L’Iran affirme qu’une attaque ukrainienne contre l’un de ses navires marchands a tué un marin et en a blessé au moins un, samedi 25 juillet, dans la partie russe de la mer Caspienne. Téhéran promet désormais une réponse. Kiev reconnaît avoir frappé plusieurs cibles dans la même zone, dont des cargos associés, selon ses services, au transport de matériel militaire entre la Russie et l’Iran. Il ne confirme toutefois pas que le bâtiment iranien faisait partie de ces cibles.

Une explosion s’est produite à bord du navire samedi matin, indique le ministère iranien des affaires étrangères. Dans son communiqué, la diplomatie iranienne soutient que l’opération viole le paragraphe 4 de l’article 2 de la Charte des Nations unies. « Cette action […] constitue un acte d’agression », affirme-t-elle.

Le premier bilan officiel fait état d’un mort et d’un blessé. Le gouverneur de la province iranienne du Gilan a ensuite évoqué trois blessés, tandis qu’un autre compte rendu diplomatique mentionne plusieurs personnes touchées. Le bilan définitif reste donc incertain.

Selon le gouverneur du Gilan, le cargo était immatriculé à Bandar Anzali, principal port iranien de la Caspienne. Il transportait du fer depuis Astrakhan, en Russie, et se trouvait au mouillage extérieur de l’embouchure de la Volga lorsque sa passerelle a été détruite. Le navire, identifié par Moscou sous le nom d’« Ana », aurait été immobilisé.

Ces informations proviennent des autorités iraniennes et russes. Aucune image géolocalisable, donnée de suivi complète ou expertise indépendante permettant de reconstituer l’attaque n’a été rendue publique. La nature de l’engin responsable de l’explosion n’est pas davantage établie.

De son côté, Moscou soutient la version de Téhéran et présente le chargement comme civil. Les autorités ukrainiennes n’ont publié ni le nom du cargo iranien ni d’élément permettant de le rattacher aux bâtiments qu’elles disent avoir frappés.

Kiev revendique une campagne sans identifier le cargo iranien

Le même jour, Volodymyr Zelensky a salué les résultats obtenus par les opérations ukrainiennes à longue portée dans la région. « Il s’agit notamment de navires engagés dans le transport de cargaisons militaires avec l’Iran, ainsi que d’un navire de guerre », affirme-t-il dans une publication officielle.

Le président ukrainien ne nomme aucun bâtiment. Il ne mentionne ni le cargo iranien signalé par Téhéran, ni l’explosion, ni les victimes. Sa déclaration constitue une revendication générale des frappes menées en Caspienne, mais pas une reconnaissance explicite de l’attaque décrite par l’Iran.

Le Service de sécurité d’Ukraine, le SBU, affirme que ses drones ont atteint deux cargos, une vedette lance-missiles russe et la plateforme pétrolière du champ Filanovski. Son communiqué fait état de « navires de fret […] utilisés pour transporter des cargaisons militaires entre l’Iran et la Russie ».

Le service ukrainien présente ces frappes comme une réponse aux attaques russes contre les ports du sud de l’Ukraine. « La guerre russe reviendra dans son “port d’attache” », prévient-il. Le communiqué officiel ne donne toutefois pas le nom des cargos visés.

Des médias ukrainiens, citant le service de presse du SBU, les ont identifiés comme le Port Olya 2 et le Begey. Tous deux battent pavillon russe. Le Begey a été sanctionné par le Royaume-Uni pour son rôle dans le transport de fournitures militaires iraniennes vers la Russie. L’Union européenne a également associé son opérateur à l’acheminement d’armes, de munitions et de composants de drones.

Le Port Olya 2 est visé par des sanctions américaines en raison de ses liens avec la compagnie russe Transmorflot. Ces mesures étayent l’existence d’une route logistique russo-iranienne par la Caspienne. Elles ne démontrent cependant ni que le cargo iranien décrit par Téhéran transportait du matériel militaire, ni qu’il correspond à l’une des cibles revendiquées par le SBU.

Les deux navires nommés côté ukrainien sont russes. Les autorités iraniennes décrivent pour leur part un bâtiment immatriculé en Iran, qui effectuait le trajet inverse d’Astrakhan vers Bandar Anzali.

Téhéran assure que Volodymyr Zelensky a « explicitement reconnu » l’attaque meurtrière. Cette formulation va au-delà de la déclaration publique du dirigeant ukrainien. Kiev assume une opération contre la logistique russo-iranienne en Caspienne, mais ne reconnaît pas formellement avoir atteint le navire à bord duquel le marin iranien a été tué.

Une riposte promise

L’Iran a convoqué dimanche le chargé d’affaires ukrainien à Téhéran. Le ministère des affaires étrangères a appelé les États riverains de la Caspienne, le Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que l’Union européenne à condamner l’opération. Il assure que la République islamique n’hésitera pas à défendre ses intérêts et sa sécurité nationale au titre de la légitime défense.

