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Liban : Paris et Rome préparent l’après-Finul pour éviter un vide sécuritaire au sud du pays

Emmanuel Macron et Giorgia Meloni veulent bâtir une coalition multinationale pour prendre le relais politique et sécuritaire de la Finul, dont le mandat doit s’achever à la fin de l’année.

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Réunis à Antibes, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont annoncé, jeudi 25 juin, leur volonté de lancer une « coalition » multinationale destinée à soutenir le Liban à l’expiration du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, prévue le 31 décembre 2026.

Il s’agit d’éviter une rupture sécuritaire le long de la Ligne bleue, frontière de facto entre le Liban et Israël, et de renforcer les forces armées libanaises pour permettre à l’État libanais de reprendre la main sur l’ensemble de son territoire. Derrière cette formule se trouve une difficulté centrale, connue depuis des années mais rendue plus pressante par la fin annoncée de la mission onusienne. Qui tiendra le terrain, au sud du Litani, lorsque les casques bleus auront quitté leurs positions ou engagé leur retrait.

Une initiative franco-italienne encore à construire

« Nous voulons lancer une coalition sur le dispositif post-Finul, évidemment en coordination avec l’Union européenne et les Nations unies, pour renforcer la souveraineté du Liban et de ses forces armées », a déclaré Emmanuel Macron à l’issue du sommet franco-italien. Le président français a aussi fixé une ligne politique. Empêcher que le territoire libanais ne devienne « le point d’appui d’une escalade régionale ».

À ses côtés, Giorgia Meloni a insisté sur la nécessité d’une continuité internationale. L’Italie et la France « peuvent absolument faire la différence », a soutenu la cheffe du gouvernement italien, en appelant à une présence capable d’éviter « un vide sécuritaire extrêmement dangereux ». Rome évoque déjà l’organisation possible d’une conférence internationale, avec des partenaires européens et des acteurs du Moyen-Orient.

Le projet reste pourtant à l’état de chantier diplomatique. Emmanuel Macron l’a reconnu en creux. La future architecture pourrait prendre la forme d’une force multinationale aux côtés de l’armée libanaise, ou d’un dispositif bénéficiant d’un mandat des Nations unies. « Il est trop tôt pour répondre », a-t-il résumé. Cette incertitude n’est pas secondaire. Elle conditionne la légitimité de la présence étrangère, ses règles d’engagement, ses moyens, sa coordination avec Beyrouth et sa capacité à opérer dans une zone où toute ambiguïté peut devenir un facteur de crise.

La fin programmée d’une mission vieille de près d’un demi-siècle

La Finul est présente au Liban depuis 1978. Son rôle a été profondément renforcé après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, avec l’objectif d’accompagner l’armée libanaise dans le sud du pays et de contribuer à l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Cette résolution prévoit notamment l’arrêt des hostilités, le respect de la Ligne bleue et l’absence d’armes ou de forces armées non étatiques dans la zone concernée.

Le Conseil de sécurité a prolongé la Finul une dernière fois en août 2025, jusqu’au 31 décembre 2026. La mission doit ensuite cesser ses opérations et engager un retrait ordonné sur une période d’un an, en concertation avec le gouvernement libanais. Pour Paris et Rome, deux contributeurs importants à la mission, cette échéance impose de préparer un relais avant que le retrait ne produise un effet de vide.

La Finul compte actuellement environ 7 500 soldats de la paix, issus de près d’une cinquantaine de pays. Leur déploiement se concentre dans le sud du Liban, le long d’une ligne de séparation longue d’environ 120 kilomètres. Sur le papier, cette présence internationale vise à stabiliser une zone où les souverainetés, les forces armées et les logiques de milices s’emboîtent sans se confondre. Dans les faits, la mission a souvent été prise entre les critiques d’Israël, les contraintes imposées par le Hezbollah et les limites opérationnelles de l’État libanais.

L’armée libanaise au centre du futur dispositif

Le vocabulaire choisi par Paris et Rome n’est pas anodin. Les deux capitales ne présentent pas leur projet comme une substitution pure et simple à la Finul, mais comme un appui à la souveraineté libanaise. La nuance est essentielle. Elle vise à éviter l’image d’une tutelle sécuritaire internationale, tout en reconnaissant que l’armée libanaise ne dispose pas seule, à court terme, des moyens politiques, militaires et financiers pour contrôler durablement le sud du pays.

