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Guerre au Proche-Orient : Israël et le Liban signent un accord-cadre sous médiation américaine

Israël et le Liban ont signé vendredi à Washington un accord-cadre présenté par les États-Unis comme une première étape vers une paix durable entre deux pays toujours officiellement ennemis.

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La scène a une portée diplomatique rare. Vendredi 26 juin, au département d’État américain, les ambassadeurs d’Israël et du Liban à Washington ont signé un accord-cadre en présence du secrétaire d’État américain, Marco Rubio. Les trois parties n’ont pas dévoilé le détail du document, mais l’administration américaine le présente comme le point de départ d’un processus destiné à installer « une paix et une sécurité durables » entre Israël et le Liban.

L’accord intervient après plusieurs jours de négociations à Washington et des discussions directes ouvertes au printemps entre responsables libanais et israéliens, sous pression américaine. Ces échanges constituent une rupture dans une relation dominée depuis des décennies par l’absence de relations diplomatiques, les guerres frontalières, l’occupation israélienne passée du sud du Liban et le poids militaire du Hezbollah.

Marco Rubio a salué une « première étape » sur un chemin qu’il a lui-même décrit comme difficile. La formule dit l’essentiel. La signature ne règle pas le conflit. Elle fixe un cadre, encore largement inconnu, dans lequel les trois parties affirment vouloir organiser une désescalade, une reprise de contrôle progressive par l’armée libanaise et, à terme, un retrait israélien de certaines zones du sud du pays.

Cette prudence n’est pas seulement diplomatique. Elle tient à la nature même de l’accord. Le Hezbollah, acteur armé central du conflit, n’en est pas signataire. L’Iran, soutien du mouvement chiite libanais, en est également tenu à l’écart. Pour Israël et les États-Unis, cette exclusion vise à réaffirmer que la négociation doit se faire avec l’État libanais. Pour le Hezbollah, elle ouvre au contraire une confrontation directe entre le gouvernement libanais et une force politico-militaire qui conserve une influence déterminante dans le pays.

Beyrouth parle de souveraineté, Israël de sécurité

Le Liban a immédiatement placé la signature sur le terrain de la souveraineté. Le président Joseph Aoun a salué une « première étape » devant permettre aux Libanais déplacés de revenir sur des terres « entièrement libérées » et dans leurs maisons. Il a promis de poursuivre les efforts jusqu’à ce qu’il n’y ait « plus d’occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle ».

L’ambassadrice libanaise à Washington, Nada Hamadeh Moawad, a défendu la même lecture. Elle a présenté l’accord comme un premier pas vers la restauration de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Liban, la fin définitive des hostilités et le retour des populations déplacées. Dans cette formulation, Beyrouth cherche à inscrire le texte dans une séquence nationale sensible. Il s’agit de reprendre la main sur le territoire, mais aussi de montrer que l’État libanais, longtemps pris entre les exigences israéliennes, les calculs iraniens et l’autonomie militaire du Hezbollah, redevient l’interlocuteur central.

Le discours israélien répond à une autre priorité. L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a insisté sur l’exclusion de l’Iran et du Hezbollah du cadre signé à Washington. Selon lui, la voie vers la paix est ouverte précisément parce que ces deux acteurs ne participent pas au mécanisme.

Benyamin Nétanyahou a, lui, aussitôt rappelé les limites de l’engagement israélien. Dans une vidéo diffusée aux médias israéliens, le premier ministre a affirmé que l’armée israélienne resterait dans le sud du Liban jusqu’au désarmement du Hezbollah. Israël conserve ainsi une exigence maximale, qui conditionne toute avancée territoriale au recul effectif de la milice chiite au sud du pays.

L’accord prévoit néanmoins une première évolution sur le terrain. L’armée israélienne laisserait l’armée libanaise prendre le contrôle de deux « zones pilotes », l’une au sud du Litani, l’autre au nord de ce fleuve situé à une trentaine de kilomètres de la frontière israélienne. Ce dispositif doit tester la capacité de Beyrouth à déployer son autorité dans des secteurs où la présence du Hezbollah reste l’enjeu principal.

Le Hezbollah rejette un cadre qui le vise directement

La réaction du Hezbollah montre la fragilité immédiate du processus. Hassan Fadlallah, député du mouvement, a estimé que les autorités libanaises seraient incapables d’imposer l’accord signé à Washington, sauf à se diriger, avec l’appui américain, vers une guerre civile. Cette mise en garde place le gouvernement libanais face au dilemme qui accompagne toute tentative de restauration de l’autorité de l’État au sud du pays.

