Réuni à Pyongyang pour la première fois depuis 2021, le congrès quinquennal du Parti du travail de Corée a acté la reconduction de Kim Jong Un au poste de secrétaire général.
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Réuni à Pyongyang pour la première fois depuis 2021, le congrès quinquennal du Parti du travail de Corée a acté la reconduction de Kim Jong Un au poste de secrétaire général.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un reconduit au poste de secrétaire général du Parti du travail de Corée lors du neuvième congrès de la formation au pouvoir. La décision, annoncée par les médias d’État, s’accompagne d’un hommage appuyé à la « dissuasion de guerre » fondée sur le nucléaire et d’un remaniement du Comité central qui écarte plusieurs figures de l’ancienne garde, tandis que Séoul scrute d’éventuelles inflexions sur la doctrine de confrontation intercoréenne.
Kim Jong Un a été réélu secrétaire général du Parti du travail de Corée lors du neuvième congrès de la formation au pouvoir, selon l’agence officielle KCNA, au terme d’un scénario politique rare organisée à Pyongyang et suivie de près par la Corée du Sud et ses alliés.
Dans sa dépêche, KCNA a présenté cette réélection comme l’expression d’une unanimité du Parti et de la société. Le média d’État a rapporté qu’une décision adoptée au congrès actait l’élection de Kim Jong Un « conformément à la volonté inébranlable et au désir unanime » des délégués et des membres du Parti.
Le congrès du Parti du travail, organisé en principe tous les cinq ans, constitue l’événement politique le plus important du calendrier nord-coréen. Il sert à dresser le bilan de la période écoulée, à fixer des objectifs et à renouveler les organes dirigeants. Cette année, selon KCNA, environ 5 000 membres du Parti participaient aux travaux.
La même source a attribué à Kim Jong Un une élévation du « prestige » national et le durcissement des forces armées « en une armée d’élite et puissant ».
Le cœur du message revendiqué par Pyongyang reste militaire. Selon KCNA, sous la direction de Kim, « la dissuasion de guerre du pays, avec les forces nucléaires comme pivot, a été radicalement améliorée ».
La rhétorique officielle associe explicitement l’arsenal nucléaire à la sécurité du régime et à la légitimité du leadership. Selon Associated Press, le Parti a crédité Kim Jong Un d’avoir bâti des capacités militaires capables de faire face à « toute menace d’agression » et à « toute forme de guerre », dans une formule attribuée à une déclaration relayée par KCNA.
Cette mise en avant intervient alors que Kim a multiplié, ces dernières semaines, les signaux de modernisation de l’appareil militaire. Avant l’ouverture du congrès, Reuters a rapporté une cérémonie de présentation de lance-roquettes de 600 mm, décrits par Kim comme presque équivalents, « en termes de précision et de puissance », à un missile balistique de haute précision, et « appropriés pour une mission stratégique », formulation interprétée par des observateurs sud-coréens comme un sous-entendu nucléaire.
Dans le même discours rapporté par KCNA, Kim a déclaré que le neuvième congrès annoncerait « la prochaine phase de l’initiative et de l’objectif d’une défense autosuffisante », tout en affirmant que l’effort de renouvellement des capacités militaires s’accélérerait.
Au-delà de la reconduction du chef, l’un des marqueurs les plus suivis concerne la recomposition de l’entourage dirigeant. Reuters indique que les délégués ont élu les membres du Comité central et adopté des révisions des règles du Parti, sans que KCNA n’en détaille immédiatement le contenu.
Toujours selon Reuters, plusieurs responsables de premier plan apparaissent écartés de la nouvelle liste, notamment Ri Su Yong, Choe Ryong Hae et Ri Pyong Chol, ce que des analystes cités par l’agence décrivent comme un probable renouvellement générationnel.
L’Associated Press souligne également un changement de génération au sein de l’organe de 138 membres, avec le remplacement de dizaines de cadres, dont des chefs militaires vieillissants et le président du présidium du parlement nord-coréen.
Les annonces publiées jusqu’ici ne détaillent pas de nouvelle doctrine extérieure, mais elles sont scrutées à Séoul. Reuters note que le congrès est « observé » par la Corée du Sud pour détecter d’éventuelles orientations nouvelles en matière de politique intérieure et extérieure.
L’enjeu est d’autant plus élevé que la dégradation intercoréenne s’est accélérée ces dernières années. Il convient de rappeler que la diplomatie nucléaire avec Washington et la séquence de sommets de 2018 à 2019 ont débouché sur une impasse, après l’échec du sommet de 2019, et que Pyongyang a depuis rejeté des offres de dialogue, tout en durcissant son discours envers le Sud.
Dans le même temps, les déclarations liées au congrès mettent aussi en avant des priorités économiques. Kim a affirmé que le Parti faisait face à des tâches « lourdes et urgentes » visant à « stimuler la construction économique et le niveau de vie de la population » et à transformer les domaines de la vie étatique et sociale « dès que possible ».
Kim a poursuivi au congrès un rapport revenant sur les cinq dernières années et qu’il a esquissé une stratégie et des objectifs pour la période à venir, couvrant « tous les secteurs » dans la perspective d’ « avancer la construction socialiste ».
Enfin, l’absence de certains symboles est notée par les observateurs. En effet, aucun signe de la présence de la fille de Kim, Ju Ae, n’a été relevé dans les comptes rendus disponibles, alors que circulent régulièrement des spéculations sur son rôle futur.
En actant la reconduction de Kim Jong Un et en exaltant la dissuasion nucléaire comme axe central, le congrès projette un double message. À l’intérieur, il consacre l’autorité d’un dirigeant présenté comme garant de la sécurité et de la « stabilité » du régime. À l’extérieur, il confirme la continuité d’une stratégie où l’arsenal nucléaire et les capacités conventionnelles sont affichés comme non négociables tant que la pression internationale et la confrontation régionale persistent.
Reste un point clé, encore opaque à ce stade. Les modifications annoncées des règles du Parti, dont le détail n’a pas été publié dans l’immédiat, pourraient préciser ou durcir la ligne institutionnelle vis-à-vis de Séoul. C’est là que se jouera, pour les chancelleries, la lecture la plus politique de ce congrès, au-delà de la reconduction sans surprise du chef et du rappel appuyé du cap nucléaire.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).