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Keir Starmer quitte Downing Street sous la pression du Labour

Moins de deux ans après avoir ramené les travaillistes au pouvoir, le premier ministre britannique a annoncé, lundi 22 juin, sa démission de la direction du Labour.

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Le premier ministre britannique a annoncé ce lundi 22 juin qu’il allait quitter la direction du Parti travailliste, ouvrant une succession qui devrait déterminer le prochain occupant du 10 Downing Street avant la rentrée parlementaire de septembre.

« Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du Parti travailliste », a déclaré le dirigeant de 63 ans, visiblement ému, devant les caméras. Il a précisé qu’il resterait en fonction le temps d’une passation qu’il veut ordonnée, alors que le Royaume-Uni se prépare à connaître son septième premier ministre en dix ans.

La décision met fin à une résistance de plusieurs mois. Keir Starmer répétait encore vendredi qu’il entendait se battre pour rester au pouvoir. Mais l’élection, jeudi, d’Andy Burnham au Parlement a fait basculer le rapport de force interne. Maire du Grand Manchester depuis 2017, figure populaire du Labour et rival de longue date de l’ancien avocat, M. Burnham dispose désormais de la condition indispensable pour briguer la direction du parti et, par ricochet, celle du gouvernement.

Une démission encadrée par une autorité affaiblie

Dans son allocution, Keir Starmer a affirmé avoir informé le roi Charles III de sa décision dans la matinée. Il a aussi indiqué qu’il demanderait au comité exécutif national du Labour de fixer un calendrier rapide. Les candidatures doivent ouvrir le 9 juillet et se refermer avant la fin de la pause estivale, prévue le 1er septembre. En cas de scrutin interne, le nouveau chef du parti devrait être désigné avant la reprise des travaux du Parlement.

Ce calendrier vise à éviter un vide politique. Il ne masque pas l’affaiblissement du premier ministre sortant. Le chef du gouvernement a lui-même reconnu que la question centrale était désormais tranchée par son propre camp. « La question que mon parti se pose aujourd’hui est de savoir si je suis le mieux placé pour nous mener aux prochaines élections législatives. J’ai pris connaissance de la réponse de mon groupe parlementaire à cette question et j’accepte cette réponse », a-t-il déclaré.

Le Labour conserve une large majorité à la Chambre des communes. Aucune élection législative n’est donc juridiquement nécessaire. La prochaine échéance nationale n’est pas prévue avant 2029. Mais politiquement, l’appel de Nigel Farage à dissoudre le Parlement, formulé dans la foulée de l’annonce, donne le ton de la bataille qui s’ouvre. Le chef de Reform UK, parti anti-immigration installé depuis des mois en tête de plusieurs sondages nationaux, entend présenter le changement de premier ministre comme une confiscation du mandat populaire.

C’est là l’un des risques immédiats pour les travaillistes. En 2024, leur victoire avait mis fin à quatorze années de gouvernements conservateurs. Deux ans plus tard, le parti se retrouve confronté à une crise de légitimité interne, à une opinion fatiguée par les changements successifs de leadership et à une droite populiste qui cherche à incarner la sanction.

Le retour d’Andy Burnham change le rapport de force

L’élection d’Andy Burnham dans la circonscription de Makerfield, dans le nord de l’Angleterre, a servi de déclencheur. Sa victoire nette face au candidat de Reform UK lui permet de revenir à Westminster après plusieurs années passées à la tête du Grand Manchester. Elle lui donne aussi une rampe de lancement nationale.

Surnommé « le roi du Nord », M. Burnham a longtemps cultivé l’image d’un responsable travailliste ancré hors de Londres, capable de parler aux électeurs populaires et aux territoires déclassés. Pendant la campagne, il a répété vouloir « changer le Labour et le pays ». La formule reste générale, mais elle répond à une attente claire dans les rangs travaillistes. Une partie du parti estime que Keir Starmer n’a pas su transformer sa victoire électorale en récit gouvernemental, ni endiguer la progression de Reform UK dans les anciens bastions ouvriers.

