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À Doha, Washington et Téhéran évitent la rupture sans débloquer le dossier nucléaire

Les discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran se sont achevées mercredi 1er juillet à Doha sur un progrès limité.

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Les médiateurs qatariens et pakistanais ont terminé, mercredi à Doha, une série de réunions séparées avec les négociateurs américains et iraniens. Le porte-parole du ministère qatari des affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a déclaré que les médiateurs du Qatar et du Pakistan avaient conclu des réunions distinctes avec les délégations américaine et iranienne, et que des « progrès positifs » avaient été réalisés sur les questions liées au mémorandum d’entente signé à Islamabad, sur la base des conclusions du sommet du lac de Lucerne.

Le responsable qatari a aussi indiqué que les parties avaient convenu de poursuivre les discussions dans la période à venir. La prochaine réunion doit être fixée « dans les meilleurs délais » après la fin des cérémonies funéraires de l’ancien guide suprême iranien. La formule reste prudente. Elle acte la poursuite du canal diplomatique, mais ne fixe ni date précise, ni format définitif, ni ordre du jour public pour la suite.

Il s’agit plutôt d’un dispositif de maintien sous contrôle d’une séquence encore inflammable. Les échanges de Doha ont surtout porté sur l’application du mémorandum d’entente, en particulier la navigation dans le détroit d’Ormuz, les mécanismes de suivi et l’utilisation d’une partie des avoirs iraniens gelés. Les délégations américaine et iranienne ne se sont pas rencontrées directement, d’après les éléments communiqués par les médiateurs et par Téhéran.

À Washington, le président Donald Trump a assuré que le processus avançait. Interrogé sur les discussions, il a déclaré que « la dénucléarisation de l’Iran se passe bien » et que les réunions avaient été « très bonnes ». Il a ajouté que les États-Unis avançaient « très bien » et que l’Iran avait, selon lui, « parcouru un long chemin ». Ces propos traduisent l’optimisme affiché par la Maison Blanche, mais ils ne suffisent pas à établir que le cœur du dossier nucléaire a déjà été traité en profondeur.

Le vice-président américain JD Vance a adopté une tonalité plus mesurée. Il a indiqué que les équipes techniques se réunissaient à Doha avec des représentants de l’Iran, du Qatar et d’autres parties pour discuter des détails techniques, notamment de la circulation maritime. Il a affirmé que les instructions du président américain étaient « claires » et consistaient à avancer vers un accord tout en négociant de bonne foi. Il a toutefois prévenu que toute tentative iranienne de reconstituer son programme nucléaire ou de reprendre des attaques contre des navires modifierait les calculs de Washington.

Ormuz, point dur de la négociation

Le détroit d’Ormuz reste le point le plus sensible. Avant la guerre, ce passage concentrait une part majeure du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Sa réouverture partielle ne règle pas la question de son contrôle. L’Iran cherche à faire reconnaître un rôle accru sur les routes maritimes du détroit et entend défendre l’idée de frais de passage après la période encadrée par le mémorandum. Les États-Unis et plusieurs pays du Golfe rejettent cette approche, qu’ils jugent incompatible avec le statut stratégique et international de cette voie maritime.

Au-delà du droit de la mer, les incidents récents ont montré que le différend pouvait rapidement redevenir militaire. Des informations font état d’échanges de frappes après une attaque visant un navire cargo. La télévision d’État iranienne a également affirmé qu’un porte-conteneurs étranger s’était échoué dans des eaux peu profondes après avoir emprunté une route non approuvée par les autorités iraniennes. Cette version sert le récit de Téhéran sur sa capacité à encadrer les mouvements dans le détroit, mais tous ses détails n’ont pas été confirmés de manière indépendante.

Pour Washington, l’enjeu est double. Il s’agit d’empêcher la fermeture durable d’un corridor énergétique majeur, mais aussi de convaincre Téhéran qu’un accord plus large, incluant des allègements de sanctions et un encadrement du programme nucléaire, rapporterait davantage qu’une logique de droits de passage. Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont, selon des éléments rapportés par des responsables proches du dossier, cherché à faire passer ce message lors de leur séquence qatarienne.

Dans la région, les États du Golfe discutent aussi de mécanismes de gestion de la navigation après l’expiration des arrangements transitoires. Cette discussion révèle une inquiétude plus large. Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un enjeu irano-américain. Il conditionne la sécurité énergétique mondiale, la liberté de circulation maritime et l’équilibre militaire entre les puissances riveraines, les monarchies du Golfe et les États-Unis.

Les avoirs gelés, levier économique et politique

L’autre avancée concerne les avoirs iraniens gelés au Qatar, mais son périmètre reste disputé. Le vice-ministre iranien des affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a indiqué que les discussions avec les responsables qatariens avaient porté sur l’utilisation d’une partie des 6 milliards de dollars concernés. Selon lui, une partie de ces fonds doit être consacrée à l’achat de biens répondant aux besoins de l’Iran, sans transfert direct en espèces.

