Le président libanais Joseph Aoun a averti, lundi 27 juillet à Beyrouth, que les opérations israéliennes dans le sud du Liban risquaient de compromettre l’efficacité de l’accord-cadre conclu un mois plus tôt sous l’égide des États-Unis. Recevant à Baabda le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, il a réaffirmé l’engagement de son pays envers ce texte, tout en affirmant que le Liban « n’acceptera pas » que ses dispositions continuent d’être enfreintes.
Joseph Aoun vise en particulier la destruction de maisons et le nivellement de villages dans les secteurs occupés par l’armée israélienne. Il a aussi accusé Israël d’avoir pris pour cible des lieux religieux et patrimoniaux qui, selon lui, n’avaient aucune fonction militaire et n’abritaient aucune présence armée. La déclaration de la présidence libanaise ne précise pas les sites concernés, ce qui ne permet pas de recouper séparément cette dernière accusation.
Le chef de l’État ne remet pas pour autant en cause le choix des négociations directes avec Israël, qu’il défend face aux critiques du Hezbollah et de plusieurs forces politiques libanaises. Son intervention porte sur les conditions concrètes d’application du texte. L’accord doit permettre à l’armée libanaise de reprendre progressivement le contrôle du Sud, puis aux habitants de revenir et à la reconstruction de commencer. Beyrouth soutient désormais que les opérations israéliennes empêchent cette séquence de se déployer.
Des destructions qui entravent l’armée
L’avertissement présidentiel intervient au lendemain d’un communiqué inhabituellement détaillé de l’armée libanaise. Celle-ci accuse les forces israéliennes de poursuivre des démolitions, des tirs d’artillerie et des ratissages à l’arme automatique dans plusieurs localités, parmi lesquelles Kfartebnit, Haddatha, Kounine, Khiam, Mansouri et Majdal Zoun.
La troupe affirme également qu’un projet hydraulique a été détruit à Markaba, que des oliviers et des terres agricoles ont été incendiés près d’Aïtaroun et que des tirs ont été effectués à proximité de ses positions à Kfartebnit, Nabatiyé el-Faouqa et Zaoutar el-Gharbiyé. Selon son communiqué du 26 juillet, ces opérations entravent son déploiement, retardent le retour des habitants et font obstacle au rétablissement de la stabilité.
Tous les incidents mentionnés par l’armée libanaise n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante. Le phénomène général est toutefois confirmé par les Nations unies. Dès le 2 juin, la Force intérimaire des Nations unies au Liban faisait état de destructions de grande ampleur touchant les habitations et les infrastructures civiles dans les zones contrôlées par l’armée israélienne.
Volker Türk a dressé lundi un constat comparable. Selon le haut-commissaire, des villages situés au sud du Litani ont été rasés ou rendus inhabitables. Des logements, des écoles, des centres de soins, des réseaux d’eau et d’électricité, des lieux de culte et des terres agricoles ont été détruits. Son bureau dit avoir documenté des violations étendues du droit international humanitaire, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre. Cette qualification reste provisoire et ne constitue pas une décision judiciaire.
Une mission indépendante du Haut-Commissariat recueille depuis juin des informations sur les agissements de toutes les parties au conflit. Volker Türk a également rappelé que les tirs du Hezbollah vers des zones peuplées en Israël avaient causé des victimes civiles et endommagé des infrastructures. Depuis la reprise de la guerre le 2 mars, plus de 4 300 personnes ont été tuées et 12 200 blessées au Liban, selon les autorités nationales citées dans sa conférence de presse. Ces chiffres ne distinguent pas les civils des combattants. Jusqu’à 1,2 million de personnes ont été déplacées, selon l’Associated Press.
Un accord suspendu à l’ordre des gestes
L’accord du 26 juin ne constitue pas encore un traité de paix. Il ouvre une trajectoire vers un règlement complet et doit être distingué de l’arrangement de cessation des hostilités conclu en novembre 2024, qui n’a jamais été pleinement appliqué.
Le texte publié par le département d’État américain organise un processus présenté comme réciproque et progressif. L’armée libanaise doit rétablir l’autorité de l’État, désarmer les groupes armés non étatiques et démanteler leurs infrastructures. Ces avancées, soumises à une vérification, doivent permettre le redéploiement graduel des forces israéliennes hors du territoire libanais.
Le texte ne fixe toutefois aucun calendrier pour un retrait complet. Les premières opérations ont commencé le 20 juillet dans trois localités, Froun, Srifa et Zaoutar el-Gharbiyé, sous l’autorité du nouveau Groupe de coordination militaire pour le Liban. Washington a présenté leur lancement comme le premier résultat concret des discussions tenues à Rome.
La portée territoriale de cette phase reste limitée. Selon l’Associated Press, les villages désignés avaient été frappés et avaient connu des opérations terrestres, mais ils n’étaient pas tous occupés de manière permanente par l’armée israélienne. La question du contrôle réel des accès et des secteurs voisins demeure en outre disputée.
Le 21 juillet, les deux armées ont ainsi donné des versions opposées d’un incident près de Zaoutar. L’armée libanaise affirme que des soldats israéliens se sont approchés de Zaoutar el-Gharbiyé et ont ouvert le feu à proximité de ses unités, pourtant déployées après coordination. La version israélienne soutient que des militaires libanais ont pénétré d’environ 150 mètres dans une zone de sécurité extérieure au périmètre convenu et que des coups de semonce ont été tirés. Aucun blessé n’a été signalé. L’incident n’a pas pu être vérifié indépendamment.
Israël maintient que sa présence et ses opérations répondent à la menace du Hezbollah. Benyamin Nétanyahou a affirmé lors de la signature de l’accord que l’armée israélienne resterait dans sa zone de sécurité tant que le mouvement chiite ne serait pas désarmé. Les autorités israéliennes disent viser des combattants, des tunnels et des dépôts d’armes dissimulés dans des zones civiles. Elles n’ont pas répondu spécifiquement aux accusations formulées lundi par Joseph Aoun.
Le Hezbollah refuse de son côté l’accord et son désarmement. Son secrétaire général, Naïm Qassem, affirme que le mouvement poursuivra le combat jusqu’au retrait israélien. Cette position enferme le dispositif dans une double condition. Israël réclame le démantèlement préalable des capacités militaires du Hezbollah, tandis que celui-ci invoque l’occupation pour conserver son arsenal. Entre les deux, l’État libanais soutient que les tirs et les destructions l’empêchent d’exercer l’autorité que l’accord lui demande de rétablir.
Rome, premier test du mécanisme
Les délégations libanaise et israélienne doivent se retrouver à Rome du 4 au 6 août sous médiation américaine. Les groupes techniques discuteront de l’extension des zones pilotes, des différends frontaliers et de la préparation d’un accord global de paix et de sécurité, a indiqué un responsable du département d’État à l’Agence France-Presse.
Le rendez-vous devra surtout préciser l’enchaînement des opérations, les cartes utilisées et les critères de vérification. Une semaine après le lancement de la phase pilote, les deux armées ne partagent déjà pas la même lecture du terrain. L’avertissement de Joseph Aoun place ainsi les médiateurs devant la faiblesse originelle du dispositif. Israël exige des résultats sur le désarmement avant de se retirer, le Hezbollah refuse d’abandonner ses armes et l’armée libanaise affirme ne pouvoir progresser tant que les opérations israéliennes se poursuivent. La prochaine zone pilote dira si l’accord-cadre permet de briser ce cercle ou s’il se contente désormais de l’administrer.

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