Andy Burnham n’en est pas à sa première tentative. Il a déjà échoué à deux reprises à prendre la tête du Labour, en 2010 puis en 2015. Sa position actuelle est toutefois différente. La contestation de Keir Starmer est venue du cœur du groupe parlementaire. Selon l’agence Press Association, plus de 100 députés travaillistes réclamaient son départ ces derniers jours, soit environ un quart des élus du parti.

Le favori de la succession devra cependant préciser sa ligne. Son capital politique repose davantage sur sa popularité personnelle et son implantation régionale que sur un programme complet de gouvernement. Sur l’économie, la défense, l’immigration, la relation avec l’Union européenne ou le soutien à l’Ukraine, ses marges de manœuvre seront rapidement testées.

Une victoire de 2024 déjà consumée

La chute de Keir Starmer est d’autant plus brutale qu’elle intervient moins de deux ans après un triomphe électoral. En juillet 2024, le Labour avait remporté une large majorité après quatorze années de gouvernements conservateurs marquées par le Brexit, les crises internes du Parti conservateur et une succession de premiers ministres.

L’ancien procureur et avocat avait promis de restaurer la stabilité, de redresser les services publics et de réinstaller le Royaume-Uni comme partenaire fiable sur la scène internationale. Lundi, il a défendu son bilan sur l’économie, l’accès à la santé et le soutien à l’Ukraine. Ses alliés mettent également en avant une relation plus apaisée avec les partenaires européens et un alignement constant sur l’aide à Kiev.

Mais cette ligne n’a pas suffi à compenser l’usure intérieure. Le Royaume-Uni reste confronté à une croissance faible, à une hausse persistante du coût de la vie et à des services publics sous tension. Les attentes nées de l’alternance ont rapidement buté sur les contraintes budgétaires. Les revirements politiques, les critiques sur la communication du gouvernement et certaines nominations controversées ont achevé d’entamer l’autorité du premier ministre.

L’épisode Peter Mandelson a pesé lourd dans cette séquence. Nommé ambassadeur à Washington, l’ancien ministre avait été limogé neuf mois plus tard après des révélations sur ses liens avec Jeffrey Epstein. Pour les adversaires internes de Keir Starmer, cette affaire a renforcé l’image d’un chef de gouvernement vulnérable aux erreurs de jugement.

Une instabilité devenue structurelle

La démission de Keir Starmer ne relève pas seulement d’une crise partisane. Elle s’inscrit dans une séquence plus longue de fragilisation du pouvoir britannique. Depuis le référendum sur le Brexit, le Royaume-Uni a connu une rotation accélérée de ses dirigeants, rarement compatible avec l’image de stabilité institutionnelle longtemps associée à Westminster.

Cette instabilité pèse sur les choix stratégiques du pays. Le prochain premier ministre devra maintenir le soutien britannique à l’Ukraine, gérer les relations avec Washington, poursuivre le rapprochement prudent avec les Européens et répondre aux tensions sociales internes. Il devra le faire sans mandat électoral personnel, dans un Parlement dominé par le Labour mais sous pression d’une opinion fragmentée.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué sur X « un homme d’État » qui a contribué, selon elle, à rendre l’Europe et l’Ukraine plus sûres. « Grâce à vous, la sécurité de l’Europe et celle de l’Ukraine ont été renforcées. Merci, cher Keir », a-t-elle écrit. L’hommage souligne le contraste entre la reconnaissance extérieure dont M. Starmer peut encore se prévaloir et l’effondrement de son autorité au sein de son propre camp.

La succession dira si le Labour parvient à transformer cette crise en relance politique ou si elle ouvre une période de flottement supplémentaire. Pour Downing Street, le défi est immédiat. Il ne s’agit plus seulement de choisir un chef de parti, mais de montrer qu’un gouvernement peut encore tenir un cap dans un pays devenu familier des passations précipitées.

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