Giorgia Meloni a formulé l’enjeu de façon directe. Il faut permettre au gouvernement libanais d’avoir « le monopole du recours à la force » et le contrôle de l’ensemble du territoire. Cette ambition se heurte à la réalité du rapport de force interne libanais. Le Hezbollah reste une organisation armée, un acteur politique majeur et un relais régional de l’Iran. La question de son désarmement demeure l’un des points les plus sensibles du débat libanais, tant elle touche à l’équilibre confessionnel, à la sécurité frontalière et à l’influence iranienne au Levant.

Les discussions européennes s’inscrivent dans ce même mouvement. Le service diplomatique de l’Union européenne a proposé une mission de trois ans pour conseiller et former les forces libanaises, notamment dans les domaines du contrôle territorial, de la sécurité des frontières, du renseignement, de la surveillance et de la sécurité maritime. Ce projet, qui nécessiterait l’accord unanime des Vingt-Sept, ne vise pas à remplacer la Finul, mais à renforcer les capacités libanaises au moment où la mission onusienne approche de sa fin.

Une frontière toujours inflammable

L’annonce franco-italienne intervient dans un contexte de tension persistante entre Israël et le Hezbollah. Les affrontements de ces dernières années ont fragilisé le sud du Liban, déplacé des populations et réduit la marge de manœuvre des acteurs internationaux. Des forces israéliennes restent présentes dans des zones du sud libanais, selon plusieurs sources diplomatiques et sécuritaires, tandis qu’Israël affirme agir pour empêcher le Hezbollah de menacer le nord de son territoire.

Cette situation complique tout scénario de transition. Une coalition multinationale ne pourrait pas se limiter à une présence symbolique. Elle devrait disposer d’un mandat suffisamment clair pour accompagner l’armée libanaise, se coordonner avec l’ONU et l’Union européenne, éviter les chevauchements de responsabilités et ne pas devenir elle-même une cible ou un otage du rapport de force local.

C’est là que se trouve le nœud du dossier. La Finul a souvent été critiquée pour le décalage entre l’ampleur de son mandat et la réalité de ses moyens. Une force post-Finul sans cadre juridique robuste risquerait de reproduire les mêmes fragilités. Une mission trop intrusive, à l’inverse, pourrait se heurter aux résistances politiques libanaises et aux calculs des puissances régionales.

La souveraineté libanaise comme terrain d’épreuve

Pour Emmanuel Macron et Giorgia Meloni, le Liban devient un test diplomatique. Il s’agit de montrer que les Européens peuvent encore structurer une réponse sécuritaire dans leur voisinage stratégique, au moment où le Moyen-Orient reste traversé par les effets de la guerre à Gaza, les tensions avec l’Iran et la compétition d’influence entre puissances régionales.

La France conserve au Liban un rôle politique particulier, nourri par l’histoire, les relations bilatérales et son implication régulière dans les séquences de crise. L’Italie, de son côté, dispose d’une présence militaire ancienne et importante au sein de la Finul. Leur initiative commune traduit donc moins une rupture qu’une tentative d’ordonner une transition déjà actée par le Conseil de sécurité.

Rien n’est toutefois tranché. Le nombre de pays prêts à participer, le rôle exact de l’Union européenne, l’éventuel mandat de l’ONU, les règles d’engagement, le financement et l’acceptation locale restent en suspens. Le succès du projet dépendra aussi de la capacité des autorités libanaises à présenter une demande claire et à garantir que l’appui international renforce l’État plutôt qu’il ne contourne ses faiblesses.

À six mois de la fin du mandat de la Finul, Paris et Rome ouvrent donc une séquence délicate. Le retrait des casques bleus ne réglera aucune des fractures du sud du Liban. Il obligera seulement les acteurs internationaux à répondre à une question que la Finul avait longtemps contenue sans la résoudre. Qui, demain, empêchera la Ligne bleue de redevenir une ligne de front.

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