Le cœur du problème est connu. Le Hezbollah dispose d’un appareil militaire autonome, d’une profondeur sociale et politique au Liban, et d’un lien stratégique avec l’Iran. Toute formule de paix entre Israël et le Liban suppose donc, directement ou indirectement, une redéfinition de son statut armé. Or ce point reste le plus inflammable du dossier. Le désarmement du Hezbollah est une demande constante d’Israël et des États-Unis. Il reste, pour le mouvement, une ligne rouge existentielle.

L’accord-cadre tente de contourner cette contradiction en avançant par étapes. Les « zones pilotes » doivent permettre de vérifier si l’armée libanaise peut s’installer dans des espaces d’où les groupes armés non étatiques seraient exclus. Mais la portée exacte de ce mécanisme reste inconnue. Ni son calendrier, ni les garanties de sécurité, ni les modalités de vérification n’ont été rendus publics.

Cette opacité peut servir la diplomatie à court terme, en évitant d’exposer trop vite les concessions de chacun. Elle peut aussi nourrir les soupçons. Au Liban, une partie de l’opinion verra dans le texte une chance de sortir d’une guerre coûteuse et d’un face-à-face permanent avec Israël. Une autre y lira une tentative américaine et israélienne d’imposer à Beyrouth une confrontation interne avec le Hezbollah.

Une guerre régionale ramenée à la frontière libanaise

La signature de Washington intervient après plusieurs mois de guerre entre Israël et le Hezbollah. Le conflit a débuté le 2 mars, lorsque le mouvement libanais a tiré des roquettes vers Israël après la mort du Guide suprême iranien dans des frappes américano-israéliennes menées fin février. Israël a répliqué par des frappes aériennes puis par une opération terrestre dans le sud du Liban.

Le coût humain est lourd. Les autorités libanaises font état de plus de 4 200 morts depuis le début des hostilités. Les combats ont aussi provoqué des déplacements massifs de population dans le sud du Liban et le nord d’Israël. Une trêve annoncée le 17 avril n’a jamais été pleinement respectée, tandis que les cessez-le-feu successifs ont été affaiblis par des frappes, des tirs et des accusations croisées de violation.

Depuis la mi-juin, les combats ont toutefois diminué. Cette baisse s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large, marquée par un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran. Téhéran avait exigé qu’une cessation des combats au Liban fasse partie du processus. Washington cherche désormais à transformer cette désescalade fragile en mécanisme politique entre Israël et le Liban.

Cette articulation entre le dossier libanais et les discussions américano-iraniennes explique une partie des tensions. Beyrouth ne veut pas apparaître comme une variable d’ajustement dans un dialogue entre Washington et Téhéran. Israël, de son côté, refuse que sa sécurité au nord dépende d’un arrangement auquel il ne contrôlerait pas toutes les clauses. Les États-Unis tentent donc de bâtir un canal distinct, en ramenant le Liban et Israël à la table, tout en maintenant la pression sur le Hezbollah et l’Iran.

Une paix encore conditionnelle

L’accord-cadre ouvre une séquence diplomatique, mais il ne met pas fin à la guerre. Les déclarations israéliennes le confirment. Benyamin Nétanyahou maintient que l’armée israélienne dispose d’une liberté d’action contre toute menace dans le sud du Liban. Les habitants des zones désormais occupées par Israël ne pourront pas revenir immédiatement chez eux, selon les éléments communiqués par le chef du gouvernement israélien.

La formule retenue à Washington repose donc sur une asymétrie lourde. Le Liban réclame la fin de l’occupation et le retour des déplacés. Israël exige d’abord la neutralisation militaire du Hezbollah. Les États-Unis veulent faire de l’armée libanaise l’instrument central de la stabilisation. Mais cette armée devra prouver qu’elle peut s’imposer sans provoquer un affrontement interne dont le Liban ne veut pas assumer le coût.

À court terme, le test sera concret. Si les deux zones pilotes passent sous contrôle effectif de l’armée libanaise sans reprise majeure des combats, Washington pourra défendre l’idée d’un processus graduel. Si le Hezbollah s’oppose sur le terrain, si Israël poursuit ses opérations ou si les déplacés restent empêchés de rentrer, l’accord risque de rejoindre la longue liste des arrangements libanais signés avant d’être rattrapés par les armes.

La signature du 26 juin ne consacre donc pas la paix. Elle déplace le conflit vers son point le plus dur. Après des mois de guerre, la question n’est plus seulement de savoir si Israël et le Liban peuvent s’entendre sous médiation américaine. Elle est de savoir si l’État libanais peut redevenir seul maître de sa frontière sud sans faire basculer le pays dans une nouvelle crise intérieure.

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