Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, assure que la trêve entre les Etats-Unis et l’Iran reste en vigueur, au lendemain de discussions directes restées sans accord à Islamabad.
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Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, assure que la trêve entre les Etats-Unis et l’Iran reste en vigueur, au lendemain de discussions directes restées sans accord à Islamabad.

Le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran « tient toujours », et « des efforts sont en cours » pour régler les derniers points de blocage. En formulant ce message lundi à Islamabad, devant le conseil des ministres, le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, cherche d’abord à éviter qu’un échec diplomatique ne se transforme, par effet d’entraînement, en reprise immédiate des hostilités. La veille, des discussions directes entre délégations américaine et iranienne se sont achevées dans la capitale pakistanaise sans accord formel, mais sans rupture assumée non plus.
Les échanges, qui ont duré environ vingt et une heures, laissent derrière eux une impression de blocage plus que d’effondrement. Côté américain, le vice-président JD Vance met en cause le refus iranien d’accepter les conditions de Washington sur le nucléaire. Côté pakistanais, le ministre des affaires étrangères Ishaq Dar évite de constater l’échec définitif et appelle les deux parties à continuer de respecter la trêve. Islamabad s’emploie ainsi à maintenir ouverte une séquence diplomatique dont personne, à ce stade, ne veut officiellement porter la responsabilité de l’enterrement.
Le message pakistanais a une fonction précise. Il vise à empêcher que l’absence de compromis soit lue comme la fin automatique du cessez-le-feu. Car la logique de Téhéran dépasse, de toute évidence, la simple suspension des combats. Les autorités iraniennes lient la poursuite d’un apaisement à des garanties plus larges, qu’il s’agisse de la fin des frappes, de la prévention de leur reprise ou d’un traitement politique et matériel des conséquences de la guerre. Le cessez-le-feu n’apparaît donc pas, dans cette lecture, comme une fin en soi, mais comme un sas précaire vers un arrangement plus large.
Le chef du gouvernement pakistanais ne parle ni de percée, ni d’accord, ni de normalisation. Il parle d’une trêve qui tient encore, et d’efforts en cours pour résorber les derniers contentieux. La nuance est importante. Elle dit à la fois le maintien d’un cadre diplomatique minimal et l’ampleur des désaccords restés intacts.
Le problème est que plusieurs signaux, au même moment, soulignent l’extrême vulnérabilité de cette trêve. Pékin la juge « très fragile » et appelle à empêcher toute nouvelle escalade. Les ministres des affaires étrangères de l’ASEAN demandent, eux aussi, que le cessez-le-feu soit pleinement respecté et prolongé par une issue plus durable. Pour une partie des acteurs extérieurs, le maintien de la trêve ne vaut donc pas stabilisation de la crise. Il suspend l’affrontement, sans en régler les causes.
Les discussions d’Islamabad ont surtout confirmé que le fossé reste profond. Washington veut obtenir de Téhéran des engagements contraignants sur le nucléaire, notamment sur l’enrichissement de l’uranium. L’Iran, lui, maintient ses propres lignes rouges, parmi lesquelles figurent la levée de certaines pressions, le dégel d’avoirs et une reconnaissance de ses exigences de sécurité. Les deux camps disent laisser la porte entrouverte au dialogue, mais aucun n’a renoncé à ses conditions centrales.
A cela s’ajoute le dossier du détroit d’Ormuz, qui concentre désormais une part décisive du rapport de force. Pour Washington, il s’agit de restaurer la liberté de navigation et d’empêcher Téhéran de transformer ce passage stratégique en levier durable. Pour l’Iran, la maîtrise de cet espace reste un atout de puissance dans une confrontation où le rapport militaire direct lui est défavorable. Le différend n’est donc pas seulement nucléaire. Il touche à l’équilibre régional, à la circulation de l’énergie et à la capacité de chaque camp à imposer ses conditions dans le Golfe.
Cette fragilité est apparue plus nettement encore avec l’annonce d’un blocus américain visant les ports iraniens. Washington a commencé à mettre en œuvre ce dispositif après l’échec des pourparlers, tandis que Téhéran dénonce une mesure assimilée à de la piraterie et menace de riposter. Le paradoxe est là. Au moment même où Islamabad affirme que le cessez-le-feu tient, les Etats-Unis choisissent d’accroître la pression militaire et économique sur l’Iran.
Ce décalage entretient l’idée d’un cessez-le-feu réel, mais sous tension constante, exposé à tout incident naval, à toute surenchère verbale, à toute démonstration de force dans le Golfe. Plusieurs partenaires occidentaux refusent d’ailleurs de s’associer à cette logique de blocus, signe que l’unité du camp occidental lui-même se fissure dès lors qu’il s’agit de transformer la trêve en rapport de contrainte prolongé.
Dans cette affaire, le Pakistan ne se contente plus d’accueillir des délégations ennemies. Il tente de s’installer comme médiateur utile entre deux puissances qui se parlent peu, se défient profondément et n’ont toujours pas défini de cadre commun de sortie de crise. Pour Islamabad, l’enjeu est diplomatique autant que politique. Si la trêve casse, la médiation pakistanaise apparaîtra comme une parenthèse. Si elle tient, même de façon précaire, le Pakistan pourra faire valoir qu’il a offert un canal de contact au moment où les autres voies étaient saturées par l’escalade.
C’est toute l’ambiguïté du moment. Le cessez-le-feu existe toujours, mais il repose moins sur un compromis consolidé que sur la volonté, encore partagée, d’éviter une rechute immédiate. Rien, à ce stade, n’indique que les désaccords de fond aient commencé à se résorber. La vraie question n’est donc plus de savoir si Islamabad a gagné quelques jours. Elle est de savoir si cette trêve peut survivre à l’absence persistante d’accord sur ce qui nourrit la confrontation.
Le Diplomate est un média indépendant d’actualité et d’analyse consacré aux relations internationales, à la diplomatie et aux enjeux stratégiques (défense, sécurité, influence).