Le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a ensuite accusé directement le président ukrainien. « Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin », écrit-il sur X.

Le chef de la diplomatie iranienne qualifie l’opération de violation flagrante de la Charte des Nations unies. Il soutient également, sans présenter d’élément probant, qu’elle a été menée à l’instigation d’Israël afin d’entraîner l’Europe dans la guerre.

Après des entretiens avec la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, Abbas Araghchi durcit encore le ton. « Ce qu’a fait le profiteur de Kiev ne peut rester sans réponse », écrit-il. La version persane diffusée par son ministère emploie une formule légèrement différente et évoque « l’action de cet opportuniste installé à Kiev ».

Lundi, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaei, a répété que l’attaque aurait des conséquences. Il a également menacé de tenir pour responsables les pays qui soutiennent l’Ukraine. Téhéran n’a toutefois précisé ni la forme, ni la cible, ni le calendrier d’une éventuelle riposte.

Volodymyr Zelensky estime de son côté que l’Iran a déjà pris part à la guerre contre son pays en fournissant à la Russie des drones, des technologies et d’autres armements. Après avoir évoqué les livraisons de drones Shahed et l’octroi de licences de production, il demande dans un entretien accordé à Sky News si ces actions constituent une attaque contre l’Ukraine. « Nous ont-ils attaqués ? Je pense que oui », répond-il.

Le dirigeant ukrainien écarte néanmoins l’idée d’une confrontation ouverte avec Téhéran. « Nous devons être prudents, nous devons tout faire pour ne pas ouvrir un nouveau front », ajoute-t-il. Kiev n’a toujours pas répondu publiquement aux questions précises soulevées par l’Iran sur l’identité et la cargaison du navire touché.

La neutralité iranienne au cœur du contentieux

Le ministère iranien affirme que la République islamique « n’est jamais intervenue dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine ». Cette déclaration expose la position officielle de Téhéran. Elle se heurte au dossier des livraisons de drones iraniens à Moscou.

En novembre 2022, l’Iran avait reconnu avoir fourni un « petit nombre » d’appareils à la Russie, tout en assurant que leur livraison avait précédé l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Kiev avait contesté cette chronologie.

Depuis, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont sanctionné plusieurs entreprises, responsables et navires impliqués, selon eux, dans le transfert d’armes et de technologies militaires iraniennes vers la Russie. Ces documents ne permettent pas d’établir la cargaison du navire touché samedi. Ils expliquent en revanche pourquoi l’Ukraine considère certains flux commerciaux en Caspienne comme une composante de l’effort de guerre russe.

Quelques heures après les frappes, Volodymyr Zelensky a accusé Moscou d’avoir surveillé par satellite des États du Golfe et des installations militaires américaines avant de transmettre des images à l’Iran.

« Il existe une corrélation claire entre les prises de vues russes de ces sites et les frappes des forces iraniennes », affirme le président ukrainien. Il cite quatre bases situées à Bahreïn, en Jordanie et au Koweït, observées selon lui les 19 et 20 juillet. La présidence ukrainienne n’a publié aucun document permettant de vérifier ces accusations.

Les soupçons ne reposent toutefois pas sur la seule parole de Kiev. Quatre sources au fait du renseignement américain ont indiqué à Reuters que des analystes examinaient une possible assistance russe lors de frappes iraniennes contre des sites de la CIA dans la région. Ils n’étaient parvenus à aucune conclusion ferme.

Cette enquête ne confirme donc pas les accusations précises de Volodymyr Zelensky. Elle montre en revanche que la coopération technologique et opérationnelle entre Moscou et Téhéran fait également l’objet d’investigations occidentales.

Deux récits qui ne se recouvrent pas encore

L’épisode de la Caspienne révèle une superposition croissante des conflits. Kiev frappe les voies d’approvisionnement qu’il associe à la guerre russe. Téhéran présente l’opération comme une agression contre un commerce civil et accuse l’Ukraine d’agir au profit d’Israël. Dans l’autre sens, le pouvoir ukrainien décrit l’Iran comme un fournisseur militaire de Moscou et la Russie comme un soutien opérationnel de Téhéran au Moyen-Orient.

Aucune donnée disponible ne permet encore de relier le marin tué aux deux cargos russes cités par les sources ukrainiennes. L’identité complète du bâtiment iranien, sa position exacte au moment de l’explosion, la nature du projectile et sa cargaison restent insuffisamment documentées.

Les analyses fondées sur les données maritimes ouvertes n’ont pas davantage permis de déterminer si les versions iranienne et ukrainienne décrivent la même cible ou des attaques distinctes. Aucune source fiable ne permet non plus d’établir que le navire iranien a coulé.

Téhéran a désormais élevé l’affaire au rang de crise diplomatique et promis une réponse sans en fixer les contours. Sa prochaine initiative dira si cette séquence reste un affrontement autour des routes militaires de la Caspienne ou devient le premier face-à-face assumé entre l’Iran et l’Ukraine.