En l’espace de quelques heures, vendredi 10 juillet, les gouvernements algérien et malien ont annoncé la réouverture de leurs espaces aériens respectifs ainsi que le retour de leurs ambassadeurs. Ces décisions constituent la première mesure concrète d’apaisement depuis la brusque dégradation de leurs relations au printemps 2025.

Alger a ouvert la séquence en levant, avec effet immédiat, l’interdiction visant la circulation aérienne malienne. Dans un communiqué, le ministère algérien de la Défense a indiqué que « l’Algérie a décidé, à compter d’aujourd’hui, vendredi 10 juillet 2026, de rouvrir entièrement son espace aérien national à la circulation aérienne malienne », en précisant que cette décision « inclut tous les vols aériens à destination et en provenance du Mali à travers les différentes destinations internationales ». Dans la soirée, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné à Kamal Retieb, ambassadeur d’Algérie auprès du Mali, de reprendre ses fonctions à Bamako.  

Le gouvernement malien a répondu quelques heures plus tard par une mesure identique. Dans un communiqué, il a annoncé « la réouverture de l’espace aérien national à l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de la République algérienne démocratique et populaire ». Le texte confirme également le retour de l’ambassadeur malien à Alger, sans préciser la date de sa reprise de fonctions.  

La simultanéité des annonces suggère une coordination entre Alger et Bamako, même si aucun échange diplomatique préalable ni aucune médiation n’ont été rendus publics. Les communiqués ne mentionnent pas non plus de rencontre ministérielle, de reprise des consultations sécuritaires ou de calendrier pour une normalisation plus large.

Le drone de Tin Zaouatine au cœur de la rupture

La crise ouverte que les deux pays cherchent désormais à refermer remonte à la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. L’armée algérienne avait alors détruit un drone militaire malien dans la région frontalière de Tin Zaouatine.

Alger avait affirmé que l’appareil avait « violé l’espace aérien national » après plusieurs incursions et adopté un comportement jugé hostile. Les autorités algériennes soutenaient également qu’il s’agissait de la troisième violation de leur espace aérien par un drone malien en quelques mois.  

À l’issue de ses premières investigations, le gouvernement malien assurait que le drone « survolait l’espace aérien malien » et que ses débris avaient été retrouvés à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, donc à l’intérieur de son territoire. Selon les autorités maliennes, l’appareil suivait des combattants recherchés dans une zone où opèrent des groupes armés séparatistes et des organisations affiliées à Al-Qaida. Ces affirmations contradictoires n’ont pas été départagées par une enquête indépendante rendue publique.  

Au même moment, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, avaient rappelé leurs ambassadeurs en Algérie. Alger avait répliqué en rappelant ses représentants à Bamako et à Niamey, puis en différant l’arrivée de son nouvel ambassadeur à Ouagadougou. L’Algérie et le Mali avaient enfin fermé leurs espaces aériens l’un à l’autre.

Les annonces du 10 juillet mettent donc fin aux principales conséquences diplomatiques de cet affrontement. Elles ne règlent toutefois pas la question qui l’a déclenché. Aucun des deux gouvernements n’a retiré sa version des faits ni annoncé de mécanisme destiné à prévenir un nouvel incident aérien le long de la frontière.

Une rivalité autour du nord du Mali

Le principal point de rupture remonte à janvier 2024, lorsque les autorités maliennes ont mis fin à l’accord pour la paix et la réconciliation signé en 2015 avec plusieurs groupes armés du nord du pays.

Négocié sous l’égide de l’Algérie, cet accord devait encadrer la décentralisation, le désarmement et la réintégration des combattants issus des mouvements à dominante touareg. Son abandon par Bamako a réduit l’influence diplomatique d’Alger dans un dossier où celui-ci occupait depuis plusieurs années une place centrale. Alger avait alors déclaré « prendre acte » de cette décision tout en estimant que « les raisons invoquées ne correspondent absolument ni de près ni de loin à la vérité ou à la réalité ».  

Depuis, les autorités maliennes accusent régulièrement leur voisin de servir de refuge ou de soutien à certains de leurs adversaires armés. En septembre 2024, le premier ministre malien avait notamment appelé l’Algérie, depuis la tribune des Nations unies, à « cesser de soutenir le terrorisme international ». Alger a rejeté ces accusations, les jugeant infondées.  

Alger observe de son côté avec inquiétude les opérations de l’armée malienne et de ses partenaires russes à proximité de son territoire. La zone de Tin Zaouatine concentre une partie de ces tensions. Les forces maliennes y affrontent des mouvements rebelles du nord ainsi que des groupes djihadistes, dans un espace désertique où la frontière demeure difficile à contrôler.

Dans la foulée, le Mali a retiré sa reconnaissance à la République arabe sahraouie démocratique et apporté son soutien au projet marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. Cette position l’éloigne de l’Algérie, principal soutien du Front Polisario et de la revendication sahraouie à l’autodétermination.  

Une normalisation encore limitée

La réouverture des espaces aériens supprime un obstacle matériel aux déplacements officiels et aux liaisons entre les deux pays. Du côté malien, elle concerne explicitement les aéronefs civils comme militaires. Elle ne signifie cependant pas, à elle seule, que les dessertes commerciales interrompues ou modifiées reprendront immédiatement. Aucun programme de vols n’a été annoncé dans les communiqués.

Le retour des ambassadeurs est politiquement plus significatif. Il restitue à chaque gouvernement un interlocuteur permanent dans la capitale voisine et permet la reprise de consultations directes sur les dossiers frontaliers, sécuritaires et économiques. Les échanges diplomatiques s’effectuaient jusqu’ici dans un climat dominé par les accusations publiques et les mesures de rétorsion.

Alger et Bamako restent pourtant éloignés sur l’avenir du nord malien, sur le traitement des groupes rebelles et sur la présence de combattants recherchés à proximité de la frontière. Le Mali n’est pas revenu sur son retrait de l’accord de paix de 2015. L’Algérie n’a pas davantage renoncé à défendre son rôle politique dans la région sahélo-saharienne.

La réouverture des espaces aériens et le retour des ambassadeurs marquent ainsi une reprise des relations diplomatiques, sans que les principaux différends entre Alger et Bamako aient été réglés. Les deux gouvernements n’ont annoncé ni mécanisme de règlement des contentieux, ni calendrier de normalisation plus large. L’évolution de ce rapprochement dépendra désormais de leur capacité à renouer un dialogue politique et sécuritaire durable.