En pleine mobilisation des agriculteurs, Emmanuel Macron annonce que la France votera contre la signature de l’accord de libre échange entre l’Union européenne et le Mercosur.
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En pleine mobilisation des agriculteurs, Emmanuel Macron annonce que la France votera contre la signature de l’accord de libre échange entre l’Union européenne et le Mercosur.

En plein regain de mobilisation agricole, Emmanuel Macron a annoncé que la France voterait contre la signature de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Dans un communiqué publié par l’Elysée, le chef de l’Etat reconnaît des « avancées incontestables » obtenues auprès de la Commission européenne, tout en assumant un choix de rupture face à une opposition devenue, selon lui, impossible à ignorer.
Au cœur de l’argumentaire présidentiel, une formule qui résonne comme un acte d’accusation contre la méthode même des négociations. « La France est favorable au commerce international, mais l’accord avec le Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes », écrit Emmanuel Macron, en rappelant que le mandat de négociation remonte à 1999.
Une décision sous la pression des tracteurs
Dans la journée, des agriculteurs ont mené une action spectaculaire à Paris, avec des tracteurs et des blocages autour de sites emblématiques et d’axes routiers, à la veille d’un vote européen décisif. Les manifestants redoutent l’arrivée de produits agricoles importés à bas coût et dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale au regard des normes imposées aux producteurs européens.
La contestation n’est pas monolithique, mais elle s’est cristallisée autour du Mercosur comme symbole d’un sentiment d’abandon. Sur le terrain syndical, la FNSEA a haussé le ton en réclamant au Premier ministre « un signal très fort » et des « mesures d’urgences ». « L’attente est forte dans les campagnes. Les agriculteurs attendent des actes », a insisté son secrétaire général Hervé Lapie.
Dans le débat politique, l’opposition se nourrit aussi d’une idée simple, l’accord serait daté et mal adapté à l’état actuel des marchés et des normes. Michel Barnier, député et ancien Premier ministre, a résumé la position de nombreux élus en une phrase. « C’est un accord d’un autre âge. »
Macron invoque un « rejet politique unanime »
L’Elysée fait de l’isolement politique de l’accord en France un élément central. Emmanuel Macron affirme que « le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime », en référence aux débats récents au Parlement. Conclusion présidentielle, « dans ce contexte, la France votera contre la signature de l’accord ».
Cet affichage intervient alors que, sur le plan européen, un vote doit se tenir à Bruxelles selon les règles de majorité qualifiée. TF1 rappelle que, dans cette configuration, le camp des opposants annoncé resterait minoritaire, ce qui rend l’issue incertaine pour Paris, même en cas de non français.
Bruxelles multiplie les garanties, Paris juge le compte insuffisant
Pour désamorcer la colère agricole, la Commission européenne a mis en avant un paquet de mesures d’accompagnement et de contrôle. Emmanuel Macron, qui dit s’être « mobilisé » depuis l’annonce de fin de négociation en décembre 2024, souligne une clause de sauvegarde et des mécanismes censés pouvoir être déclenchés en cas de déstabilisation du marché.
Le gouvernement français, lui, maintenait déjà une ligne dure ces derniers jours. Lors du compte rendu du Conseil des ministres du 5 janvier, la porte parole Maud Bregeon a répété que « le traité du Mercosur n’est toujours pas acceptable en l’état » et martelé « nous voulons un traité juste et équitable. Aujourd’hui, ce traité n’est ni juste, ni équitable ».
Une bataille aussi institutionnelle
Au Sénat, la controverse a pris une dimension juridique et démocratique. Plusieurs élus dénoncent la tentation, à Bruxelles, de scinder l’ensemble en deux textes, un accord de partenariat plus large et un volet commercial intérimaire plus simple à faire approuver. Public Sénat rapporte les mots du sénateur Jean François Rapin, qui plaide pour développer les relations commerciales « mais pas à n’importe quel prix, pas dans n’importe quelles conditions ».
Dans le même débat, la sénatrice Gisèle Jourda dénonce une « tentative de contournement » et estime que la procédure « fragilise la légitimité démocratique de l’accord ».
Une résolution du Sénat détaille également cette critique, en pointant la pratique de scission et les tensions qu’elle créerait avec l’esprit du mandat initial de 1999.
Un accord stratégique pour l’Union européenne
Pour les partisans du texte, l’accord avec le Mercosur est présenté comme un levier de puissance économique et d’influence dans un contexte de rivalités commerciales accrues. L’accord viserait à abaisser une large part des droits de douane et à structurer un vaste marché entre les deux blocs, mais il concentre les inquiétudes sur des filières sensibles, en particulier l’élevage et certaines productions sucrières.
La séquence qui s’ouvre est donc double. Sur le plan intérieur, l’exécutif tente de reprendre la main sur une colère agricole durable, où le Mercosur est devenu un marqueur politique. Sur le plan européen, le non français, même solennel, ne suffira pas forcément à enrayer la mécanique communautaire si une majorité se dégage, ce qui pose une question centrale pour Paris, comment peser sur la suite, notamment au Parlement européen, et sur les conditions concrètes d’application et de contrôle.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).