Riyad et Islamabad discutent d’un montage inédit où une partie de l’aide financière saoudienne serait convertie en commande d’avions de combat pakistanais. Selon Reuters, les deux pays négocient la conversion d’environ 2 milliards de dollars de prêts saoudiens en achats de chasseurs JF 17, un paquet qu’une source estime à 4 milliards de dollars, auquel pourrait s’ajouter jusqu’à 2 milliards de dollars d’équipements et de systèmes associés. Les discussions s’inscrivent dans une phase d’opérationnalisation de la coopération militaire bilatérale, quelques mois après la signature d’un pacte de défense mutuelle entre les deux alliés.
Cette alliance est marquée par une convergence d’intérêt. Le Pakistan cherche des relais pour soulager sa contrainte financière et valoriser sa base industrielle de défense, tandis que l’Arabie saoudite poursuit une diversification prudente de ses partenariats sécuritaires à un moment où, d’après Reuters, Riyad cherche à se couvrir face à l’incertitude entourant les engagements américains au Moyen Orient.
Un montage financier qui s’appuie sur une relation ancienne
L’idée de convertir des prêts en achats de défense prend sens à la lumière d’un historique dense d’appuis saoudiens. Il convient de rappeler qu’en 2018, Riyad avait annoncé un paquet de soutien de 6 milliards de dollars, incluant un dépôt de 3 milliards de dollars à la banque centrale pakistanaise et des livraisons de pétrole avec paiement différé, dispositifs reconduits à plusieurs reprises.
Dans le même esprit, Islamabad avait annoncé en juillet 2023 avoir reçu 2 milliards de dollars de soutien financier saoudien, dans un contexte de tensions sur les réserves de change et de discussions avec le Fonds monétaire international.
L’enjeu principal est davantage politique qu’autre chose. Le pacte de défense mutuelle signé en septembre 2025 a formalisé un engagement fort. Reuters cite le bureau du Premier ministre pakistanais, selon lequel « l’accord stipule que toute agression contre l’un des deux pays doit être considérée comme une agression contre les deux ». Côté saoudien, un haut responsable avait décrit auprès de Reuters un accord « complet » qui « englobe tous les moyens militaires ».
Pourquoi le JF 17 devient la pièce centrale ?
Le chasseur JF 17 est présenté comme l’option prioritaire dans ces discussions. L’appareil, développé avec la Chine et produit au Pakistan, est conçu comme un avion multirôle léger, destiné à des missions d’interception, d’attaque au sol et de reconnaissance. Le Pakistan Aeronautical Complex décrit le JF 17 comme un appareil « avancée » et « rôle multiple » capable d’opérer de jour comme de nuit et par tous temps.
Selon Reuters, l’ancien air marshal Aamir Masood met en avant deux arguments qui reviennent souvent chez les promoteurs de l’appareil. « Il a été testé et utilisé au combat », dit il, en ajoutant qu’il est aussi « rentable ». La même source précise que le Pakistan affirme avoir déployé l’avion lors de la flambée de combats avec l’Inde en mai 2025, ce qui nourrit le discours commercial sur un système éprouvé.
Pour Riyad, le JF 17 représente un produit plus accessible qu’un chasseur lourd occidental, avec un potentiel de livraison, de formation et de maintenance adossé à un partenaire proche. Il peut aussi être lu comme un signal de diversification dans un environnement où les acquisitions saoudiennes ont longtemps dépendu des États Unis et de l’Europe, et où les marges de manœuvre politiques peuvent se resserrer selon les dossiers régionaux.
Levier macroéconomique
Selon le ministre de la Défense Khawaja Asif, qui lie directement commandes d’armement et horizon économique. Ainsi le volet pakistanais est assumé plus ouvertement : « Nos avions ont été testés et nous recevons tellement de commandes que le Pakistan pourrait ne plus avoir besoin du Fonds monétaire international d’ici six mois. », a t il déclaré à Geo News.
Cette posture marque une stratégie plus large d’exportations de défense. Reuters a rapporté fin décembre un accord de vente d’armes de plus de 4 milliards de dollars avec la force de l’Est libyen, comprenant notamment des avions JF 17 et des appareils d’entraînement. Islamabad a également multiplié les démarches. Reuters a décrit des discussions avec le Bangladesh autour d’un possible accord de défense incluant le JF 17, dans un contexte de recompositions politiques à Dacca. Et en 2024, Reuters rapportait déjà la signature d’un contrat de vente de JF 17 à l’Azerbaïdjan, illustrant l’installation progressive de l’avion dans une diplomatie de défense pakistanaise plus offensive.
Un achat qui parle aussi à Washington
Pour Riyad, l’intérêt est double. Le premier est capacitaire, diversifier les sources et introduire des plateformes complémentaires, éventuellement pour des missions où le coût d’usage et la disponibilité priment. Le second est diplomatique, envoyer le message que le royaume dispose d’options, surtout depuis que Riyad cherche à construire un filet de sécurité plus large.
La signature en 2025 d’un pacte de défense mutuelle avec le Pakistan a déjà été interprétée comme un marqueur de cette diversification, y compris par le Financial Times, qui décrit une volonté saoudienne d’élargir ses partenariats au delà des États Unis dans un climat régional instable. Dans le même temps, le dossier américain reste central, car l’Arabie saoudite poursuit des discussions autour d’un cadre de coopération et d’achats avancés, dont la question des avions de nouvelle génération.
Un éventuel achat de chasseurs d’origine pakistano chinoise poserait néanmoins des questions d’interopérabilité et de soutien. Les chaînes de maintenance, les munitions compatibles, la formation des équipages et l’intégration dans une flotte existante largement occidentale sont des variables lourdes, autant techniques que politiques. L’intérêt pour un appareil plus léger pourrait aussi correspondre à une logique de panachage, où certains rôles seraient séparés de la composante la plus sensible de la flotte.