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Merz assure Trump que l’Allemagne est prête à porter davantage l’OTAN européenne

Le chancelier allemand Friedrich Merz déclare à Donald Trump que Berlin entend assumer une responsabilité accrue dans la sécurité euro-atlantique, à quelques jours du sommet de l’OTAN à Ankara.

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L’Allemagne veut convaincre Donald Trump qu’une OTAN plus européenne n’est pas une OTAN moins transatlantique. Friedrich Merz s’est entretenu, vendredi, par téléphone avec le président américain pour le féliciter à la veille du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, célébré samedi. Mais l’appel a surtout servi à préparer le sommet de l’Alliance atlantique, prévu les 7 et 8 juillet à Ankara, où le partage du fardeau militaire doit occuper une place centrale.

La chancellerie allemande présente cet échange comme une séquence de coordination avant un rendez-vous diplomatique délicat. Les deux dirigeants ont convenu de poursuivre leur discussion en personne dans la capitale turque. Berlin cherche ainsi à afficher sa disponibilité, sans donner le sentiment de céder à la pression américaine.

Berlin cherche à désamorcer la pression américaine

Le message adressé à Washington est soigneusement pesé. Selon la formulation officielle du gouvernement fédéral, Friedrich Merz a souligné que « l’Allemagne assume davantage de responsabilités pour la sécurité dans l’espace euro-atlantique ». La phrase suivante condense la ligne défendue par Berlin devant Donald Trump. « L’OTAN devient plus européenne afin de pouvoir rester transatlantique. »

Cette déclaration dit l’essentiel de la position allemande. Friedrich Merz ne défend pas une Alliance séparée des États-Unis. Il tente au contraire de présenter l’effort européen comme une condition du maintien du lien transatlantique. Pour Berlin, l’européanisation de l’OTAN doit répondre aux demandes américaines de rééquilibrage, tout en évitant l’idée d’un décrochage stratégique entre les deux rives de l’Atlantique.

La même ligne avait été défendue deux jours plus tôt à Berlin, lors d’une conférence de presse avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Interrogé sur les critiques américaines, Friedrich Merz avait assumé le virage budgétaire allemand. « L’Allemagne double son budget de défense en quatre ans. C’est le plus grand effort que nous ayons jamais accompli pour renforcer nos capacités de défense. À cet égard, nous n’avons aucune raison de nous cacher devant qui que ce soit », avait-il déclaré.

Le chancelier avait aussi replacé cet effort dans le rôle européen de son pays. « Nous le dirons, avec toute la modestie nécessaire, et nous le faisons en tant que plus grand État membre de l’Union européenne, qui porte une responsabilité en Europe », avait-il ajouté.

Trump ravive le procès en sous-contribution

L’appel intervient après de nouvelles attaques de Donald Trump contre les alliés de l’OTAN. Sur sa plateforme Truth Social, le président américain a jugé « ridicule » que les États-Unis poursuivent, selon lui, une relation à sens unique avec l’Alliance. « Il est ridicule que les États-Unis continuent sur cette voie à sens unique alors que la relation n’est pas réciproque », a-t-il écrit, avant d’ajouter que les alliés « n’étaient pas là » pour les Américains.

Dans une autre publication, Donald Trump a directement visé les dépenses de défense des alliés européens, en particulier celles de l’Allemagne. Il a affirmé que les États-Unis dépensaient « plus d’argent que tout autre pays, et de très loin », pour protéger les membres de l’OTAN, « sans en tirer le moindre bénéfice ». Selon lui, les autres alliés, « y compris l’Allemagne », dépensent « beaucoup moins » sur la période 2014-2025.

Ces accusations s’inscrivent dans un bras de fer ancien. Donald Trump a fait du partage du fardeau l’un des marqueurs de sa relation avec l’OTAN. Mais le sujet a changé d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de pourcentages budgétaires. Derrière le débat sur les dépenses se joue la crédibilité de la garantie américaine, au moment où les Européens s’interrogent sur la prévisibilité de Washington et sur la capacité du continent à assumer une part plus lourde de sa propre sécurité.

