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Syrie-Liban : un nouveau comité pour encadrer une relation encore chargée d’histoire

Présenté comme un outil de normalisation d’État à État, ce mécanisme intervient dans un moment sensible, entre rapprochement diplomatique, contentieux bilatéraux et pression régionale autour du Hezbollah.

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À Beyrouth, jeudi 2 juillet, le ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani, et le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, ont signé un accord portant création du Haut Comité syro-libanais. Le dispositif doit réunir des ministres des deux pays et se réunir régulièrement afin de suivre les dossiers de coopération bilatérale.

L’accord ne règle pas, à lui seul, les grands contentieux entre les deux voisins. Il crée plutôt un cadre politique de suivi dans une relation longtemps dominée par le poids de la tutelle syrienne au Liban, les séquelles de la guerre en Syrie, la question des détenus, les flux transfrontaliers et les équilibres sécuritaires autour du Hezbollah. C’est précisément ce qui lui donne sa portée. Beyrouth et Damas cherchent à déplacer leurs échanges du terrain de la méfiance vers celui d’une coordination officielle.

Un cadre permanent pour des dossiers sensibles

Lors de la conférence de presse conjointe, Nawaf Salam a présenté le comité comme un mécanisme de travail entre ministres. « Nous avons finalisé aujourd’hui un accord portant création d’un comité conjoint de haut niveau », a déclaré le chef du gouvernement libanais, en précisant que ce comité serait composé de ministres des deux pays et se réunirait régulièrement pour faire le point sur les dossiers de coopération.

Le Premier ministre libanais a aussi détaillé les champs concernés. « Les discussions ont porté sur le développement des relations économiques avec la Syrie, notamment l’interconnexion électrique, le transport et l’échange de marchandises, ainsi que la facilitation de la circulation des citoyens entre les deux pays », a-t-il ajouté.

Ces dossiers sont techniques en apparence. Ils sont politiques dans les faits. L’électricité, le transit, le commerce frontalier et les mouvements de personnes touchent à la souveraineté, à l’économie et à la sécurité des deux États. Ils concernent aussi la capacité du Liban à stabiliser une partie de ses infrastructures, tandis que la Syrie cherche à sortir de son isolement régional après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 et l’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Charaa.

L’idée d’une commission de haut niveau n’est pas née jeudi. Dès le mois de mai, le gouvernement libanais avait déjà engagé l’examen d’un projet destiné à remplacer l’ancien Haut Conseil syro-libanais par un mécanisme plus directement placé sous l’autorité des deux gouvernements. Le choix du format n’est pas secondaire. Il traduit la volonté de traiter les dossiers bilatéraux dans un cadre plus classique, moins marqué par les structures héritées de l’ancienne relation de tutelle.

Le poids du passé, le langage de la normalisation

Assaad al-Chaibani a insisté, de son côté, sur la volonté syrienne de bâtir une relation directe avec l’État libanais. Il a affirmé que sa visite à Beyrouth traduisait le soutien de la Syrie au Liban et son engagement à établir des relations « saines, fondées sur le respect mutuel et les intérêts des deux peuples ».

Le ministre syrien a aussi évoqué la nécessité de dépasser le « mauvais héritage » dont ont souffert les populations des deux pays. La formule pèse dans une relation chargée par près de trois décennies de présence militaire syrienne au Liban, commencée en 1976 pendant la guerre civile et achevée en 2005. Depuis, toute tentative de normalisation entre Beyrouth et Damas reste scrutée à l’aune de cette mémoire politique.

Le message porté par Damas se veut donc rassurant. « Le message que nous a confié le président Ahmad al-Charaa confirme notre confiance dans le Liban et sa diversité, ainsi que notre désir de construire une relation directe avec l’État libanais », a déclaré Assaad al-Chaibani.

Cette insistance sur l’État libanais vise à dissiper une crainte ancienne à Beyrouth, celle d’une relation où la Syrie traiterait avec des forces politiques ou sécuritaires plutôt qu’avec les institutions officielles. Elle intervient aussi alors que le nouveau pouvoir syrien, issu de l’après-Assad, cherche à se présenter comme un interlocuteur régional stabilisateur, sans apparaître comme un acteur d’ingérence dans les équilibres internes libanais.

