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La doctrine Monroe réinventée par Trump pour légitimer un coup de force au Venezuela

Après la capture de Nicolás Maduro, Donald Trump brandit la doctrine Monroe pour légitimer une mise sous tutelle américaine du Venezuela, jusqu’à une « transition sûre ».

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Le président des États-Unis, Donald Trump, a cherché à justifier l’attaque lancée contre le Venezuela et la volonté de Washington d’imposer sa ligne en Amérique latine en invoquant une politique formulée par un président du XIXᵉ siècle.

Samedi, Donald Trump a qualifié le raid ayant conduit à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro de « mise à jour » de la doctrine Monroe, la déclaration prononcée en 1823 par le cinquième président américain, James Monroe. Il a ajouté que les États-Unis « administreront le pays » jusqu’à ce qu’« une transition sûre, appropriée et judicieuse » puisse être menée.

« La doctrine Monroe, c’est quelque chose d’énorme, mais nous l’avons largement dépassée, vraiment largement. Désormais, ils appellent ça le document Donroe », a lancé Trump, accolant la première lettre de son nom à cette série de principes.

« La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a-t-il ajouté.

Une doctrine née du moment post napoléonien

La doctrine Monroe n’est ni un traité, ni une règle de droit international. C’est un passage d’un discours annuel au Congrès, dont l’ambition est de fixer une ligne stratégique. Trois idées s’y articulent, la séparation des sphères entre Europe et Amériques, la non colonisation future, et la non intervention européenne dans les affaires du Nouveau Monde.

Au début des années 1820, l’Amérique latine sort des guerres d’indépendance et Washington craint un retour des empires, en particulier espagnol et français. La question russe compte aussi, Moscou étendant sa présence depuis l’Alaska vers le sud, au moment où les Etats Unis projettent déjà leur expansion vers l’Oregon. Dans ce climat, Londres propose une déclaration conjointe pour décourager toute reconquête européenne, mais John Quincy Adams, secrétaire d’Etat, refuse une initiative qui pourrait enfermer Washington dans un partenariat limitatif. La doctrine sera donc américaine, unilatérale, et conçue aussi comme un instrument d’influence commerciale.

La phrase devenue canonique résume l’essentiel, les continents américains ne doivent plus être considérés comme des objets de colonisation future par les puissances européennes. En contrepartie, Monroe promet de ne pas interférer dans les affaires européennes et de ne pas remettre en cause les colonies déjà existantes. Autrement dit, un verrouillage du futur, sans révolutionner le présent.

Du principe de non colonisation au droit d’intervention

Longtemps, la doctrine Monroe reste davantage une déclaration d’intention qu’une capacité d’action. L’Office of the Historian rappelle qu’elle est initialement « passive », demandant surtout aux Européens de ne pas accroître leur influence ou de ne pas recoloniser l’hémisphère. Mais la montée en puissance américaine à la fin du XIXe siècle transforme le texte en argument d’autorité, puis en grammaire d’intervention.

La bascule se joue au tournant du XXe siècle. La crise vénézuélienne de 1902 à 1903, marquée par un blocus naval imposé par des puissances européennes à un Venezuela en défaut de paiement, nourrit à Washington la crainte d’un précédent. Dans ce contexte, Theodore Roosevelt formalise en 1904 son corollaire, les Etats Unis s’autorisent à intervenir en dernier ressort pour prévenir toute ingérence européenne, notamment lorsque l’instabilité ou les dettes d’un Etat latino américain pourraient fournir un prétexte à une pression extérieure. L’idée est simple, empêcher l’Europe d’entrer, en s’arrogeant la police de l’ordre régional.

Ce corollaire inverse l’esprit originel. La doctrine, pensée comme un bouclier contre les empires, devient un levier pour des opérations américaines répétées dans la zone caraïbe et centraméricaine. Puis, face aux critiques latino américaines, Washington tente par moments de corriger l’image. Dans les années 1930, la Good Neighbor Policy affiche un principe de non intervention armée et accompagne l’abandon de certains dispositifs juridiques qui légitimaient des intrusions directes. Ce mouvement n’efface pas la logique d’influence, mais il admet la toxicité politique de l’interventionnisme.

De la guerre froide à Trump, la doctrine comme langage politique

Au cours de la guerre froide, la doctrine Monroe réapparaît moins comme un texte que comme un réflexe, contenir toute puissance extra hémisphérique et tout projet perçu comme hostile dans l’arrière cour. Le débat ressurgit encore lors des crises d’Amérique centrale des années 1980, puis dans les années 2010, lorsque des responsables américains invoquent explicitement Monroe pour parler du Venezuela.

L’épisode vénézuélien de ce début d’année 2026 franchit toutefois un seuil dans la forme et dans l’affichage. Selon plusieurs récits concordants, l’opération américaine dite Absolute Resolve a visé à capturer Nicolás Maduro à Caracas, puis à le transférer vers New York, tandis que Donald Trump déclarait vouloir « administrer » le pays jusqu’à une transition jugée sûre, et brandissait une lecture maximaliste de la doctrine, allant jusqu’au slogan de « document Donroe ».

Au delà de la formule, le message stratégique est limpide. Il s’agit d’assumer une hiérarchie régionale et d’inscrire l’action dans une tradition américaine de sphère d’influence. Mais cette revendication réactive simultanément deux contentieux majeurs. Le premier est celui de la souveraineté, puisque des juristes et responsables politiques contestent la légalité internationale d’un usage de la force contre un Etat avec lequel les Etats Unis ne sont pas en guerre. Le second est celui de la gouvernabilité, car l’histoire des interventions rappelle qu’il est souvent plus facile de renverser un centre de pouvoir que de stabiliser durablement un pays fragmenté.

En réalité, la doctrine Monroe fonctionne ici comme un outil de récit. Elle offre à la Maison Blanche une filiation historique, une justification d’hémisphère, et une promesse de contrôle. Pour l’Amérique latine, elle réveille surtout une mémoire longue, celle d’un texte né contre les empires européens, devenu au fil du temps un vocabulaire commode pour justifier, au nom de la stabilité, des décisions unilatérales.

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