Présentée le 23 décembre 2025, la nouvelle version du plan de paix discuté avec Washington dessine une architecture en 20 points où Kiev lâche du terrain sur la forme sans céder sur le fond la souveraineté et la sécurité.
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Présentée le 23 décembre 2025, la nouvelle version du plan de paix discuté avec Washington dessine une architecture en 20 points où Kiev lâche du terrain sur la forme sans céder sur le fond la souveraineté et la sécurité.

Le mardi 23 décembre 2025 à Kiev, Volodymyr Zelensky a présenté à la presse une nouvelle version du plan de paix discuté avec les États Unis, un document ramené à vingt points et déjà transmis à Moscou pour réaction. L’initiative traduit un double mouvement : Kiev affiche une disponibilité tactique sur l’architecture d’un cessez le feu, tout en verrouillant ses lignes rouges sur la souveraineté, les garanties de sécurité et le contrôle politique de toute concession.
Dans cette séquence, un élément retient l’attention. Le président ukrainien dit être prêt à envisager une zone démilitarisée dans l’est, y compris dans des secteurs du Donbass encore sous contrôle ukrainien, mais à condition d’un retrait symétrique des forces russes et d’une supervision internationale. Ce tournant apparent ne vaut pas acceptation d’un fait accompli territorial, mais il vise au contraire à déplacer la négociation vers des mécanismes vérifiables, adossés à des garanties occidentales, et soumis à l’arbitrage démocratique ukrainien.
Le passage de vingt huit à vingt points marque un signal bien politique. Kiev présente une base plus lisible, plus proche des exigences américaines, mais conçue pour éviter un simple gel du front qui consacrerait de facto les gains russes. Le texte réaffirme la souveraineté de l’Ukraine, prévoit un accord de non agression, et insiste sur un dispositif de surveillance du cessez le feu le long de la ligne de contact.
Le cœur du document est aussi sécuritaire, car Zelensky met en avant des garanties dites fortes, avec une logique proche de l’article 5, c’est à dire une obligation d’agir en cas de reprise de l’agression, portée par les États Unis et des partenaires européens. L’objectif est clair à savoir rendre la violation d’un accord plus coûteuse que son respect, condition minimale pour une paix durable dans un théâtre où les cessez le feu ont souvent été instrumentalisés.
Autour de ce socle, le plan ajoute des briques de stabilisation. Un plafond d’effectifs pour l’armée en temps de paix est avancé, une trajectoire d’adhésion à l’Union européenne est mentionnée, et un paquet économique massif est discuté, incluant investissements et reconstruction. Une instance de suivi, un Conseil de paix présidé par Donald Trump, est évoquée pour piloter l’application et arbitrer les violations.
La formule proposée mêle aussi sécurité et économie. Côté américain, l’idée d’une zone économique libre dans le Donbass est posée comme un format susceptible de satisfaire les deux camps. Côté ukrainien, Zelensky encadre strictement cette option : pas de retrait ukrainien sans retrait russe, pas de zone sans démilitarisation réelle, et pas d’arrangement sans présence de forces internationales chargées de contrôler et de vérifier.
Le président ukrainien ajoute un verrou politique décisif qui rend toute décision de cette nature devrait être soumise à référendum, après une période de cessez le feu envisagée autour de soixante jours dans les discussions rapportées. En plaçant le peuple ukrainien en dernier ressort, Kiev cherche à désamorcer l’accusation d’une paix imposée, tout en signalant à ses partenaires que l’acceptabilité interne devient une variable stratégique.
En creux, la zone démilitarisée n’est pas présentée comme une transaction territoriale mais comme un instrument de gestion du risque. Elle vise à créer un tampon, à réduire la probabilité d’un choc immédiat, et à ouvrir un espace où la reconstruction et la circulation économique pourraient reprendre sous contrainte sécuritaire. Le calcul est aussi diplomatique dont l’objectif est de déplacer la négociation du registre des frontières vers celui des mécanismes, des garanties et du contrôle international.
Deux points restent explicitement non stabilisés dans le récit ukrainien. Le premier concerne la centrale nucléaire de Zaporijjia, sous contrôle russe. Zelensky dit rejeter une formule de gestion tripartite Ukraine États Unis Russie avec répartition égale, jugée politiquement intenable après des années de guerre. Kiev privilégie une coentreprise États Unis Ukraine, laissant aux Américains la maîtrise de la part d’électricité qui leur reviendrait.
Le second nœud est territorial puisque le plan cherche à figer une ligne militaire tout en renvoyant les sujets de statut à une négociation plus large, ce qui, pour Moscou, reste le point de friction majeur. Les autorités russes n’ont pas, à ce stade, endossé publiquement l’approche, et l’écart demeure entre une logique ukrainienne de sécurité garantie et une logique russe de gains consolidés.
Ce moment diplomatique révèle une réalité structurelle. Une paix en Ukraine ne dépend pas seulement d’un texte, mais de la crédibilité de ceux qui le garantissent, de la capacité à surveiller et sanctionner, et du degré d’acceptation intérieure en Ukraine. En insistant sur le référendum, Zelensky transforme l’opinion publique en acteur central du dispositif, donc en contrainte pour Washington comme pour Kiev.
Pour les États Unis, l’architecture en vingt points cherche à rendre l’accord vendable et opératoire, en combinant garanties, reconstruction, calendrier politique et mécanismes de contrôle. Pour l’Europe, l’enjeu est de peser sur les paramètres de sécurité et sur la mise en œuvre, car la stabilité du continent se jouera dans les détails techniques, effectifs autorisés, zones de retrait, mandat des forces internationales, régime de sanctions.
La question finale demeure simple et brutale : Moscou accepte t il une paix qui ne consacre pas explicitement ses objectifs territoriaux, et l’Occident est il prêt à rendre ses garanties suffisamment crédibles pour dissuader une nouvelle offensive. Dans cet entre deux, la proposition de zone démilitarisée dans le Donbass apparaît comme un test de bonne foi autant qu’un instrument de déminage, dont la faisabilité dépendra moins des formules que de la capacité à vérifier, contraindre et protéger.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).