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Au Conseil de sécurité, les États Unis isolés après l’opération au Venezuela

Au Conseil de sécurité de l’ONU, l’intervention américaine au Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro ont déclenché une condamnation inhabituelle, venue à la fois d’alliés et de rivaux de Washington.

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L’intervention militaire américaine menée à Caracas et la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, ainsi que de son épouse Cilia Flores, ont déclenché une séquence diplomatique rare au Conseil de sécurité des Nations unies. Réunis en urgence à New York le lundi 5 janvier 2026, alliés traditionnels de Washington et puissances rivales ont, chacun à leur manière, dénoncé une atteinte à la souveraineté vénézuélienne et aux règles qui encadrent l’usage de la force.

Selon les récits présentés devant le Conseil, l’opération américaine, conduite samedi 3 janvier à Caracas, a abouti à l’arrestation du chef de l’État vénézuélien et à son transfert vers les États Unis pour y répondre d’accusations criminelles, notamment liées au narcotrafic. L’affaire a immédiatement débordé le cadre vénézuélien pour toucher à une question centrale du système onusien, la licéité du recours à la force et l’équilibre entre sécurité, souveraineté et ordre international.

Un rappel frontal à la Charte des Nations unies

Le secrétaire général António Guterres a placé le débat sur le terrain du droit international. Il a dit être « profondément préoccupé » par le fait que les règles n’aient pas été respectées, et a mis en garde contre un précédent susceptible d’influencer la manière dont les États conduisent leurs relations à l’avenir.

Le cœur de l’argumentation renvoie à l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales, principe consacré par la Charte de l’ONU. Dans l’enceinte du Conseil, plusieurs délégations ont souligné qu’en l’absence d’une autorisation explicite du Conseil de sécurité, l’usage de la force ne peut être invoqué que dans un cadre strict, celui de la légitime défense. Washington, de son côté, a fait valoir une justification s’appuyant sur l’article 51, tout en niant toute logique de guerre ou d’occupation.

Washington assume un récit de police internationale

Face aux critiques, l’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, a défendu une action présentée comme une opération de maintien de l’ordre, menée « contre deux fugitifs inculpés » et facilitée par l’appui militaire américain. « Nous ne sommes pas en train d’occuper un pays », a t il insisté, en reprenant la formule selon laquelle il n’y aurait « pas de guerre contre le Venezuela ou son peuple ».

Dans le même temps, le représentant américain a attaqué la crédibilité du Conseil lorsqu’il traite, selon lui, de la légitimité politique du pouvoir à Caracas. Il a dénoncé l’idée que l’ONU puisse traiter, sur un pied comparable, un dirigeant qu’il qualifie de « narco terroriste » et un chef d’État issu d’un processus démocratique.

Cette ligne de défense, en cherchant à déplacer le débat du droit de la force vers la justice pénale et la contestation de la légitimité du régime, a renforcé l’alarme de nombreuses délégations, y compris parmi les partenaires occidentaux des États Unis, sur le risque d’un brouillage durable des normes.

Les alliés rappellent les limites, France et Danemark en première ligne

Le signal le plus notable est venu de Paris. Le représentant français a averti que les violations de la Charte par les membres permanents du Conseil « érodent le fondement même de l’ordre international ». Jay Dharmadhikari, adjoint de la mission française, a ajouté que l’opération militaire ayant conduit à la capture de Maduro allait à l’encontre du règlement pacifique des différends et du principe de non recours à la force.

Le Danemark a, lui aussi, tenu une ligne de principe. Son ambassadrice auprès de l’ONU, Christina Markus Lassen, a déclaré que « l’inviolabilité des frontières n’est pas négociable » et qu’aucun État ne devrait chercher à influencer l’issue politique au Venezuela par la menace ou l’usage de la force, ou par tout moyen incompatible avec le droit international.

Ces prises de parole sont d’autant plus significatives que, dans d’autres contextes, une partie des capitales occidentales entretiennent un discours très critique à l’égard du pouvoir de Caracas. Au Conseil, la question n’a pourtant pas été celle d’un soutien politique à Maduro, mais la crainte de voir se banaliser l’idée qu’un État puisse arrêter un chef d’État étranger par une action armée unilatérale.

Les adversaires dénoncent une dérive, la région s’inquiète du précédent

La Russie et la Chine ont condamné l’opération comme illégale et ont exigé la libération de Maduro. Le représentant russe, Vassily Nebenzia, a fustigé l’idée d’une puissance s’arrogeant le droit d’agir comme « juge suprême », au mépris de la souveraineté et de la non intervention.

Côté latino américain, l’inquiétude s’est exprimée sur le plan régional autant que juridique. La Colombie a questionné le message envoyé à l’hémisphère, sa représentante évoquant un retour de pratiques rappelant « les pires interférences » dans la région.

Le Brésil, selon des comptes rendus de la séance, a jugé que les bombardements et la capture du président vénézuélien franchissaient une ligne inacceptable et créaient un précédent dangereux pour la communauté internationale.

Caracas demande des actes, et non des formules

Le Venezuela a demandé au Conseil de sécurité de dépasser les rappels généraux à la Charte. L’ambassadeur Samuel Moncada a exhorté les membres à exiger la libération du président et de son épouse. Il a mis en garde contre un ordre international où « la loi devient optionnelle » si l’enlèvement d’un chef d’État et des frappes sont tolérés ou minimisés.

Sur le plan intérieur, la crise politique s’est accélérée. Delcy Rodríguez a été investie présidente par intérim et a dénoncé une « agression militaire illégitime », dans un discours qui vise à consolider l’appareil chaviste tout en internationalisant la contestation de l’action américaine.

Un Conseil de sécurité paralysé, une norme testée

Au delà des condamnations, le Conseil de sécurité apparaît structurellement contraint. Les États Unis disposent d’un droit de veto, ce qui rend improbable toute résolution contraignante visant l’action américaine. La réunion a donc surtout fonctionné comme une chambre d’écho diplomatique, où l’accusation principale porte sur la fragilisation d’une règle cardinale du système onusien, l’interdiction du recours à la force, et sur le risque d’un effet d’entraînement.

Dans une lecture juridique plus large, des analyses publiées en Europe insistent sur le fait que qualifier l’action de police ne change pas la nature du problème dès lors qu’une opération armée sur le territoire d’un autre État, sans autorisation du Conseil, heurte les fondements de la souveraineté et de l’ordre juridique contemporain.

La crise vénézuélienne devient un cas test pour la crédibilité des normes que les grandes puissances invoquent, souvent de manière sélective, contre leurs rivaux. L’argument américain, centré sur des inculpations et la lutte contre le narcotrafic, se heurte à une objection simple partagée par des États aux intérêts divergents, l’usage unilatéral de la force pour capturer un dirigeant étranger est une rupture.

Pour Washington, l’objectif immédiat est de verrouiller le récit d’une opération ciblée et limitée, sans occupation, et d’éviter que le débat onusien ne se transforme en mise en cause institutionnelle durable. Pour une partie des membres du Conseil, l’enjeu est inverse, empêcher que l’exception devienne méthode, dans un contexte où les rapports de force s’expriment déjà au détriment des mécanismes collectifs.

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