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Nucléaire iranien : l’AIEA affirme que ses inspecteurs retourneront sur les sites d’enrichissement

Rafael Grossi assure que l’accord provisoire conclu entre Washington et Téhéran prévoit une supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur les activités nucléaires iraniennes.

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L’Agence internationale de l’énergie atomique veut reprendre pied au cœur du dossier nucléaire iranien. Son directeur général, Rafael Mariano Grossi, a affirmé mercredi 24 juin que les inspecteurs de l’AIEA se rendraient sur les sites d’enrichissement iraniens, alors que les États-Unis et l’Iran livrent des lectures contradictoires de l’accord provisoire censé mettre fin à leur guerre.

Depuis le Japon, où il s’exprimait à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, le responsable onusien a donné sa formulation la plus ferme depuis la conclusion du mémorandum d’entente signé la semaine dernière par Washington et Téhéran. Selon lui, le texte prévoit explicitement que les activités nucléaires liées aux installations et aux matières nucléaires iraniennes soient placées sous la supervision de l’AIEA.

« Évidemment, pour faire cela, nous devrons inspecter », a déclaré Rafael Grossi. Le calendrier reste ouvert, a-t-il reconnu. Mais le principe, lui, ne l’est pas à ses yeux. Que les inspections aient lieu « après-demain », « dans une semaine » ou « dans dix jours » importe moins que leur mise en œuvre effective.

Une annonce ferme

Les États-Unis et l’Iran ont conclu un mémorandum d’entente de 14 points ouvrant une période de négociation de 60 jours. L’accord doit permettre de régler les questions les plus sensibles laissées en suspens, au premier rang desquelles le programme nucléaire iranien, l’avenir des stocks d’uranium enrichi et le régime de sanctions américaines.

Mais, quelques heures après les propos de Rafael Grossi, Téhéran a rappelé sa propre ligne. Le vice-ministre iranien des affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a indiqué qu’aucun accès aux installations nucléaires attaquées ni aux matières nucléaires ne pouvait être prévu à ce stade. Selon lui, ces questions ne pourront être traitées que dans le cadre d’un accord final avec Washington et après des mesures pratiques de levée des sanctions américaines.

Pour l’AIEA, l’inspection est l’outil technique qui rend vérifiable l’accord politique. Pour l’Iran, elle reste un levier de négociation, indissociable de la séquence diplomatique sur les sanctions. Entre les deux, Washington soutient que la reprise des inspections fait partie des engagements déjà actés.

Rafael Grossi tente ainsi de fixer le cadre avant que les interprétations nationales ne l’emportent sur le texte. Il dit comprendre les déclarations politiques, mais renvoie les parties au mémorandum signé. Le message est clair. Sans accès aux sites d’enrichissement, l’AIEA ne peut ni vérifier l’état réel du programme iranien ni attester la mise en œuvre de l’accord.

Le stock d’uranium au centre du bras de fer

L’enjeu immédiat porte sur l’uranium hautement enrichi. Avant les attaques israéliennes de juin 2025, l’AIEA estimait que l’Iran disposait de 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi jusqu’à 60 %. Ce niveau reste inférieur au seuil généralement associé à un usage militaire, autour de 90 %, mais il s’en rapproche suffisamment pour nourrir les inquiétudes de prolifération.

Selon l’échelle utilisée par l’AIEA, une telle quantité, si elle était davantage enrichie, pourrait suffire à produire de la matière fissile pour plusieurs armes nucléaires. L’agence souligne cependant qu’elle n’a pas pu vérifier de manière indépendante ce qu’il est advenu de ces stocks depuis les frappes et les restrictions d’accès imposées par Téhéran.

C’est ce vide de vérification qui donne à la déclaration de Rafael Grossi son poids politique. L’Iran affirme depuis des années que son programme nucléaire est civil. Mais il reste le seul État non doté de l’arme nucléaire, au sens du traité de non-prolifération, à avoir accumulé de l’uranium enrichi à 60 % sans programme d’armement reconnu. Cette singularité nourrit la méfiance des capitales occidentales, tout en offrant à Téhéran un argument de souveraineté scientifique et technologique face aux pressions extérieures.

L’accord provisoire prévoit que les stocks iraniens soient « dilués », c’est-à-dire ramenés à un niveau d’enrichissement plus bas. Mais une telle opération ne peut être crédible que si les inspecteurs connaissent la quantité, la localisation et la forme du matériau concerné. Sur ce point, l’AIEA dit ne pas disposer aujourd’hui des informations nécessaires.

Une agence technique au cœur d’un accord politique

Depuis les frappes américaines et israéliennes contre des installations iraniennes, l’AIEA n’a pas pu revenir sur les sites les plus sensibles. Elle a pu accéder à d’autres installations, notamment la centrale de Bushehr, mais pas aux sites d’enrichissement au cœur des inquiétudes internationales. Début juin, l’agence indiquait encore ne pas être en mesure de fournir des informations vérifiées sur la taille, la composition ou l’emplacement du stock d’uranium enrichi iranien.

Cette incapacité fragilise l’ensemble du dispositif diplomatique. Un accord nucléaire ne repose pas seulement sur des engagements écrits. Il dépend de procédures, de scellés, de caméras, d’échantillons, d’inventaires, de visites et de chaînes de vérification. Sans ces instruments, la confiance devient politique avant d’être technique, et donc plus vulnérable aux ruptures.

L’Iran le sait. Les États-Unis aussi. C’est pourquoi la question des inspections est devenue l’un des premiers tests du mémorandum. Si Téhéran accepte rapidement un accès aux sites d’enrichissement, l’accord gagnera en crédibilité et la séquence de 60 jours pourra s’ouvrir sur une base vérifiable. Si l’accès est repoussé jusqu’à un accord final, le processus risque de s’installer dans une ambiguïté dangereuse, avec des stocks non localisés et des installations non inspectées.

Pour les pays du Golfe, Israël et les Européens, cette incertitude pèse déjà sur l’évaluation du risque régional. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, se trouve au même moment au Moyen-Orient pour expliquer l’accord aux alliés de Washington. Cette tournée intervient alors que plusieurs capitales régionales doutent de la solidité du compromis et de la capacité américaine à en imposer l’application.

Une fenêtre diplomatique courte

La séquence qui s’ouvre est donc moins celle d’un règlement que celle d’un test. Le mémorandum a permis d’arrêter l’escalade militaire directe entre Washington et Téhéran, mais il n’a pas réglé la question centrale. L’Iran acceptera-t-il que l’AIEA vérifie ses stocks et ses sites avant la conclusion d’un accord final, ou cherchera-t-il à conserver cette carte jusqu’à l’obtention de garanties sur les sanctions ?

Rafael Grossi tente de refermer cette marge d’ambiguïté. En affirmant que les inspections « vont avoir lieu », il place l’AIEA au centre du mécanisme de sortie de crise. Mais son autorité dépend désormais de la réponse iranienne, de la pression américaine et de la capacité des médiateurs à transformer un compromis politique en procédure contrôlable.

La prochaine échéance se jouera dans les discussions techniques attendues en Suisse, avec le Pakistan comme médiateur. D’ici là, l’essentiel reste suspendu à une question simple et décisive. Les inspecteurs verront-ils les sites d’enrichissement avant que la diplomatie ne se grippe de nouveau ?

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