Après près d’un an de tensions, l’Algérie et le Niger ont officialisé le retour de leurs ambassadeurs, puis affiché un rapprochement au sommet à Alger.
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Après près d’un an de tensions, l’Algérie et le Niger ont officialisé le retour de leurs ambassadeurs, puis affiché un rapprochement au sommet à Alger.

À Alger, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu, dimanche matin, le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, pour une visite de deux jours présentée comme un signal de normalisation. Dans la foulée de cet échange, Tebboune a assuré que la rencontre mettait fin à « une période anormale » de froideur entre les deux pays, tandis que Tiani a évoqué le début d’une « nouvelle dynamique ».
Cette visite intervient après une annonce formelle, le 12 février, du retour simultané des ambassadeurs, Niamey ayant réinstallé son représentant à Alger et Alger annonçant le renvoi de son ambassadeur à Niamey. Les autorités algériennes ont expliqué que ce geste devait favoriser la reprise du « dialogue politique » et renforcer des relations de « bon voisinage » avec le Niger.
La brouille remonte au printemps 2025, dans un contexte de tensions entre Alger et plusieurs États du Sahel membres de l’Alliance des États du Sahel. L’élément déclencheur a été la destruction d’un drone malien, Alger affirmant que l’appareil avait violé son espace aérien, tandis que Bamako soutenait qu’il se trouvait sur le territoire malien, près de la frontière. À la suite de cet épisode, le Niger, le Mali et le Burkina Faso avaient rappelé leurs ambassadeurs, et Alger avait répliqué par des retraits similaires.
Si Alger et Niamey ont choisi l’apaisement, les tensions entre l’Algérie et le Mali demeurent élevées. Sur ces informations, les relations bilatérales restent marquées par des accusations maliennes visant Alger, sur fond de désaccords sécuritaires et de fermetures réciproques d’espaces aériens à différentes périodes.
Au-delà des symboles, le scénario diplomatique réactive des dossiers de sécurité frontalière. L’Algérie et le Niger partagent près de 950 kilomètres de frontière, dans une zone sahélo-saharienne exposée aux trafics et à l’action de groupes armés. Plusieurs comptes rendus de presse décrivent la reprise des mécanismes bilatéraux, dont des cadres de concertation dédiés à la coopération, avec la stabilisation de cet espace frontalier en toile de fond.
La composition de la délégation nigérienne à Alger, annoncée comme élargie à des portefeuilles régaliens et économiques, a été présentée comme un indicateur de l’ampleur du réchauffement recherché, au-delà du seul rétablissement protocolaire.
Le dossier le plus emblématique reste la relance du Trans-Saharan Gas Pipeline, appelé à acheminer du gaz du Nigeria vers l’Algérie en traversant le Niger. Le projet, discuté depuis plus de quinze ans, est redevenu central dans la communication des deux présidences. Selon des déclarations rapportées après les échanges à Alger, Tebboune a indiqué que les travaux devaient redémarrer après le mois de ramadan et que l’entreprise publique Sonatrach piloterait la mise en œuvre côté algérien.
Les éléments techniques les plus souvent cités autour du projet font état d’un corridor d’environ 4 000 kilomètres, destiné à transporter le gaz nigérian jusqu’à la côte méditerranéenne algérienne, avec l’objectif implicite d’alimenter ensuite des marchés extérieurs, dont l’Europe, via les infrastructures existantes.
Cette relance intervient dans un moment où les États de la région cherchent à diversifier leurs partenariats et à convertir des projets d’infrastructures en leviers de souveraineté et de revenus. L’épisode de brouille de 2025 avait, selon plusieurs récits, ralenti l’accélération du dossier et plus largement la coopération Alger–Niamey sur les grands projets.
Les gestes posés depuis le 12 février, retour des ambassadeurs, visite présidentielle, annonces sur l’énergie, dessinent un dégel tangible. Tebboune a également promis une aide à Niamey et évoqué des projets, notamment dans la santé et l’éducation, dans le prolongement d’une rhétorique algérienne de solidarité régionale.
Reste la question de la traduction concrète. La relance du gazoduc dépend d’un environnement sécuritaire fragile dans l’axe nigérien, de financements lourds et de la capacité des trois pays concernés à maintenir un calendrier commun. En parallèle, la persistance des tensions Alger–Bamako rappelle que l’apaisement avec Niamey ne suffit pas à refermer l’ensemble des fractures régionales nées des recompositions sahéliennes.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).