La première session de discussions de haut niveau entre les États-Unis et l’Iran s’est achevée lundi en Suisse, selon les médiateurs qatarien et pakistanais.
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La première session de discussions de haut niveau entre les États-Unis et l’Iran s’est achevée lundi en Suisse, selon les médiateurs qatarien et pakistanais.

Les États-Unis et l’Iran ont refermé, lundi 22 juin, à Bürgenstock, en Suisse, un premier round de discussions à haut niveau placé d’emblée sous tension. Selon un communiqué conjoint des médiateurs qatarien et pakistanais, Washington et Téhéran se sont accordés sur une feuille de route devant conduire à un accord final dans un délai de soixante jours. Des discussions techniques doivent se poursuivre cette semaine dans cette station de montagne suisse, propriété du Qatar.
Les pourparlers se sont ouverts alors que l’Iran affirmait avoir de nouveau fermé le détroit d’Ormuz, passage central des exportations d’hydrocarbures du Golfe, et que Donald Trump menaçait de reprendre les frappes contre l’Iran. Peu avant l’ouverture formelle des discussions, le président américain aurait prévenu les responsables iraniens qu’ils « n’auraient plus de pays » s’ils tentaient de fermer de nouveau le détroit, selon des propos rapportés par Fox News. La Maison Blanche n’a pas immédiatement confirmé publiquement le détail de cette formulation.
Dans ce climat, l’accord annoncé ne règle pas le contentieux. Il installe plutôt une méthode, avec un canal de communication sur la sécurité maritime et un mécanisme destiné à faire cesser les combats au Liban.
Le vice-président américain JD Vance a conduit la délégation américaine lors de cette session, ouverte dimanche et prolongée jusqu’aux premières heures de lundi. Les discussions s’inscrivent dans le cadre d’un mémorandum d’entente conclu la semaine précédente, destiné à prolonger pour au moins soixante jours un cessez-le-feu déjà fragile depuis avril.
D’après les médiateurs, les deux camps ont accepté de poursuivre les échanges sur les paramètres d’un accord plus large. Le communiqué mentionne aussi l’ouverture d’une ligne de communication visant à garantir le passage sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. C’est l’un des points les plus sensibles du dossier. L’Iran utilise ce levier comme instrument de pression, tandis que les États-Unis contestent l’idée d’une fermeture complète, tout en reconnaissant la nécessité d’éviter un incident maritime.
Les récits divergent déjà sur le déroulé des discussions. L’agence iranienne semi-officielle Tasnim, citant une source informée, affirme que la délégation iranienne a refusé de revenir dans la salle après la diffusion des menaces de Donald Trump, tout en continuant à transmettre des messages par l’intermédiaire du Qatar et du Pakistan. Un diplomate américain impliqué dans les discussions a, de son côté, assuré que « les Iraniens ne sont jamais partis » et qu’ils étaient « toujours là, à discuter et négocier tard dans la nuit ». Selon lui, les échanges ont porté sur « le détroit, le Liban, les questions nucléaires et les détails de mise en œuvre du mémorandum ».
Cette divergence n’est pas un détail de protocole. Elle montre la faiblesse politique de la rencontre. Chaque camp a besoin de présenter la négociation comme utile, mais aucun ne veut apparaître comme celui qui cède sous contrainte.
Le détroit d’Ormuz concentre une part essentielle de la tension. Téhéran affirme avoir de nouveau arrêté le trafic maritime en réaction au non-respect, selon lui, des engagements américains sur la fin des combats au Liban. Washington conteste cette version, mais les données commerciales disponibles signalent un ralentissement marqué. Cinq navires seulement auraient franchi le détroit dimanche, contre vingt-six la veille, d’après les données de la société Kpler. Ces chiffres restent à manier avec prudence, certains bâtiments pouvant désactiver leurs transpondeurs dans le Golfe.
L’impact économique est immédiat. Les cours du pétrole ont réagi aux signaux venus de Suisse, entre inquiétude sur Ormuz et espoir d’une désescalade diplomatique. Le Brent a reculé après le communiqué des médiateurs, tombant autour de 79 dollars le baril. La seule perspective d’un mécanisme de désescalade suffit à modifier les anticipations, preuve que le détroit reste l’un des points de vulnérabilité majeurs de l’économie mondiale.