Le responsable iranien n’a pas donné de calendrier détaillé ni de liste précise des biens concernés. Il a présenté cette question comme l’un des volets pratiques de la mise en œuvre du mémorandum. Côté américain, des responsables ont fait savoir qu’aucune libération directe de fonds n’avait été finalisée. La divergence impose la prudence. À ce stade, il existe un accord de principe sur l’idée d’un accès encadré à certains avoirs, mais pas de confirmation publique et commune sur le montant exact, le calendrier ou le mécanisme d’exécution.

Pour Téhéran, ces fonds sont une exigence politique autant qu’un levier économique. Pour Washington, leur usage doit être strictement fléché afin d’éviter tout financement direct de capacités militaires ou d’activités régionales contestées. La formule qui se dessine, celle d’achats de biens essentiels via un circuit contrôlé, permet aux deux capitales de défendre leurs positions. L’Iran peut revendiquer un accès à ses ressources. Les États-Unis peuvent soutenir qu’ils n’ont pas remis d’argent liquide à la République islamique.

Le Liban dans l’équation

Le dossier libanais complique encore les négociations. Téhéran insiste sur la nécessité de mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah, mouvement soutenu par l’Iran, et demande le retrait israélien des zones occupées dans le sud du Liban. Israël, de son côté, entend conserver une liberté d’action contre le Hezbollah. Cette ligne de fracture fait du Liban l’un des points de blocage de la mise en œuvre du mémorandum.

Kazem Gharibabadi a affirmé que la délégation iranienne avait signalé aux médiateurs ce qu’elle présente comme des « violations » américaines des engagements liés à la fin de la guerre au Liban. Il a aussi indiqué que les discussions avaient porté sur le renforcement de la présence militaire américaine dans la région et sur ce que Téhéran qualifie de « menaces américaines ». Ces accusations relèvent de la position iranienne et n’ont pas été confirmées par Washington.

Le même responsable a insisté sur le caractère indivisible du mémorandum. Selon lui, les engagements prévus par le texte forment « un ensemble intégré » et aucun article ne peut être traité séparément des autres. Cette formulation éclaire la stratégie iranienne. Téhéran refuse que les discussions soient limitées à la navigation ou aux avoirs gelés, et cherche à intégrer les dossiers régionaux, en particulier le Liban, dans la lecture globale de l’accord.

Pour Washington, cette extension du périmètre complique la négociation. La Maison Blanche cherche à maintenir le cap d’un accord centré sur le nucléaire et la désescalade maritime, tout en évitant que les fronts régionaux ne fassent voler en éclats le processus. Le dossier libanais montre ainsi que la négociation irano-américaine dépasse le seul programme nucléaire. Elle touche aux équilibres militaires du Golfe, au rôle d’Israël, aux marges de manœuvre du Hezbollah et à la capacité américaine à peser sur ses alliés régionaux.

Un canal d’urgence pour éviter le dérapage

La décision de créer un canal de communication urgent pour suivre l’application du mémorandum vise à éviter qu’un incident maritime, une frappe ou une accusation de violation ne fasse dérailler l’ensemble du processus. Kazem Gharibabadi a annoncé ce dispositif à l’issue des réunions de Doha. Il doit permettre aux parties concernées d’échanger plus rapidement des informations et de suivre les développements liés à l’exécution de l’accord.

Le responsable iranien a également confirmé la tenue d’une première réunion d’une équipe chargée de surveiller la mise en œuvre du mémorandum, avec la participation de représentants de l’Iran, du Qatar et du Pakistan. Ce format technique traduit la volonté des médiateurs de transformer un texte politique encore contesté en mécanisme opérationnel. Il ne règle pas les différends de fond, mais il peut réduire le risque d’une escalade provoquée par un incident mal interprété.

La prochaine étape reste fragile. Les discussions doivent reprendre après les funérailles de l’ancien guide suprême iranien. D’ici là, le test sera moins diplomatique que pratique. Les navires circuleront-ils sans nouvel incident dans le détroit d’Ormuz. Les avoirs iraniens feront-ils l’objet d’un mécanisme vérifiable. Washington et Téhéran parviendront-ils à passer de la gestion de crise à une négociation nucléaire réelle.

Doha n’a pas produit d’accord final. La capitale qatarienne a surtout empêché une rupture immédiate. Dans une séquence où chaque partie cherche à conserver ses leviers sans relancer la guerre, c’est déjà un résultat. Mais il reste suspendu à trois conditions. La mer d’Ormuz doit rester ouverte, les fonds gelés doivent être encadrés, et le canal diplomatique doit survivre aux calculs de Washington comme aux exigences de Téhéran.

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