Le Hezbollah en toile de fond

Le dossier le plus sensible n’était pas officiellement au centre des discussions. Il demeure pourtant en arrière-plan. Le Hezbollah, allié de l’ancien régime syrien pendant la guerre civile en Syrie, a combattu les groupes rebelles dont sont issus plusieurs cadres du nouveau pouvoir à Damas. Cette histoire récente complique toute relation entre la nouvelle direction syrienne et le mouvement chiite libanais.

Pour Damas, l’équation est étroite. Les autorités syriennes ne veulent pas apparaître comme un acteur de confrontation directe au Liban, mais elles ne peuvent pas ignorer le rôle du Hezbollah dans l’équilibre sécuritaire régional. Pour Beyrouth, l’enjeu est tout aussi délicat. Le gouvernement doit réaffirmer la centralité de l’État sans ouvrir un front intérieur supplémentaire dans un pays déjà éprouvé par la crise économique, les tensions politiques et la guerre au sud.

Le nouveau comité n’a donc pas vocation à trancher ce dossier. Il peut toutefois servir de cadre indirect à une reprise de coordination sur les sujets qui touchent aux frontières, aux flux transfrontaliers, à la sécurité et aux rapports avec les acteurs armés non étatiques. C’est là que son utilité sera testée. Non dans l’annonce de sa création, mais dans sa capacité à produire des décisions suivies.

Prisonniers, frontière et coopération sécuritaire

Un autre dossier reste au cœur du dialogue entre Beyrouth et Damas, celui des prisonniers et détenus syriens au Liban. Assaad al-Chaibani a affirmé qu’une procédure légale avait été convenue avec le gouvernement libanais afin de permettre leur libération.

La question carcérale est l’un des points de friction les plus concrets entre les deux pays. Elle s’ajoute à d’autres contentieux, dont la démarcation de la frontière, le contrôle des passages, la lutte contre les trafics et le sort des disparus. Ces dossiers mêlent droit, sécurité, mémoire et souveraineté. Ils ne peuvent être traités uniquement par des déclarations politiques.

C’est sur ce terrain que le Haut Comité syro-libanais devra trouver sa fonction réelle. Sa création donne aux deux gouvernements un instrument pour éviter que chaque sujet ne soit traité séparément, au gré des crises, des pressions extérieures ou des incidents frontaliers. Mais elle ne garantit ni calendrier, ni résultat.

Une normalisation sous contrainte régionale

La Syrie a par ailleurs réaffirmé son rejet de toute agression israélienne contre le Liban et son soutien à l’État libanais dans ses efforts pour instaurer la stabilité. Cette position s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes au sud du Liban, où les affrontements entre Israël et le Hezbollah continuent de peser sur les calculs diplomatiques de Beyrouth comme de Damas.

Le rappel syrien n’est pas seulement déclaratif. Il replace la relation syro-libanaise dans un environnement régional dominé par la guerre, les pressions américaines, les équilibres iraniens et les opérations israéliennes. Le Liban cherche à préserver une marge de manœuvre diplomatique. La Syrie, elle, tente de redevenir un acteur reconnu sans être aspirée par les conflits qui traversent son voisin.

C’est dans cet environnement que le Haut Comité syro-libanais devra fonctionner. Il devra coordonner des dossiers de coopération tout en évitant de devenir l’arène de rivalités régionales plus vastes. Pour Beyrouth, l’enjeu est de restaurer une relation d’État à État sans rouvrir la porte à une tutelle. Pour Damas, il s’agit de montrer qu’elle peut redevenir un interlocuteur régional utile sans reproduire les logiques du passé.

La signature de jeudi ne clôt donc pas un cycle. Elle en ouvre un autre, plus institutionnel, mais tout aussi fragile. Le comité donnera la mesure réelle du rapprochement syro-libanais s’il parvient à produire des décisions vérifiables sur les dossiers concrets. À défaut, il restera le symbole prudent d’une normalisation encore retenue par son histoire.

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