Pour Téhéran, Ormuz est aussi une garantie politique. Le ministre iranien des affaires étrangères Abbas Araqchi a affirmé que son pays avait obtenu des dérogations pour ses exportations de pétrole et de produits pétrochimiques, la libération d’une partie de ses avoirs gelés et le lancement d’un plan de reconstruction et de développement. Ces annonces sont revendiquées par l’Iran. Elles n’ont pas fait l’objet, dans l’immédiat, d’une confirmation publique détaillée de la Maison Blanche.
Le second verrou se trouve au Liban. L’accord mentionné par les médiateurs prévoit un mécanisme destiné à mettre fin aux hostilités, alors qu’Israël a poursuivi des frappes meurtrières et que le Hezbollah, allié de Téhéran, a continué de viser des positions israéliennes. L’Iran accuse les États-Unis de ne pas avoir garanti l’arrêt des combats. C’est au nom de ce grief que Téhéran justifie la remise sous pression du détroit d’Ormuz.
JD Vance a minimisé, en Suisse, l’effet de ces violences sur la dynamique diplomatique. « Ces choses-là sont toujours un peu désordonnées », a-t-il déclaré, tout en assurant que des progrès avaient été accomplis vers l’arrêt des hostilités. La formule dit autant l’embarras américain que la difficulté du processus. Washington cherche à préserver la négociation avec Téhéran sans apparaître comme le garant impuissant d’un cessez-le-feu déjà fissuré.
Sur le terrain libanais, les signaux restent contradictoires. Aucune violence majeure n’a été signalée dimanche soir après deux jours de frappes israéliennes intenses et de tirs du Hezbollah. Dans le sud du Liban, des habitants ont commencé à reprendre la route de leurs villages, certains brandissant des drapeaux du Hezbollah depuis des files de voitures ralenties.
Mais la situation humanitaire et sécuritaire demeure lourde. Plus d’un million de personnes ont fui leur domicile au Liban depuis l’invasion israélienne de mars, lancée pour poursuivre les combattants du Hezbollah qui tiraient vers Israël en soutien à Téhéran. L’arrêt réel des hostilités reste donc le premier test de crédibilité du processus suisse.
Les négociations de Bürgenstock se distingue par un contraste politique net. Sur place, JD Vance a défendu l’idée d’un changement de ton avec l’Iran. Le président américain, a-t-il dit, lui a demandé de « tourner une page » afin de « transformer » la relation avec le peuple iranien.
Depuis les États-Unis, Donald Trump a tenu une ligne beaucoup plus menaçante. « L’Iran doit immédiatement empêcher ses PROXIES très bien payés au Liban de semer le trouble », a-t-il écrit sur son réseau social, dans une référence apparente au Hezbollah. « S’ils ne le font pas, nous frapperons l’Iran très durement de nouveau, comme nous l’avons fait la semaine dernière, seulement plus durement », a-t-il ajouté.
Cette double ligne complique la médiation. Elle peut permettre à Washington de négocier tout en conservant une pression maximale. Elle peut aussi nourrir la méfiance iranienne et fragiliser les interlocuteurs favorables à la poursuite des discussions. Dans ce dossier, la communication n’est pas périphérique. Elle devient un élément du rapport de force.
Le cœur de la négociation reste encore devant les délégations. Le nucléaire iranien, les sanctions, les garanties de sécurité, les modalités de réouverture durable d’Ormuz et la stabilisation du front libanais doivent encore être traités dans le détail. Les discussions techniques annoncées cette semaine diront si le compromis esquissé lundi peut prendre corps ou s’il ne constitue qu’une pause diplomatique dans une confrontation déjà régionalisée.
À Bürgenstock, Washington et Téhéran n’ont pas scellé une réconciliation. Ils ont rouvert un canal. Dans une crise où un détroit, un front libanais et un programme nucléaire se répondent désormais presque sans délai, c’est peu. Mais c’est le seul espace où les deux adversaires acceptent encore de se parler.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).