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Corée du Nord : Pyongyang efface la réunification de sa Constitution et durcit sa rupture avec Séoul

La dernière version de la Constitution nord-coréenne ne mentionne plus l’objectif de réunification avec le Sud, selon un document consulté par l’AFP et Reuters. La révision, adoptée en mars, inscrit dans le droit nord-coréen une logique de séparation entre deux États désormais traités comme distincts, sur fond de blocage diplomatique et de renforcement nucléaire.

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Selon un document présenté mercredi 6 mai à Séoul, lors d’une conférence de presse du ministère sud-coréen de l’unification, la clause selon laquelle Pyongyang entendait « réaliser l’unification de la mère patrie » ne figure plus dans le texte révisé.  

La révision constitutionnelle, qui aurait été adoptée en mars lors d’une session de l’Assemblée populaire suprême, ne se limite pas à un effacement symbolique. Elle introduit aussi un nouvel article territorial. Celui-ci définit le territoire nord-coréen comme comprenant les zones limitrophes de la Chine et de la Russie au nord, ainsi que de la « République de Corée » au sud, nom officiel de la Corée du Sud.  

Pendant des décennies, le discours officiel nord-coréen a présenté la péninsule comme une nation divisée, appelée à être réunifiée selon les principes d’indépendance, de réunification pacifique et de grande unité nationale. Ces mentions ont disparu du texte révisé, selon les éléments consultés par l’AFP et Reuters.  

Le nouveau texte affirme également que la Corée du Nord ne tolère « aucune atteinte » à son territoire. Il ne précise toutefois pas la ligne exacte de la frontière intercoréenne, ni les limites maritimes disputées, notamment en mer Jaune. Pour Lee Jung-chul, professeur à l’Université nationale de Séoul, cité lors de la présentation du document, cette omission pourrait traduire la volonté de Pyongyang d’éviter, dans l’immédiat, une nouvelle source de friction juridique ou militaire.  

Le changement constitutionnel prolonge une inflexion politique assumée par Kim Jong-un. Dès janvier 2024, le dirigeant nord-coréen avait appelé à modifier la Constitution afin de désigner la Corée du Sud comme le principal adversaire de Pyongyang et de faire reconnaître son territoire comme séparé de celui du Sud. En mars 2026, lors d’une réunion de l’Assemblée populaire suprême, il a de nouveau qualifié Séoul d’« État le plus hostile ».  

La nouvelle Constitution ne reprend cependant pas explicitement les termes « hostile » ou « belligérant » pour désigner le Sud, relève le quotidien sud-coréen Hankyoreh. Le choix est significatif. Pyongyang grave la séparation dans le droit, mais laisse hors du texte certaines formules les plus inflammables du discours politique nord-coréen.  

Cette prudence de rédaction ne change pas l’orientation générale. En désignant la Corée du Sud par son nom officiel et en supprimant les références à une communauté nationale à réunifier, le régime nord-coréen transforme le cadre idéologique des relations intercoréennes. Séoul n’est plus présenté comme une partie séparée de la même nation, mais comme un État voisin, extérieur et adversaire.

Séoul tend la main, Pyongyang se ferme

Ce durcissement intervient alors que le président sud-coréen Lee Jae-myung cherche, depuis son arrivée au pouvoir, à rouvrir un canal de dialogue avec le Nord. Séoul a appelé à des pourparlers sans condition préalable, dans une rupture avec la ligne plus ferme de l’administration précédente. Pyongyang n’a pas répondu à ces ouvertures et continue de rejeter les initiatives sud-coréennes.  

Le décalage est désormais au cœur de la séquence. D’un côté, Séoul tente de réinstaller le dialogue comme horizon minimal. De l’autre, Pyongyang institutionnalise l’idée que la relation intercoréenne ne relève plus d’un contentieux national, mais d’un rapport entre deux entités séparées. Cette évolution réduit l’espace politique des gestes de détente, même limités.

La péninsule reste, sur le plan juridique, dans une situation suspendue. La guerre de Corée s’est achevée en 1953 par un armistice, et non par un traité de paix. Les deux Corées demeurent donc techniquement en guerre, malgré les périodes de dialogue, les sommets intercoréens et les projets de coopération qui ont ponctué les dernières décennies.  

Le nucléaire au centre du durcissement

La révision constitutionnelle consolide aussi l’autorité de Kim Jong-un. Le texte désigne le président de la Commission des affaires d’État comme chef de l’État nord-coréen, en remplacement d’une formulation antérieure qui le présentait comme le dirigeant suprême représentant l’État. Il indique également que le commandement des forces nucléaires relève du président de cette commission.  

Cette précision s’inscrit dans une trajectoire déjà ancienne de militarisation du régime, mais elle prend un relief particulier dans le contexte actuel. La Constitution révisée décrit la Corée du Nord comme un État doté de l’arme nucléaire et affirme que le développement de ses capacités vise à garantir sa survie, prévenir la guerre et protéger la paix régionale et mondiale, selon le texte consulté par Reuters.  

À Séoul, Pyongyang signifie que la réunification n’est plus un objectif politique mobilisable. À Washington, Tokyo et dans les enceintes internationales, le régime rappelle que la dissuasion nucléaire demeure le socle de sa sécurité et de son rapport de force.

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