À Genève, États-Unis et Iran ouvrent ce mardi un deuxième cycle de pourparlers indirects sur le nucléaire, sous médiation omanaise, dans un climat de tension militaire croissante au Moyen-Orient.
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À Genève, États-Unis et Iran ouvrent ce mardi un deuxième cycle de pourparlers indirects sur le nucléaire, sous médiation omanaise, dans un climat de tension militaire croissante au Moyen-Orient.

Les États-Unis et l’Iran tiennent, ce mardi, une nouvelle session de discussions indirectes visant à relancer une voie de désescalade autour du programme nucléaire iranien, après un premier round organisé début février à Oman. Washington veut élargir le champ des discussions, notamment aux missiles, tandis que Téhéran réclame un allègement des sanctions et refuse de négocier ses capacités balistiques.
À la veille de l’ouverture, le président américain Donald Trump a affirmé qu’il suivrait le dossier de près. « Je serai impliqué dans ces discussions, indirectement, et elles seront très importantes, et nous verrons ce qui peut se passer », a-t-il déclaré à des journalistes à bord d’Air Force One.
Les échanges doivent se dérouler sans rencontre directe entre délégations américaine et iranienne, via un canal omanais. La rencontre réunit notamment l’émissaire américain Steve Witkoff et Jared Kushner, côté américain, et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, côté iranien, dans un format médié par Oman.
Abbas Araghchi a aussi rencontré, lundi, à Genève le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, afin d’aborder la coopération avec l’instance onusienne et les aspects techniques liés à la reprise des discussions.
Le nœud principal demeure la question de l’enrichissement d’uranium. Washington pousse Téhéran à renoncer à l’enrichissement sur son sol, considérant cette capacité comme un chemin potentiel vers l’arme nucléaire. L’Iran, lui, affirme ne pas accepter un scénario de zéro enrichissement et conditionne toute limitation à un allègement des sanctions.
Dans un message publié sur X, Abbas Araghchi a présenté sa ligne avant l’ouverture du round genevois. « Je suis à Genève avec de vraies idées pour parvenir à un accord juste et équitable », a-t-il écrit, ajoutant « ce qui n’est pas sur la table, c’est la soumission sous la menace ».
Au-delà du nucléaire, les États-Unis souhaitent élargir l’agenda à d’autres volets, dont le stock de missiles iranien. Téhéran affirme au contraire que ses capacités balistiques ne feront pas partie d’une négociation et cantonne le périmètre à des mesures sur le nucléaire en échange d’un soulagement économique.
À Budapest, le secrétaire d’État Marco Rubio a jugé la perspective d’un accord difficile, tout en disant vouloir tenter la voie diplomatique. « Je pense qu’il y a ici une opportunité de parvenir par la voie diplomatique à un accord qui réponde aux sujets qui nous préoccupent. Mais je ne veux pas non plus exagérer », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que « Ce sera difficile ».
Cette reprise des discussions intervient sur fond de montée en puissance militaire. En effet, les États-Unis ont déployé un deuxième porte-avions dans la région et que l’appareil militaire américain se prépare au scénario d’une campagne prolongée si la diplomatie échoue.
En parallèle, l’Iran a conduit lundi un exercice militaire dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les exportations d’hydrocarbures. LA télévision d’État iranienne a présenté ces manœuvres comme visant à tester des capacités de renseignement et d’opération dans le détroit, le Golfe et le golfe d’Oman.
Il convient de rappeler que des tensions navales récentes se sont ajoutées au climat de crispation, évoquant notamment un incident du 4 février au cours duquel un avion de chasse de l’US Navy a abattu un drone iranien approchant un porte-avions américain, ainsi qu’un épisode de harcèlement d’un navire marchand battant pavillon américain.
Le dossier se joue aussi sur le terrain de la vérification. Reuters rapporte que l’AIEA presse l’Iran d’expliquer ce qu’il est advenu d’un stock de 440 kg d’uranium hautement enrichi et de permettre la reprise complète des inspections, y compris sur plusieurs sites qui ont été bombardés l’an dernier.
Ce rappel de l’AIEA renvoie à une situation lourde de conséquences. Parallèlement, cette reprise actuelle dans un contexte post-crise, après des frappes israéliennes puis américaines sur des cibles nucléaires iraniennes en 2025, qui ont interrompu une dynamique de discussions antérieure.
À ce stade, aucun compromis n’est publiquement acté. Il est important de souligner que les échanges s’ouvrent avec peu d’indices d’une convergence, alors que les deux capitales affichent des lignes rouges, sur l’enrichissement pour Téhéran, sur l’élargissement du dossier et les garanties pour Washington.
La session de Genève doit donc tester une équation étroite, faire progresser un accord sur le nucléaire tout en contenant la logique de surenchère militaire. En creux, la question est désormais moins celle d’une reprise du dialogue que celle de sa capacité à survivre à la pression du rapport de force qui l’encadre.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).