étroite est essentielle pour parvenir à l’architecture de sécurité maritime la plus solide possible. »

Cette initiative doit s’articuler avec un effort maritime franco-britannique auquel participeraient ou seraient associés une trentaine de pays. Cette mission vise à préparer les conditions d’un transit sûr dans le détroit après stabilisation ou règlement du conflit, avec une forme de coordination iranienne. La nuance est importante. Là où Washington cherche à organiser une capacité de protection et de réouverture, Paris et Londres travaillent à un cadre plus large, destiné à éviter que la sécurisation du passage ne soit perçue comme une simple extension de la confrontation américano-iranienne.

Plusieurs États hésitent encore à engager des moyens militaires sans mandat explicite des Nations unies. Le recours au Conseil de sécurité vise donc autant à contraindre l’Iran qu’à sécuriser juridiquement et politiquement la participation d’alliés réticents à une opération perçue comme ouverte, risquée ou insuffisamment encadrée. Pour Washington, le mandat onusien devient un levier de coalition autant qu’un instrument de pression.

Une internationalisation contrainte

Depuis le début de la crise, les États-Unis ont surtout agi par frappes, patrouilles navales et pressions directes sur leurs partenaires. Cette ligne a suscité des résistances, y compris parmi des alliés soucieux d’éviter un engrenage militaire et une exposition juridique excessive. Le retour vers l’ONU traduit moins une conversion au multilatéralisme qu’une nécessité stratégique. Washington a besoin d’un cadre qui rende l’action collective plus acceptable.

Le passage par le Conseil de sécurité ne signifie pas un apaisement. Il indique plutôt que les États-Unis cherchent à transformer une initiative américaine contestée en dispositif multilatéral plus difficile à refuser. En qualifiant les actions iraniennes de menace à la paix et à la sécurité internationales, le projet de résolution vise à déplacer le centre de gravité de la crise. L’enjeu n’est plus seulement la protection de navires commerciaux, mais la défense d’un principe de circulation maritime dans l’un des points de passage les plus sensibles de l’économie mondiale.

L’Iran, de son côté, soutient que ses mesures répondent à la guerre menée contre lui par les États-Unis et Israël, ainsi qu’au blocus naval américain visant ses ports. Téhéran aurait présenté, par l’intermédiaire de médiateurs, une proposition prévoyant la reprise du trafic dans le détroit en échange d’un arrêt des hostilités et de la levée du blocus américain. Washington ne l’a pas acceptée à ce stade.

La discussion qui s’ouvre au Conseil de sécurité ne tranchera sans doute pas le sort de la crise à court terme. Elle dira en revanche si les grandes puissances peuvent encore l’inscrire dans un cadre commun. Faute d’un compromis minimal entre Washington, Téhéran, Moscou et Pékin, le détroit d’Ormuz restera ce qu’il est déjà devenu : une artère énergétique sous tension, un espace de confrontation militaire et une épreuve pour la sécurité collective.

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