L’Iran accuse les États-Unis d’avoir violé le cessez-le-feu en frappant deux navires près du détroit d’Ormuz et des zones côtières du sud du pays.
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L’Iran accuse les États-Unis d’avoir violé le cessez-le-feu en frappant deux navires près du détroit d’Ormuz et des zones côtières du sud du pays.

Les États-Unis et l’Iran se rejettent la responsabilité d’un nouvel accrochage militaire autour du détroit d’Ormuz, après une nuit de jeudi à vendredi marquée par des frappes américaines, des tirs iraniens et des accusations croisées de violation du cessez-le-feu. Téhéran affirme que l’armée américaine a attaqué deux navires, dont un pétrolier iranien, ainsi que des zones côtières du sud de l’Iran. Washington assure, de son côté, avoir agi en « autodéfense » après des attaques iraniennes visant trois destroyers de l’US Navy en transit vers le golfe d’Oman.
Selon le commandement militaire iranien Khatam Al-Anbiya, cité par les médias d’État, les forces américaines ont pris pour cible un pétrolier iranien qui quittait les eaux côtières de Jask en direction du détroit d’Ormuz, ainsi qu’un autre navire entrant dans le détroit près du port émirati de Fujairah. Le même communiqué accuse les États-Unis d’avoir mené des frappes aériennes contre des zones civiles le long des côtes de Bandar Khamir, de Sirik et de l’île de Qeshm, « avec la coopération de certains pays de la région ». Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Téhéran dit avoir riposté « immédiatement » contre des navires militaires américains et leur avoir infligé des « dommages importants ». Là encore, l’affirmation reste contestée. Le commandement américain pour le Moyen-Orient affirme qu’aucun moyen américain n’a été touché pendant l’incident.
Washington présente une chronologie inverse. Selon le Centcom, les forces iraniennes ont d’abord lancé « plusieurs missiles, drones et petites embarcations » contre trois destroyers lance-missiles américains, l’USS Truxtun, l’USS Rafael Peralta et l’USS Mason, alors qu’ils traversaient le détroit d’Ormuz vers le golfe d’Oman. Les forces américaines affirment avoir intercepté ces attaques avant de frapper des installations militaires iraniennes liées aux tirs, dont des sites de lancement de missiles et de drones, des centres de commandement et des nœuds de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.
Une trêve déjà fragilisée
L’incident intervient dans un contexte de cessez-le-feu fragile, entré en vigueur début avril après plusieurs semaines d’affrontements. Les deux pays ont déjà échangé des tirs depuis le début de cette trêve, mais l’épisode d’Ormuz constitue le test le plus sérieux de l’arrangement en cours. L’Iran a ensuite affirmé que la situation était revenue à la normale dans les îles et les villes côtières proches du détroit.
Le détroit d’Ormuz reste le point le plus sensible de la séquence. Avant la guerre, ce couloir maritime concentrait environ un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz. Sa fermeture partielle, sa militarisation ou sa réouverture forcée ne relèvent donc pas seulement d’un contentieux bilatéral. Elles touchent à la liberté de navigation, à la sécurité énergétique et à la capacité des États-Unis à garantir l’accès aux voies maritimes dans le Golfe.
Washington présente son action comme une opération de sécurisation de la navigation. Quelques jours avant l’échange de tirs, le commandant du Centcom, l’amiral Brad Cooper, avait affirmé que les forces américaines disposaient d’importants moyens aériens et navals dans et autour du détroit, tout en avertissant les forces iraniennes de rester à distance des moyens américains opérant dans les eaux internationales.
La dimension militaire se double d’une pression diplomatique directe. Donald Trump a déclaré que trois destroyers américains avaient traversé le détroit « sous le feu » et que les assaillants iraniens avaient subi des dégâts importants, tout en appelant Téhéran à conclure rapidement un accord. Le président américain a ensuite minimisé l’accrochage en affirmant que le cessez-le-feu restait en vigueur.
Cette séquence intervient alors que Washington attend une réponse iranienne à une proposition américaine destinée à mettre fin au conflit. Mais le texte laisserait de côté plusieurs points centraux, dont le programme nucléaire iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz. Autrement dit, l’arrangement en discussion pourrait suspendre les hostilités sans régler les causes immédiates de leur reprise.
Pour Téhéran, l’accusation de frappes américaines menées avec des pays de la région vise aussi à régionaliser la responsabilité de l’escalade. Aucun pays n’a été nommé dans le communiqué iranien cité par les médias d’État. Cette imprécision entretient une zone d’ombre, mais elle signale une ligne politique claire. L’Iran cherche à présenter l’incident non comme un duel naval isolé, mais comme une opération conduite par les États-Unis avec l’appui de partenaires régionaux.
Le Centcom assure ne pas rechercher l’escalade, tout en affirmant rester prêt à protéger les forces américaines. Cette formule résume l’équilibre instable du moment. Les deux camps disent défendre le cessez-le-feu, mais chacun décrit ses propres tirs comme une réponse défensive à la violation adverse.
C’est désormais le principal danger. Tant que les règles de navigation, les modalités de la trêve et les canaux de désescalade restent incertains, chaque transit naval dans le détroit peut devenir un test militaire. À Ormuz, le cessez-le-feu ne s’est pas rompu officiellement. Mais il tient déjà moins par la confiance que par la retenue calculée de deux adversaires qui continuent de se viser.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).