Une européanisation sous contrainte

Friedrich Merz tente de répondre à cette pression par une promesse de montée en puissance. Le chancelier a rappelé que l’Allemagne entend atteindre dès 2029 l’objectif de 3,5 % du PIB consacré aux dépenses de défense au sens strict, soit avant l’échéance de 2035 fixée dans le cadre de l’engagement adopté par les alliés. « Nous aussi, nous prenons la menace russe très au sérieux, et nous nous armons contre elle », a-t-il déclaré.

L’OTAN a désormais fixé un cadre plus ambitieux que l’ancien objectif des 2 %. Les Alliés se sont engagés à investir 5 % de leur PIB dans la défense et la sécurité d’ici 2035, dont 3,5 % pour les besoins militaires essentiels et 1,5 % pour les dépenses liées à la sécurité, à la résilience et aux infrastructures critiques. La formule est budgétaire, mais l’enjeu est opérationnel. Il s’agit de transformer les annonces en forces, en stocks, en capacités industrielles et en matériels disponibles.

Mark Rutte insiste sur ce point depuis plusieurs semaines. Le 18 juin, après une réunion des ministres de la Défense de l’Alliance, le secrétaire général de l’OTAN a déclaré que les alliés devaient « dépenser plus, et mieux » afin de disposer des forces nécessaires pour « défendre chaque centimètre carré du territoire des Alliés ». Il a aussi résumé le défi en une formule plus directe. « Investir, c’est primordial, mais on n’arrête pas un missile ni un char avec des dollars ou des euros. Nous devons convertir ces investissements en capacités prêtes au combat, et vite. »

Cette phrase résume l’une des tensions du sommet d’Ankara. Les Européens promettent davantage. Ils doivent encore montrer qu’ils peuvent produire plus vite, acheter ensemble, réduire les doublons industriels et combler les lacunes militaires accumulées depuis la fin de la guerre froide. Le calendrier politique pousse à l’affichage. Le calendrier industriel, lui, reste plus lent.

Ankara comme test de cohésion

Le sommet d’Ankara doit offrir une scène à cette démonstration. La Turquie accueille les trente-deux membres de l’Alliance dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, la menace russe, les tensions au Moyen-Orient et les interrogations sur la posture américaine en Europe. L’OTAN entend y mettre en avant trois priorités. La hausse des investissements de défense, l’accélération de la production industrielle et le soutien durable à l’Ukraine.

Sur la page officielle consacrée au sommet, l’Alliance affirme que « les pays de l’OTAN redoublent d’efforts pour investir 5 % de leur PIB dans la défense ». Elle souligne aussi que la sécurité des alliés est « indissociable de celle de l’Ukraine » et que l’assistance militaire doit rester « soutenable dans la durée ». Ces formules montrent que le débat sur les dépenses ne peut pas être isolé du front ukrainien ni de la dissuasion face à Moscou.

Mark Rutte a déjà fixé l’objectif politique du rendez-vous. « À Ankara, nous allons montrer que nous tenons les engagements que nous avons pris à La Haye l’année dernière », a-t-il déclaré, en évoquant un « tournant majeur dans les investissements de défense », une « révolution dans l’industrie de défense » et la « réaffirmation » du soutien à l’Ukraine.

Pour Berlin, l’appel Merz-Trump est donc une manœuvre de préparation autant qu’un signal politique. Le chancelier cherche à prévenir une confrontation directe avec le président américain, sans renoncer à l’idée que les Européens doivent peser davantage dans l’Alliance. La formule allemande tient en équilibre deux impératifs qui peuvent se heurter. Dépendre moins des États-Unis, sans éloigner les États-Unis.

C’est sur cette ligne étroite que Friedrich Merz arrivera à Ankara. L’entretien de vendredi ne règle ni les désaccords sur le partage du fardeau, ni les doutes sur l’engagement américain à long terme. Il fixe toutefois le cadre du débat. Pour Berlin, l’avenir de l’OTAN passe par une Europe plus lourde dans l’Alliance, non par une Alliance délestée de l’Amérique.

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